Chez Sartre et sa maman, 42 rue Bonaparte

42 rue Bonaparte.jpgNous parlions l’autre jour de la rue Bonaparte. La boutique de Madeleine Castaing, le bistrot L’Escale, Armand Fèvre, le dragon bonapartiste… Remontons d’une centaine de mètres vers Saint-Germain-des-Prés, arrêtons-nous devant le 42. Je me suis toujours demandé ce qu’on pouvait ressentir en habitant l’appartement naguère occupé par une célébrité littéraire comme Sartre. Qu’éprouve-t-on, dans un tel endroit ? Est-on intimidé ? (Au début). Se sent-on immédiatement plus intelligent ? Pose-t-on L’Être et le néant sur l’étagère des toilettes ? Chantonne-t-on Dans la rue des Blancs-Manteaux en prenant sa douche ?

Mortel Tabou.png          J’ai, dans Mortel Tabou, largement mis en scène Jean-Paul Sartre et son parlé imagé. Continuons. Nous sommes en 1945, Madame Mancy, mère de Sartre, distinguée veuve sexagénaire, vient d’hériter de son mari, Joseph Mancy.

Mme Mancy : « Mon Poulou, achetons un appartement et vivons ensemble ». Jean-Paul Sartre : « Quelle bonne idée ! Ils commencent tous à m’emmerder ! »

Il est de fait que l’écrivain est fatigué d’être sans cesse importuné lorsqu’il écrit au Flore ou aux Deux Magots. Il a jusqu’ici vécu à l’hôtel, le dernier étant La Louisiane, mais ce n’est plus tout à fait de son âge. (Il est né en 1905)

images (13).jpgEn septembre 1946, en rentrant d’Italie, Sartre s’installe donc avec sa mère[1] au quatrième étage du 42 rue Bonaparte, immeuble d’angle, dans un appartement meublé en faux Louis XVI. Rideaux de dentelle et odeur d’encaustique. Sartre occupe une chambre-bureau comportant deux chaises, un fauteuil en cuir et un canapé-lit. Chambre de dimension modeste, mais vue plongeante sur l’église et les Deux Magots. Dans le salon, madame Mancy a installé un piano sur lequel mère et fils jouent à quatre mains. (Sartre est bon pianiste, il sait déchiffrer et a même composé une sonate). Et puis, il y a Eugénie, une « bonne » aux petits soins pour l’écrivain. Eugénie, qu’un photographe indélicat a pris pour la mère du philosophe et dont le portrait s’est étalé dans Samedi soir.

Sartre va habiter au 42 avec sa mère pendant douze ans, jusqu’aux attentats organisés par l’OAS, le premier, en juillet 1961, le second, en janvier 1962. À la suite de ce dernier, le philosophe déménagera et retournera à Montparnasse, boulevard Raspail. A la mort de sa mère, en 1969, il revendra l’appartement de la rue Bonaparte.

Question existentielle : un tel appartement est-il loué ou vendu plus cher que celui, par exemple, du troisième étage ?

– Moi : « C’est un peu cher… » L’agent immobilier : « Mais, Monsieur, c’était l’appartement de Jean-Paul Sartre ! Ça n’a pas de prix ! [2]»

[1] Selon John Gerassi, c’est Jean-Paul Sartre qui aurait acheté l’appartement. (Entretiens avec Sartre, Grasset 2011).
[2] Prix moyen à ce jour du m2 dans le quartier : 20 500 €

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