Le fabuleux destin de Paul Braffort

« C’est moi que je suis la Joconde ».

Oui, c’était lui, l’auteur de la chanson qu’interprétait Barbara à L’Écluse en 1960. Il s’appelait Paul Braffort, c’était un de mes amis et j’allais parfois lui rendre visite rue Charles V, dans son petit images (4)pigeonnier. Il est mort en mai dernier à 94 ans et j’en suis bien triste. Il avait 25 ans en 1948 et fit partie de la haute époque de Saint-des-Prés. Familier de Boris Vian, de Raymond Queneau puis de Georges Perec, éminent pataphysicien et membre de l’Oulipo, c’était un amoureux des maths et des mots.images (2)

 

 

Boris Vian, chef des terroristes

Braffort était un grand ami de Jean Suyeux, parolier et réalisateur, futur juge (en Afrique[1]), sévissant en rive gauche sous le doux pseudonyme d’Ozéus Pottar.

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Jean Suyeux en Afrique

En 1947, avec Vian, Suyeux et Queneau, Braffort entreprend un film vaguement subventionné par le ministère de l’Éducation nationale. Le titre ? Bouliran cherche une piscine. Le scénario est signé Marco Schützenberger, grand mathématicien-linguiste

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Le Grand Marco

(qui fut également médecin et que Vian met en scène dans On tuera tous les affreux comme « l’affreux Docteur Schütz.) Scénario remarquable, jugez-en : « Bouliran, président de la République, veut abolir la coutume des bains de mer dans son pays et cherche à acheter une piscine pour les remplacer. Mais des opposants au projet cherchent à le tuer. » Boris Vian campe le chef des terroristes, sa femme Michelle et Raymond Queneau sont ses complices. Quant à Paul Braffort, il devait interpréter le rôle de Bouliran, mais n’eut pas le temps de présider : car il va sans dire que le ministère coupa illico tout subvention en visionnant les premières scènes tournées dans un immeuble éventré près de l’Hôtel de ville. Quelques minutes du film sont visibles sur Internet. Je ne les ai pas retrouvées.

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Le remarquable scénario
Vian dans Bouliran achete une piscine
Boris Vian dans Bouliran cherche une piscine

Pour mémoire, il s’agissait de la quatrième apparition de Vian à l’écran après Madame et son flirt, 1946, de Jean de Marguenat, où il joue un musicien ; le documentaire Saint-Germain-des-Prés de Jean Suyeux en 1946 ; et La Chasse aux prêtres, de Jean Suyeux, 1946, dans lequel il joue un chasseur.)

En chansons

33tours_rectoPaul Braffort, savant atomiste au demeurant, fut également compositeur, parolier et chanteur. On peut l’écouter aux 3 Baudets, en septembre 1953, en même temps que Jacques Brel avec lequel il partage une loge. « C’était tout petit, se souvient-il. J’étais petit, mais lui était grand. C’était juste, on avait juste de quoi s’asseoir. Il était maigre, et il s’était fait faire un costume de scène assez curieux. Ça avait la forme d’un bleu d’ouvrier, mais c’était marron. Il avait l’air d’une espèce de moine. Ce costume n’était pas normal. Les cheveux en arrière, une petite moustache pas jolie jolie. (…) Les gens venaient pour rire, il arrivait avec ses chansons catholiques, moralisatrices et tristes. Il n’a eu aucun succès. Moi non plus. » Braffort persistera et on le retrouvera à la Fontaine des quatre saisons de Pierre Prévert, en novembre 1957, en compagnie des Frères Jacques, de Dufilho, Lucette Raillat, Jean Yanne et Pierre Perret. Il nous laisse un triple album CD auto édité sur lequel on peut entendre l’intégralité de ses chansons.

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1956

Curiosité : Un coffret Braffort-Queneau édité chez Frémeaux, anthologie dénommée Chansons d’avant l’Oulipo, propose une quarantaine de chansons écrites par les deux hommes et interprétées notamment par Juliette Gréco, les Frères Jacques, Mouloudji, Denise Benoit, Hélène Martin.

 

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Et l’Oulipo ?

images (3)Braffort fut accepté comme membre de l’OuLiPo le 13 mars 1961, et sa première contribution concerna le potentiel littéraire des « machines à calculer électroniques ». Avec Jacques Roubaud, il créa ultérieurement une association sœur : ALAMO (Atelier de Littérature Assistée par la Mathématique et les Ordinateurs.)images (6).jpg

Il fut également un pataphysicien distingué (régent de rhématologie), au même titre que son ami Vian. « J’avais été admis, relate-t-il, au sein du Collège comme « auditeur emphythéote », et je fus en effet nommé « régent », quelques années plus tard, dans la chaire de rhématologie descriptive. »

Késako ? dirait Zazie. Mystère et boulette de gomme. images (5)Il s’agirait, peut-être, d’une science du commentaire, mais je ne m’aventurerai pas plus loin. La pataphysique étant la science des solutions imaginaires et Braffort étant un pur scientifique, ses débuts dans l’illustre maison furent assez lents, etseulement_bibli_clip_image002

le secrétaire particulier-général de l’époque, TS Latis, ne se priva pas de le lui rappeler et de l’encourager à publier.
Pour les curieux, le TS Latis fut nommé secrétaire général-particulier lors de la Champagne-Acclamation orchestrée sur la Terrasse des Trois Satrapes (Jacques Prévert, son chien Ergé et Boris Vian) à l’occasion de la célébration du Baron Mollet (ancien secrétaire d’Apollinaire et totalement dans la dèche), élu Vice-Curateur du Collège de Pataphysique par l’Unique Électeur désigné, Raymond Queneau.

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Oui, c’est Queneau

 

 

Et à part ça, vous faites quoi dans la vie ?

Né le 5 décembre 1923 à Paris (XIV), Paul Braffort a fait ses études au Lycée Buffon, puis à la Sorbonne et a obtenu une licence ès Sciences (Mathématique) et une licence ès Lettres (Philosophie). Après avoir commencé une thèse sur le fondement des Mathématiques (sous la direction de Gaston Bachelard), il entra au Commissariat à l’Energie Atomique en 1949 comme bibliothécaire puis responsable du Laboratoire de Calcul Analogique. Détaché à EURATOM, de 1959 à 1963, puis à l’ESTEC (European Space Technology Centre), de 1964 à 1971 et à l’Université de Paris XI (Orsay), de 1971 à 1976, il dirigea ensuite une société de services informatiques (G. A.I) puis fut « Visiting Scholar » à l’Université de Chicago, de 1988 à 1991. De 1992 à 1998, il a été directeur de programme au Collège International de Philosophie. Source : oulipo.net/fr/oulipiens/pb

Question : Paul Braffort fait-il toujours partie de l’OuLiPo ?

penduJe veux, mon neveu. Tout oulipien le demeure à jamais, volens nolens. (Qu’on le veuille ou pas, ndlr). Pas d’exclusion, pas démission, même le décès est inopérant. Les statuts, pourtant, prévoient une possibilité de départ : le suicide en présence d’un huissier assermenté. Ce dernier doit constater que ce geste n’a qu’un but, quitter l’OuLiPo. (Tout autre raison, faillite financière, chagrin amoureux, etc. ne sera pas prise en compte). Pour le prochaines réunions, Paul Braffort sera donc « excusé pour cause de décès ».

Un peu d’autopromotion

Mes lecteurs assidus se souviennent bien sûr que j’évoque Paul Braffort dans Mort d’un académicien sans tête. Extrait :

Mort d'un académicien sans tête« En passant devant l’église Saint-Paul-Saint-Louis, Oxymor ressasse l’éternelle question : et son grand-père, qui était son grand-père ? D’après son père, la jolie Camille aurait eu une aventure avec un des surréalistes figurant sur le tableau de Max Ernst, Le Rendez-vous des amis. Et d’après Braffort, qui le tenait de Raymond Queneau, il ne serait pas impossible qu’il s’agisse de Robert Desnos. Oxymor n’en serait pas vraiment étonné : ne possède-t-il pas le même regard de myope, ce regard de mouton triste légèrement voilé et de beaux yeux bleus ? Paul, son père, n’a jamais voulu évoquer le sujet. Et lui-même s’est toujours défendu d’investiguer, de consulter les biographies du poète, par crainte d’être déçu. Mais, périodiquement, l’ami Lazare le pousse à se plonger dans le dossier : – Tu te rends compte ? Si c’était ce faux cul d’Aragon ? Ou cet enfoiré de Breton ? L’horreur ! Non, mon vieux, il faut en avoir le cœur net ! »

Pour finir

9782253149743-T « Toute chose pourtant doit avoir une fin » déclare Raymond Queneau dans le dernier vers des dix sonnets formant la base génératrice des Cent mille milliards de poèmes. Celle de Paul Braffort nous prive d’une voix étonnante et d’un témoignage savoureux sur les années d’après-guerre. Il est mort à des années-lumière de cet âge des cavernes et peu confiant dans notre avenir, écrivit non sans tendresse :

« Sans regret, je m’assieds maintenant sur le talus de la route pour regarder passer ceux qui, l’œil fixé sur les lointains, vont ardents à la conquête. Je n’attends plus, ayant regardé le spectacle du monde, que la grande retraite. La civilisation entre, une fois encore, dans une période troublée, une phase critique. Peut-être va-t-elle subir la plus ample et plus radicale crise de métamorphose qu’elle ait connue. Des convulsions sociales et nationales, de véritables séismes, seront le lot sans doute du prochain avenir. Les descendants immédiats et lointains de notre génération auront, s’il en est ainsi, une destinée assez rude. Selon le vœu téméraire de Nietzsche, ils vivront dangereusement. Ils verront des choses d’un grand intérêt, que nous n’avons pas prévues, nos connaissances sociologiques n’étant pas assez profondes. Mais la place au spectacle sera d’un prix fabuleux. Les hommes de ma génération, accoutumés à des pièces et à des péripéties plus mesurées, n’ont guère de regrets de quitter le théâtre – ou le cirque – avant l’entrée des gladiateurs dans l’arène. Les jeux sanglants – ils en ont vu quelques-uns – même terminés par la mort du vaincu, n’excitent pas leur enthousiasme. Mais les goûts changent vite, d’une génération à l’autre. Peut-être nos successeurs nous plaindront-ils d’avoir vécu une vie si terne à leur jugement, et si peu dans leurs tendances. Elle eut pour nous quelque charme. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Au pays Lobi, il cumulait les fonctions de procureur de la République, de juge d’instruction et de président de Tribunal. Jean Suyeux fut à l’origine du film d’Henri Gruel, La Joconde : histoire d’une obsession,  texte de Boris Vian, musique de Paul Braffort, palme d’or du court métrage à Cannes en 1958.

Deux Rose rouge sinon rien

53 rue de la Harpe, 1948
La Rose rouge de la rue de la Harpe en 1948, après le départ de Nico Papatakis vers la rue de Rennes

 

Acte I, 53 rue de la Harpe

Nous parlions de la rue de la Huchette, la semaine dernière. Si vous passez rue de la Harpe, toute proche, arrêtez-vous un instant devant le numéro 53. Un petit supermarché. Difficile d’y trouver les vestiges du passé, comme Modiano le fit rue de Sèvres en 1990, en recherchant les traces d’un cinéma de sa jeunesse. (Le Pax-Sèvres). Car rue de la Harpe, on ne « retrouve plus rien, tellement c’est loin ». Ici est née, en 1946, une première Rose rouge, inaugurant l’éclosion puis la floraison des cabarets « rive gauche » de l’après-guerre, de Saint-Germain-des-Prés à la Contrescarpe. Ouvrons le Manuel et laissons notre ami Vian (dans un français un peu bâclé) évoquer les lieux : « La Rose Rouge, écrit-il, naquit tout d’abord rue de la Harpe. Le bar qui porte ce nom, dirigé par Feral Benga, accueillit un groupe de jeunes, avec Nico, Mireille, Jean Rougeul, qui voulaient y créer un club. Le Club de la Rose Rouge fut fondé et connut un enviable succès. L’atmosphère était d’ailleurs amusante ».

Feral BengaFeral Benga ? Il s’agit de l’ancien danseur noir vedette de l’entre-deux guerres, partenaire de Joséphine Baker, qui triompha pendant une dizaine d’années aux Folies Bergères. Il avait tenu juste avant la guerre un cabaret au 4 rue de Tilsitt, y dansant sa fameuse Danse du sabre et engageant un chansonnier d’une quinzaine d’années : Francis Blanche.

En 1946, Feral Benga ouvre un petit restaurant rue de la Harpe, cumulant tous les emplois : patron, cuisinier, danseur et comédien. Après avoir préparé le « bakou », puis le « mafé », il mime devant les dîneurs d’antiques sortilèges africains. Si la salle se remplit durant le week-end,

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Nico Papatakis

c’est le vide sidéral durant la semaine. Il décide alors de chercher des partenaires, rencontre Nico Papatakis et sa compagne Mireille Trépel qui sont à la recherche d’une salle pour « faire cabaret ». Affaire se fait et une petite bande investit le local durant la semaine : Nico Papatakis, Mireille Trépel, Yves Deniaud, Jean Bellanger, Stéphane Golmann, Jean Rougeul, Michel de Ré, André Virel. La cuisine sert de loge et un podium est installé dans un coin de la salle. Dans la lignée des spectacles d’Agnès Capri de la rue Molière, en 1939, le théâtre est à l’honneur avec des saynètes de Prévert (En Famille et Tentative de description d’un dîner de tête) et la chanson à texte pointe le bout de son nez : Yves Robert, (qui faillit devenir l’un des Frères Jacques), Francis Lemarque, Stéphane Golmann, Jacques Douai.

Très vite, La Rose Rouge devient « un lieu ». On y retrouve les gens de théâtre de la rue de la Huchette (Alain Cuny, Roger Blin, Simone Signoret, Gérard Philippe et Maria Casarès

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Gérard Philippe et Maria Casarès

(qui jouent Les Épiphanies de Pichette rue de la Huchette), et des écrivains épris de nouveautés comme Louis Aragon ou Jean Genet. Grand succès, tout Saint-Germain-des-Prés accepte de franchir la frontière du boulevard Saint-Michel. La Rose rouge rayonne. Mais comme il s’y trouve souvent plus d’invités que de clients, des difficultés financières apparaissent, couplées avec des heurts avec Feral Banga. Nico Papatakis décide alors, fin 1947, de voler de ses propres ailes. Il s’approprie le nom « Rose rouge » puis, épaulé par le financier Jean Blenie (rencontré par l’entremise de Maria Casarès), il se met en quête d’un nouveau local. Ce sera rue de Rennes, au 76, à quelques centaines de mètres du Flore. Pendant cinq ans, deux enseignes La Rose Rouge cohabiteront dans les magazines de spectacles, Feral Benga refusant d’abandonner son ancienne dénomination sociale. En 1956, la Rose rouge de la rue de la Harpe disparait pour faire place au Black and White, bar jazzy. En 1960, le bar cèdera la place à petit cinéma, le Studio Saint-Germain, puis deviendra un fast-food dans les années 90.

Feral Benga a tourné dans Le sang d’un poète (Cocteau, 1930), film dans lequel il incarne l’ange noir. Par ailleurs, on peut l’apercevoir dans un petit film sur Internet : https://achac.com/artistes-de-france/feral-benga/

Acte II : 76, rue de Rennes

 

Maria Casarès a trouvé le commanditaire permettant d’investir et Nico Papatakis a demandé à Yves Robert de délaisser le tour de chant pour monter le spectacle d’ouverture. Installée dans l’ancienne brasserie du cinéma Lux-Rennes, la brasserie Lumina, la Rose rouge voit donc le jour au printemps 1948. Les débuts sont difficiles, Ferré et le mime Marceau, totalement inconnus, se produisent devant une dizaine de personnes. L’engagement des Frères Jacques va sauver Papatakis du désastre.

PARIS - LES FRERES JACQUES
Les Frères Jacques

L’inauguration officielle du cabaret-théâtre a lieu en septembre 1948 et, immédiatement, c’est l’affluence. Dès la fin de l’année, Nico loue une seconde salle derrière la scène, salle qui fait alors office de coulisses et de lieu de rangements pour les décors. Les Frères Jacques peuvent désormais répéter leur numéro devant une grande glace et les femmes se maquiller dans l’ancienne cabine téléphonique.

La Rose rouge verra les débuts de Juliette Gréco (après sa première apparition en 1949 au Bœuf sur le toit, rebaptisé L’Œil de bœuf par Marc Doelnitz). La tenue de sc

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Gréco à la Rose rouge en 1949, photo Robert Doisneau

ène ? Nico Papatakis l’a entrainée chez Balmain, a sélectionné une robe noire sur laquelle est cousue une longue traîne dorée mouchetée de velours. Dans sa chambre d’hôtel, Gréco a décousu la traîne. Sa longue robe noire « toute simple » est née, elle entame sa carrière en interprétant Sartre, Queneau et Desnos.

De 1948 à 1952, le succès de la Rose Rouge est phénoménal. Le cabaret propose notamment L’Étranger au théâtre d’André Roussin, puis Terror en Oklaoma, un pastiche de western signé Albert Vidalie et Louis Sapin. Suivront les étonnants Exercices de style de Raymond Queneau et Cinémassacre de Boris Vian, une parodie d’Hollywood.

Rue de Rennes, dès 22 h, c’est l’effervescence et il faut se battre pour entrer. « Au cœur de la mêlée confuse, écrit Guillaume Hanoteau dans L’Âge d’Or de Saint-Germain-des-Prés, plus d’éducation, plus de rang social (…) Il faut atteindre un portier derrière un registre, lui jeter mille francs ou lui crier son nom avant d’acquérir la faveur de descendre l’escalier. Consolons-nous en songeant que Charlie Chaplin, Greta Garbo, Orson Welles, Mirna Loy ont subi le même supplice. En bas, on vous case à une table. Un tabouret reçoit la moitié de votre postérieur. Whisky ou champagne ? Seul Pierre Brasseur se voit servir un kil de gros rouge qui tache dans un seau à glace, cravaté d’une serviette à la manière des Bollingers millésimés. Mais il est Pierre Brasseur. »

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Yves Robert

Le départ d’Yves Robert, en 1953, amorce le déclin. D’autant qu’un concurrent redoutable a vu le jour rue de Grenelle en février 1951 : La Fontaine des quatre saisons de Pierre Prévert. Nico prend les rênes, engage Charles Trenet pour un récital, lance Nicole Louvier pour tenter de remplacer Juliette Gréco. En vain. Fin 1953, le bel Éthiopien, (qui entre-temps a épousé Anouck Aimée), se retire. Il cède ses parts à Paolo, homme d’affaires argentin, qui tente de ressusciter la splendeur passée. Le dernier spectacle, hautement symbolique, sera Dernière heure de Boris Vian. Présentée le 18 mars 1955, cette revue de science-fiction disparaîtra de l’affiche au terme de quelques jours. La Rose Rouge disparaît en 1956. Elle deviendra le Ker Samba, un club de jazz.

On peut apercevoir La Rose rouge dans le film éponyme de Marcel Pagliero, scénario et dialogue de Robert Scipion, tourné en 1950. images (3).jpgIl s’agit d’une satire de Saint-Germain-des-Prés entièrement tournée dans le quartier et dans une cave reconstituant celle de la rue de Rennes. Les Frères Jacques y débutent à l’écran, en compagnie de Yves Deniaud, Françoise Arnoult, Maurice Teynac, Jean-Roger Caussimon, d’Yves Robert et sa troupe.

images (4)Curiosité : On y voit Louis de Funès doté d’une chevelure hirsute qui pourrait l’apparenter au poète lettriste Gabriel Pomerand. Il incarne un poète catalan qui, au lieu de laver les verres, les croque à belles dents dans un rictus féroce. Au générique également, Nico Papatakis, dans son propre rôle.

 

Du Lux-Rennes à L’Arlequin

images (6)Quelques mots sur le 76 rue de Rennes, propriété de la Compagnie parisienne de distribution d’électricité (CDPE) en 1914. Les locaux devaient initialement abriter – au milieu des années 30 – une centrale électrique. Le projet fut abandonné et un cinéma au nom prédestiné vit le jour, le Lux-Rennes. Doté d’un foyer, d’un bar, d’une brasserie-restaurant, il fut le premier cinéma parisien à bénéficier de la climatisation. La salle fut inaugurée en 1934 avec un film de Christian-Jacque, Le Père Lampion.Le Père Lampion.jpg

La RoseJour de fête rouge occupa les locaux de 1948 à 1955. Que se passa-t-il entre la fermeture du cabaret et la reprise des lieux par Jacques Tati ? Je ne sais pas. Ce qui est avéré, c’est qu’en 1962, Tati rouvre le cinéma et le baptise L’Arlequin. Jour de Fête y sera joué en couleurs (avec lâcher de ballons à la fin du film), et Playtime y sera présenté en 70 mm. En 1978, L’Arlequin (sans Tati) deviendra le Cosmos et servira de vitrine jusqu’aux années 90 au cinéma soviétique. C’est aujourd’hui à nouveau l’Arlequin.

 

 

 

 

 

Dans les pas d’Aragon à travers Paris

Aragon sous la Coupole avant même d’être né

Rotonde du parc Monceau

Le préfet Andrieux, vous connaissez : mais oui, celui qui à 87 ans, soutint deux thèses à la Sorbonne. Dans les années 1880, il est député et préfet de police de Paris. À ce titre, ayant autorité sur certains bâtiments publics, il ne se prive pas d’en faire un usage personnel. Au parc Monceau, par exemple, où l’ancien octroi-rotonde de Claude-Nicolas Ledoux doté d’une coupole aménagée lui sert de garçonnière. On n’en parlerait guère si, en 1896, il n’y avait engrossé l’une de ses maîtresses, une jeune fille qui allait devenir la mère de Louis Aragon. Cela expliquerait, fait remarquer Marc Lambron, qu’Aragon n’ait guère eu envie d’entrer à l’Académie française : il était né sous une coupole.

 Et dans l’appartement de Montherlant

 berceauAdmettons. Car avec Aragon, rien n’est simple : il sera en effet le fils adoptif de sa grand-mère maternelle, le frère de sa mère et le filleul de son père. La jeune fille, donc, est enceinte. Elle accouche (discrètement, près des Invalides[1], pour dissimuler « la faute ») et s’installe avec le bébé-Aragon dans l’appartement de famille, les Toucas-Massillon, au 11bis avenue de Villars. Aragon précise, dans ses entretiens avec Dominique Alban : « On avait loué un autre appartement, affaire de brouiller les cartes à mon sujet. C’était avenue de Villars, au 11 bis, disait-on, pour ne pas dire au 13, cela porte malheur. Ma famille avait repris l’appartement des parents de H. de M. H. Vous avez bien sur reconnu sous ces initiales Henry Marie Joseph Frédéric Expedite Millon de Montherlant, l’illustre écrivain aujourd’hui (presque) oublié qui naquit dans cet appartement le 20 avril 1895. Aragon a donc balbutié ses premiers arreu dans le même appartement que l’auteur des Jeunes filles. Les deux bambins fréquenteront plus tard le même établissement, l’école Saint-Pierre, à Neuilly, où ils croiseront le jeune Jacques Prévert. Montherlant, lui, ne dédaignera pas d’entrer à l’Académie française. Et il sera publié dans la Pléiade dès 1955, ce qui provoquera la fureur de son ancien camarade de cour d’école. « Moi vivant, jamais je ne serai dans la Pléiade ! » jurait Aragon. Et, lorsqu’on lui demandait pourquoi, il fulminait : « Ils m’ont fait un affront que je n’ai jamais pardonné : ils ont publié Montherlant d’abord ![2] »

 Un petit tour dans l’Ile Saint-Louis ?

Ile St Louis« Le dernier lambeau du jour donnait un air de féerie au paysage dans lequel la maison avançait en pointe comme un navire. (…) Il y avait Notre-Dame, tellement plus belle du côté de l’abside que du côté du parvis, et les ponts, jouant à une marelle curieuse, d’arche en arche entre les îles, et là, en face, de la Cité à la rive droite… et Paris, Paris ouvert comme un livre avec sa pente gauche la plus voisine vers Sainte-Geneviève, le Panthéon, et l’autre feuillet, plein de caractères d’imprimerie difficiles à lire à cette heure jusqu’à cette aile blanche du Sacré-Coeur… (…) Et tout d’un coup, tout s’éteignit, la ville devint épaisse, et dans la nuit battit comme un cœur. » C’est en se reméimagesmorant sa liaison avec Nancy Cunard qu’Aragon écrit ce célèbre passage d’Aurélien. En 1926, sa maitresse réside en effet dans l’Ile Saint-Louis, 1 rue Le Regrattier, où elle reçoit le gratin de la vie littéraire  parisienne : Léon-Paul Fargue, Drieu la Rochelle, la bande à Cocteau, celle de Breton… Dans Blanche ou l’Oubli, Aragon évoque « le quai, la Seine, le cri égorgé des remorqueurs, le soleil qui descend du Panthéon comme un chien jaune ». Elle le quittera en 1928, il ira l’année suivante à la rencontre des yeux d’Elsa. Qui déclarera : « On parle toujours des poèmes que Louis a écrits pour moi. Mais les plus beaux étaient pour Nancy. »

5 rue Campagne-Première, pour les beaux yeux d’Elsa

Aragon 1926 (2)

Elsa TrioletEn avril 29, Aragon prend la suite d’un ami américain dans un atelier et propose à Elsa Triolet, dont il est tombé amoureux six mois plus tôt lors d’une rencontre à la Coupole[3], d’habiter avec lui. Confort précaire : un lavabo installé dans un placard et, dans les étages, des « commodités à la turque » communes à plusieurs locataires. C’est rue Campagne première qu’Aragon se remet au roman (Les Cloches de Bâle parait en 1934), bravant ainsi les foudres d’André Breton. Louis Aragon et Elsa Triolet resteront rue Campagne Première jusqu’à fin 1934. (Et Aragon et Breton resteront fâchés).

Les plombs du 18 rue de la Sourdière

Le couple s’installe rue de la Sourdière en février 1935. Il y résidera jusqu’en 1960. Il s’agit d’un petit appartement dont Aragon aimait allumer toutes les lampes ; ce sur quoi Elsa s’écriait poétiquement : « Louis, tu vas faire sauter les plombs ! »Plombs 1950Petit mais joli. Un deux-trois pièces situé au deuxième étage auquel on accède par un bel escalier en spirale. La légende voudrait qu’il soit très exigu, obligeant le poète à sortir travailler sur un banc des Tuileries. Il n’en fut rien. « L’espace faisait cruellement défaut, écrit Juliette Darle, Elsa savait l’agencer selon les besoins du jour. Tantôt de longues planches posées sur des tréteaux formaient un plan de travail où l’on pouvait disposer toute une documentation. Tantôt les planches debout dans un angle de la pièce, laissaient place à des fauteuils de rotin, à un cercle convivial… Du sol au plafond, un mur entier vivait de la chaleur des livres, respirait à leur rythme. On accédait au plus haut, me semble-t-il, par une simple échelle. Le poète semblait connaître la place de chaque livre. »

NB Le journaliste Daniel Bougnoux a visité l’appartement, cinquante-trois ans après le départ d’Aragon. À lire sur https://media.blogs.la-croix.com/18-rue-de-la-sourdiere/2013/06/26/

T’as pas le look, coco…

56 rue de varenneEn 1960, Aragon et sa femme s’installent au 56 rue de Varenne dans un hôtel particulier « très Guermantes ». Les voisins froncent discrètement les sourcils : poète, d’accord, mais communiste ! Ils le remercieront lorsque Matignon décidera d’annexer l’immeuble. Aragon, bien en cour, obtient de Georges Pompidou l’assurance que l’opération ne se fera pas de son vivant. Aussitôt, le statut de l’écrivain passe de paria à celui de Dieu vivant, pour lequel des prières de bonne santé montent chaque matin dans le ciel de la rue de Varenne. Il avait loué son appartement en 1960, il l’occupera jusqu’en 1982, date de son décès.

Le chat angora d’Oxymor Baulay

41sOzRTIw4L._SX210_.jpgLes inconditionnels de l’œuvre de Gilles Schlesser ont pu remarquer que dans Mortelles Voyelles, notre ami Oxymor, grand amateur de figures de rhétorique, a rebaptisé le chat de sa maitresse Aragon. Court extrait :

« – Viens, ici, Aragon !

Le chat étant un Angora, Oxymor, qui a l’anagramme naturelle comme s’il était né dans la niche du chien, n’a pu résister au plaisir de le surnommer Aragon. Ou Louis. Ou Coco, selon l’humeur. »

Sur ce, bonne journée à tous…

[1] Le lieu de naissance d’Aragon reste mystérieux. Neuilly-sur-Seine, Toulon, Paris 7e ? En plaisantant, l’écrivain le situera « sur l’esplanade des Invalides ».
[2] Relaté par Renaud Camus.
[3] Elle l’avait déjà remarqué en 1925, lors de la fameuse bataille rangée à la Closerie des lilas entre les invités de Rachilde et les surréalistes. « Très beau. Trop beau. Un danseur d’établissement », avait-elle noté).

 

« Rue de la Huchette, y a Paris et un peu de pluie » chantait Yves Simon. Mais il y a aussi l’ombre de Neruda, de Ionesco et de Boby Lapointe.

NerudaIonescoBoby

 

L’Institutrice blonde

 330px-Theatre_HuchetteLa rue de la Huchette, – dont le nom viendrait de la « Huchette d’Or », célèbre auberge située au numéro 1, – n’est pas très longue. Mais que de choses, en 160 mètres ! Rabelais, tout d’abord, qui fait état de la rue en ces termes : « Il y a encore aujourd’hui, rue de la Huchette, une ruelle descendant à la rivière, qui s’appelle rue de l’Abreuvoir du Caignard ». Puis l’abbé François Prévost (dit Prévost d’Exiles, dit l’abbé Prévost), qui aurait écrit une partie de Manon Lescaut dans un des nombreux cafés de la rue. Mais la palme de la Huchette d’or revient bien sûr à Ionesco, dont la cantatrice est chauve sans interruption depuis 1957. Près de vingt mille représentations ! Respect, comme on dit. Car ce n’était pas gagné dans les années 50. Roumain de mère française, Ionesco écrivit son « anti-pièce » en s’inspirant de la méthode Assimil : phrases courtes, clichés, coq-à-l’âne, tout ce qu’il faut pour élaborer des dialogues « absurdes ». La pièce, initialement, devait s’appeler L’Anglais sans peine. Pourquoi donc La Cantatrice chauve ? Mais si, vous le savez ! Le titre fut changé à la suite du lapsus d’un comédien qui prononça lors d’une répétition – on se demande bien pourquoi – « cantatrice chauve » au lieu de « institutrice blonde ».

Un prix Nobel de littérature rue de la Huchette

Neruda couleursLa seconde institution de la rue est l’hôtel du Mont blanc, au numéro 28, que fréquentait Neruda, avant et après la guerre. En 1939, Pablo Neruda est nommé consul à Paris, chargé en particulier de l’immigration au Chili des réfugiés espagnols. Puis, lorsque la gauche vient au pouvoir trente ans plus tard, il est nommé ambassadeur à Paris. Il y publie L’Épée en flammes et Les Pierres du ciel, puis, en octobre 1971, devient le troisième écrivain d’Amérique Latine à se voir décerner le Prix Nobel de littérature (après la poétesse Gabriela Mistral (Chili, 1945) et le poète-écrivain Miguel Angel Asturias (Guatemala 1967).

The Narrow street.jpgNotons que l’hôtel Mont blanc accueillit dans les années 20 le journaliste et romancier Elliot Paul, qui y écrivit C’est ici que je découvris Paris et un livre à la gloire de la rue : The Narrow street. Peut-être y croisa-t-il Henri Miller et Hemingway, qui fréquentèrent également l’hôtel à cette époque.

 

Et chez Popoff ?

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Que pensait Neruda du mouvement beatnik ? Je ne sais pas. Mais il l’a côtoyé dans cette étroite rue, c’est certain. Car outre le Beat hôtel de madame Rachou (rue Git-le-cœur) et le square du Vert Galant, ces messieurs fréquentaient une autre institution de la rue de la Huchette : « Chez Popoff », bar légendaire situé au 8 de la rue, tenu par un couple de vieux russes exilés. Parmi les premiers beatniks, saluons le Baron di Lima (Eugène), sommité du quartier de cuir noir habillé, portant une babarondelimague à chaque doigt et faisant collection de cannes à pommeau d’or ou d’argent. Très entouré, il distribuait à ses sujets des cartes d’Homme libre et réalisait des bijoux à base de fourchettes. Peut-être vous souvenez-vous de son ami Mouna, (Mouna Aguigui, né André Dupont), anarchiste vélocipédique dont Cavanna disait : « C’est une manif à lui tout seul ». À propos de beatnik, précisons : le « nik » ajouté à « beat » viendrait d’un rapprochement avec le mot spoutnik, car les Kerouac, Ginsberg, Burroughs et autres Corso étaient suspectés d’être des pro-communistes.

 

De Bonaparte à Boby Lapointe

Bobby LapointeArrêtons-nous un moment au numéro 10, là où était situé l’hôtel du Cadran bleu sous la Révolution. Le jeune Bonaparte désargenté y aurait résidé au troisième (ou quatrième) étage de juillet à octobre 1795. L’homme connaissant bientôt des jours meilleurs, l’enseigne serait devenue « Au Petit Caporal » avant que la Restauration n’y mette bon ordre. Le 10 rue de la Huchette connut certainement nombre de commerces et d’appellations diverses avant que n’ouvre, en avril 1954, le cabaret Le Bidule, dont le carton d’invitation pour la première précisait « Tohubohu et bouhaha de rigueur ». On put y applaudir pendant quelques temps Léo Campion, François Chevais et Pierre Dac. Comment le nom du Cadran bleu revint-il à la surface ? Est-ce par le tic tac de Ta Katie t’a quitté ? Il faudrait demander à Boby Lapointe. En 1963, pendant un (très) court moment, il monte son propre cabaret, le Cadran Bleu, en posant à l’entrée une pointeuse. D’où la devise affichée à l’entrée : « Chez Lapointe, on s’pointe et on pointe ! » Au Cadran Bleu, Boby montera un spectacle à sa façon, Show et froid de volaille. Il passe les plats, chante, joue du violon, drague les filles, boit plus que de coutume et fait faillite en quelques mois. Sans regret, il retourne alors vers ces lieux familiers où il se sent vraiment chez lui : Le Cheval d’Or, le Port du Salut, La Méthode.

Yves Simon et son notaire

Yves simonComment ne pas évoquer, enfin, le talentueux Yves Simon. Lorsqu’il écrit « Rue de la Huchette, y a Paris et un peu de pluie / Du goudron sur des vieux pavés / Où traînent des rêves infinis », il a déjà publié deux romans : En couleur et L’Homme arc-en-ciel, roman dans lequel Monsieur Vernier, ancien notaire de province, tente de créer les vingt ans qu’il n’a pas eus par une imagination fantastique et débridée, devenant notamment un Fitzgerald (milliardaire) sur la Côte d’azur. À lire.

 

 

 

Si par hasard, sur Le Pont des arts, tu croises Balzac, Camus, Modiano et les autres

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Photo Henri Cartier-Bresson, 1955

 

C’est deux sous !

Cher pont des Arts : dans La Rabouilleuse, Balzac rappelle qu’il existait un péage poimages (8)ur traverser la Seine entre le Louvre et L’Institut de France. Philippe Bridau rappelle-t-il, « faisait cirer ses bottes sur le Pont-Neuf pour les deux sous qu’il eût donnés en prenant par le pont des Arts pour gagner le Palais-Royal ».

Quelques gouttes de surréalisme

shopping (2)     Parmi les écrits faisant état du pont des Arts, signalons Les Dernières Nuits de Paris dans lequel Philippe Soupault évoque la célèbre passerelle : « Trainant un parapluie comme on tire un chien mélancolique, un couple passa sur le quai et s’arrêta un instant pour jeter un coup d’œil. Je les vis prendre les jambes à leur cou. La femme jetait des petits cris qui rappelaient ceux de la chouette. Ils laissèrent leur parapluie en otage sur le pont des Arts ».

La marche hongroise

Dans La Marche à l’Étoile, de Vercors, le jeune hongrois (Thomas Muritz) qui parcourt l’Europe n’a qu’un objectif : rejoindre « ce point du monde où l’on embrasse à la fois […] l’Institut, le Louvre, la Cité — et les quais aux bouquins, les Tuileries, la butte latine jusqu’au Panthéon, la Seine jusqu’à la Concorde ».

Pauvre Jean-Baptiste Clamence. Que n’a-t-il empêché le suicide de la jeune fille sur le pont des Arts…

images (19)Plus connu est La Chute, de notre ami Camus. « J’étais monté sur le pont des Arts, désert à cette heure, pour regarder le fleuve qu’on devinait à peine dans la nuit maintenant venue. Face au Vert-Galant, je dominais l’île. Je sentais monter en moi un vaste sentiment de puissance et, comment dirais-je, d’achèvement, qui dilatait mon images (21).jpgcœur. Je me redressai et j’allais allumer une cigarette, la cigarette de la satisfaction, quand, au même moment, un rire éclata derrière moi. » Pauvre Jean-Baptiste Clamence. Condamné à chuter, coupable pour l’éternité.

 

Claude Roy parle de Rivière sur le pont des Arts

La Seine, fleuve du temps qui passe. Et une passerelle, pour relier les rives intérieures. Dans La traversée du Pont des Arts, Charles Rivière y fait la rencontre d’un passé perdu et retrouve la femme qu’il a aimée depuis l’enfance.shopping

 

Cessez de rire, charmante Elvire…

Albert Vidalie (Vidaloche, pour les intimes) fut romancier, nouvelliste, poète, auteur de théâtre, scénariste et product_9782207205570_98x0parolier pour Gréco, Montand, Les Frères Jacques et bien sûr Reggiani, pour lequel les loups entrèrent dans Paris en 1967. Grand copain d’Antoine Blondin, Vidalie trainait souvent au Bar-Bac, à quelques pas du pont des Arts. Il publia Bijoutiers du clair de lune, puis Le pont des Arts, livre autobiographique.

D’une rive à l’autre avec Modiano

images (7)Dans sa dérive déambulatoire, Patrick Modiano oppose souvent les deux rives de Seine, frontière entre deux univers reliés par le mince pont des Arts. La Rive gauche est celle du quai Conti, de la mère, de l’enfance malmenée, des parents séparés, de la mort de son frère Rudy. La Rive droite est celle du père, des années noires de l’Occupation. « À vingt ans, déclare-t-il en 1996 dans Les Inrockuptibles, j’éprouvais un soulagement quand je passais de la Rive gauche à la Rive droite de la Seine, en traversant le pont des Arts. Je me retournais une dernière fois pour voir briller, au-dessus de la coupole de l’Institut, l’étoile du Nord. Tous les quartiers de la Rive gauche n’étaient que la province de Paris. Dès que j’avais abordé la Rive droite, l’air me semblait plus léger. Je me demande aujourd’hui ce que je fuyais en traversant le pont des Arts. Peut-être le quartier que j’avais connu avec mon frère et qui, sans lui, n’était plus le même »

Qui se souvient de Louis-Simon Auger ?

images (8)Il fut élu à l’Académie le 11 avril 1816 en remplacement de Lucien Bonaparte qu’avait exclu l’ordonnance royale du 21 mars et devint secrétaire perpétuel le 1er janvier 1826. La perpétuité dura trois ans : il se suicida en se jetant dans la Seine du haut du Pont des Arts, le 2 janvier 1829. Pourquoi ? Je ne sais pas.