Peinture et rue de Seine, acte II

 

51 rue de Seine, Paul Jenkins balance la peinture chez Stadler

JenkinsAu 51, où habitait Poliakoff, comment ne pas saluer la galerie de Rodolphe Stadler ouverte en 1955. C’est chez lui qu’en 1956, Antoni Tàpiès exposera en France pour la première fois. Un an plus tard, ce sera Antonio Saura, que Stadler présentera à Matisse, contribuant à son exposition à New-York. Parmi ses grandes collaborations des années 50-60, citons notamment Paul Jenkins, en 1956. Selon Alain Bosquet les méthodes de Jenkins étaient particulières : « La plus originale consistait à verser les couleurs dans le creux de la feuille ou de la toile qu’il avait incurvée. Ensuite, balancée (…) repliés légèrement ou dépliée, elle forçait les couleurs à se concentrer (…) et partant, à trouver leur forme. »

53, rue de Seine, Roger Bissière à la galerie Jeanne Bucher

Après la mort de Jeanne Bucher, en 1946, Jean-François Jaeger prend les commandes de la galerie de Montparnasse puis déménage rue de Seine en 1960. La galerie programme essentiellement la génération 50-60 : Dubuffet, Jorn, Nevelson, Reichel, Staël, Tobey, Vieira da Silva et Roger Bissière, l’aîné de cette génération d’artistes qui font apparaître – dans les années – 1950 la peinture non figurative.

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Roger Bissière, Composition 368, 1957

 

54 rue de Seine, l’escalier de Sam Szafran

Sam Szafran.jpg

 

 

Cet enfant des Halles, né de parents polonais juifs émigrés, n’a jamais habité la rue de Seine. Mais il évoqua l’escalier du 54 dans sa série Escaliers et ateliers des années 70.

 

La Galerie 55, au 55 rue de Seine

René Legueltel fut un copain de mon père et ils ouvrirent ensemble, avec Marc Chevalier, la première Écluse quai des Grands Augustins en 1949. Les rapports se tendirent quand il en fut évincé de la seconde Écluse en 1951. Il monta alors la Galerie 55, dans sa librairie galerie d’art, et plaça son cabaret (dans les premiers temps) sous le signe de l’humour noir : des dessins de Siné et Tetsu sur le suicide ornaient les murs. La Galerie 55 va devenir l’un des cabarets les plus en vue de la rive gauche.  En 1957, Colette Renard devient la vedette maison pour qu7783114309_capture1elques mois, après son triomphe dans Irma la Douce. Dans le même programme, Hubert Deschamps, Jacques Dufilho, Petit Bobo, Pierre Olaf, Bernard Lavalette, les Frères Ennemis. En 1958 et 1959, on pourra applaudir Cora Vaucaire, Pierre Doris, Guy Bedos, France Gabriel et le dessinateur Siné, qui tire sur tout ce qui bouge, en particulier sur de Gaulle.

Passage de Picasso au 57 rue de Seine,

self-portrait
Autoportrait Picasso, 1901

En octobre 1902, pour son troisième séjour parisien, Picasso s’installe à « l’hôtel du Maroc » hébergé par un sculpteur « bordélique » chez lequel il ne parvient pas à travailler. (Il ira ensuite chez son ami Max Jacob, boulevard Voltaire.) Il peint mais ne vend rien. Il faudra attendre novembre 1902 pour qu’une mince lueur apparaisse -vite éteinte- avec sa troisième exposition chez Berthe Weill (« La petite mère Weill ») rue Victor Massé.

 

Outre le passage de Picasso, le 57 est intéressant à plusieurs titres : au début de la Deuxième république, un éphémère journal y fut fondé L’Accusateur révolutionnaire, journal des ouvriers, démocratique et socialiste. Il n’eut en effet qu’un seul numéro, paru le 2 avril 1848. Le 57 vit également le passage de Baudelaire, qui y résida entre mai 1854 et mars 1855IMG_0480. Il accueillit par ailleurs au début du 20e siècle un célèbre imprimeur, Henri Diéval, d’où le nom parfois donné au 57 : l’hôtel Diéval.

57 rue de Seine, le « beau peintre » de Barbara

Dans ses Mémoires, Barbara évoque l’appartement qu’elle a occupé rue de Seine en 1957 ou 1958 : « Un beau peintre partant pour le Mexique me laisse son appartement rue de Seine, sous les toits. » (Ça finira mal, elle y met le feu).

Luc Simon.jpgUn « beau peintre », elle en rencontrera un autre quatre ans plus tard, avec lequel elle se consolera de la perte d’Hubert Ballay, monsieur « dis-quand-reviendras-tu » : il s’agit du peintre Luc Simon, qui signera les décors de Madame (le grand four théâtral de Barbara signé Rémo Forlani) et qui sera Lancelot dans le film de Robert Bresson.

Luc Simon dans Lancelot.jpg

 

60, rue de Seine hôtel de la Louisiane : mais oui, Mouloudji était peintre…

images (2)Dans cet hôtel mythique où séjournèrent dans les années 1940-1950 la fine fleur du Saint-Germain-des-Prés naissant, Sartre, Beauvoir, Cazalis et Gréco en tête, (sans oublier l’écrivain francophone égyptien Albert Cossery qui y vécut 57 ans dans la chambre 58 puis la 77), saluons le talent du protéiforme Marcel Mouloudji qui y résida avec sa femme Lola en 1944 avant de s’installer rue de la Bûcherie. En 2006, les 350 tableaux de son atelier furent dispersés à Drouot.

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Mouloudji

63 rue de Seine, deux peintres sinon rien

260px-Chardin_pastel_selfportrait.jpgChardin, autoportrait au pastel

Chardin y naquit en 1699 et Edmond-Marie Poullain y eut son atelier en 1904, y recevant des grands noms des arts et de la poésie. Il aimait y recevoir ses amis lors de soirées artistiques auxquelles prennent part de jeunes femmes peu farouches, et où l’on parlait peinture et poésie. André Salmon a conté dans ses Souvenirs sans fin ce que furent les réunions dans l’atelier de Poullain, évoquant notamment sa Magnificence le baron Mollet.

 

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Poullain, La Seine au Pont-Marie, 1905

 

Martin Drolling, Petit garçon

 

67 rue de Seine, Martin Drolling

Poisson d’avril. Ce n’est sans doute pas au 67. Mais c’est tout près, c’est sûr. On lit dans Wikipédia « C’est dans une maison de la rue de Seine que s’installa en 1785, le peintre Martin Drolling en compagnie de son épouse.

 

 

83 rue de Seine : la discothèque de Boris Vian

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Signés Boris Vian

Au 83, à l’angle du boulevard Saint-Germain, se tenait dans l’après-guerre le Méphisto, cabaret situé en sous-sol d’une brasserie. Albert Camus et les jeunes journalistes de Combat s’y retrouvaient fréquemment et Mouloudji y monta une sorte d’opéra bouffe : Méphisto valse.

Le cabaret fit place au milieu des années 50 à la première discothèque parisienne, La Discothèque. Elle fut dirigée pendant un moment par Boris Vian, qui fut, soyons honnêtes, un peintre tout à fait endimanché. 

91 rue de Seine : c’est le beau Marcello (Mastroianni) !

images.jpgMastroianni vécut rue de Seine de nombreuses années jusqu’à sa mort en 1996. Il n’a jamais rien peint, mais je ne résiste pas au plaisir de reproduire quelques lignes de l’article que lui consacra L’Express en 1996 : « Il offrait souvent un petit salut drôle et poignant à ses parents, racontant qu’à la fin de leur vie, son père devenu aveugle et sa mère sourde, ils allaient tout de même au cinéma quand un de ses films y était projeté. Mais ils dérangeaient toute la salle. « Dès que j’apparaissais, lui criait : Qu’est-ce qu’il fait ? et elle répliquait : Qu’est-ce qu’il dit ? C’était comme un couple de comiques. » Ou bien il évoquait la mort de sa mère pendant le tournage de La Cité des femmes. « Tu te rends compte, elle avait mis 300 000 lires de côté pour ses funérailles. Il faut dire que lorsque je lui demandais si elle était heureuse de ma réussite, elle répondait toujours : Si tu avais travaillé aux chemins de fer, on aurait eu des billets gratuits. »

Umberto Mastroianni.jpg

 

Saluons au passage l’oncle de Mastroianni – Umberto Mastroianni (1910 – 1998) – dont une rétrospective au Musée d’art moderne la ville de Paris fut organisée en 1974

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