Quelques pas rue Mazarine ?

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Belle rue : ce n’est pas tous les jours que l’on croise Desnos, Manet, Blondin et Champollion dans la même rue. Sans oublier les deux Vernet et le roi de Patagonie.

Édouard Manet, c’est au 60

le buveur d'absintheC’est sans doute lors de sa « bohème élégante » que Manet séjourne rue Mazarine, tout près de l’endroit où il est né, rue Bonaparte. Au début des années 1860, il parcourt Paris pour en saisir « un rien, un profil, un chapeau, en un mot une impression fugitive ».

Le Buveur d’absinthe, sa première soumission au Salon (1859), est refusée en dépit de l’avis favorable de Delacroix. Thomas Couture – son maitre aux Beaux-Arts- condamne l’œuvre en ces termes choisis : « Peint-t-on quelque chose d’aussi laid ? Mon pauvre ami, il n’y a ici qu’un buveur d’absinthe, c’est le peintre qui a produit cette insanité… ». Et toc !

Le petit Mouloudji chez Robert Desnos

Desnos rue MazarineAu 19, Desnos et Youki occupent un vaste appartement et, en 1937, accueillent le petit Mouloudji lorsqu’il n’y a plus de place pour dormir chez Barrault, rue des Grands-Augustins. Le lieu est pour le jeune prolétaire une source d’émerveillement. Dans la salle à manger, un tableau représente une femme nue (Youki) en compagnie d’un lion (tableau signé Foujita, le premier mari d’icelle). La bibliothèque est une sorte de cabine de navire à la Jules Verne où s’entassent des centaines de livres du sol au plafond, dotée d’un petit escalier sans rampe menant à une mezzanine. Desnos possède par ailleurs un gramophone, sur lequel il écoute des chansons populaires, Piaf, Chevalier, Damia, Yvonne Georges (of course).

42-mouloudji-a-14-answeb.gifMouloudji, qui retrouve les voix de la rue de sa petite enfance, s’étonne que l’on puisse « posséder du savoir » et être sensible à ce type de chansons. Le samedi midi, le couple Desnos fait table d’hôtes et accueille souvent une quinzaine de personnes. C’est ainsi que Moulou croise fréquemment Jean Galtier-Boissière, Marion et Henri Jeanson, Pablo Picasso, Henri Langlois, Michel Leiris et sa femme, Marcel Achard, André Salacrou, André Masson … Le 22 février 1944, à dix heures du matin, Robert Desnos sera arrêté à son domicile par les Allemands. Il ne reviendra pas des camps de concentration.

Les litres et ratures d’Antoine Blondin

Blondin au RubensLe rez-de-chaussée du 19 fut longtemps occupé par Le Rubens, café dans lequel, dans l’arrière-salle obscure, travaillait et recevait Antoine Blondin à la fin de sa vie. Jean-Marc Parisis, dépêché par les éditions Quai Voltaire pour lui commander un papier sur le quai du même nom, ne put que constater la triste usure du temps : « Au Rubens, Blondin écluse sa vie, la bégaie. C’est triste, mais rare, les derniers feux d’un phare. Des éclairs de malice et d’émotion sur un océan de torpeur. »

Champollion « tient l’affaire »

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En 1822, il dispose d’un bureau-grenier au numéro 28 et maitrise le syriaque, le chaldéen, le copte, l’hébreu, l’arabe et le persan. Suffisant sans doute pour déchiffrer son premier hiéroglyphe : le mot « Ramsès ». Il se précipite alors à la bibliothèque Mazarine où travaille son frère et s’écrie : « Je tiens l’affaire ! »

S’il avait vécu un peu plus longtemps, Champollion aurait sans doute obtenu que l’obélisque de Louxor soit érigé non pas place de la Concorde mais là où il le souhaitait. Où ? Pile à l’endroit où se trouve aujourd’hui la pyramide du Louvre !

Joseph Vernet : 20 000 lieux sous la mer !

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Il fut comme on le sait un spécialiste des ports de France et de la peinture « maritime ». Est-ce pour cela qu’on le retrouve dans le Nautilus où, écrit Jules Verne, on peut admirer les diverses écoles des maîtres anciens et en particulier « quelques marines de Backuysen et de Vernet » ?

Diderot commenta longuement sept tableaux de Vernet dans un texte connu sous le titre de La Promenade Vernet. Où l’on peut lire : « Quel est celui de vos artistes, me disait mon cicerone, qui eût imaginé de rompre la continuité de cette chaussée rocailleuse par une touffe d’arbres ? — Vernet, peut-être. — À la bonne heure ; mais votre Vernet en aurait-il imaginé l’élégance et le charme ? Aurait-il pu rendre l’effet chaud et piquant de cette lumière qui joue entre leurs troncs et leurs branches ? — Pourquoi non ? — Rendre l’espace immense que votre œil découvre au-delà ? — C’est ce qu’il a fait quelquefois. Vous ne connaissez pas cet homme ; jusqu’où les phénomènes de la nature lui sont familiers… »

Châteaubriant, pour sa part, le glissera dans ses Mémoires : « Deux marines de Vernet, que Louis le Bien−Aimé avait données à la noble dame, étaient accrochées sur une vieille tapisserie de satin verdâtre. »

sherlock holmes.jpgEnfin, on peut lire, dans l’article de Wikipédia consacré à Joseph Vernet : « Dans la nouvelle intitulée L’interprète grec d’Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes déclare que sa grand-mère « était la sœur de Vernet ». C’est évidemment une erreur : il s’agit d’Horace Vernet, le petit-fils de Joseph, que nous avons eu l’occasion de croiser dans un article sur la Place Clichy. Et qui habita au 28 de la rue. D’ailleurs le voici.

Horace Vernet, c’est au 28, comme Champollion.

la bataille de Friedland, horace vernet.jpgLe petit-fils de Joseph Vernet, peintre des épopées napoléoniennes, « homme d’esprit, caractère aimable, une nature droite, honnête, loyale, vive et sensée », (Sainte-Beuve) fut sévèrement jugé par Charles Baudelaire dans sa critique des salons de 1845 et 1846 : « M. Horace Vernet est un militaire qui fait de la peinture. Je hais cet art improvisé au roulement du tambour, ces toiles badigeonnées au galop, cette peinture fabriquée à coups de pistolet, comme je hais l’armée, la force armée, et tout ce qui traîne des armes bruyantes dans un lieu pacifique ».

Vernet, évidemment, n’aima pas Louis XVIII. Qu’il ne se priva pas de croquer dans un style cacateux fort peu napoléonien. (Le porte-coton était un laquais chargé de torcher le royal postérieur).

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Jean Dannet : l’acteur-chansonnier-peintre

Il fut chansonnier (notamment avec Jacques Grello au Théâtre des 2 Ânes), comédien (L’Annonce faite à Marie, La Guerre de Troie n’aura pas lieu) et bien sûr peintre. En 1938, il occupe une modeste chambre au 56 rue Mazarine et peint « tout ce qui tient à la mer et à la vie subaquatique ».

 

Gare de Lyon avec Raymond

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Connaissez-vous le peintre marseillais Raymond Allègre qui vécut au 20 de la rue Mazarine en 1885 ? Que dire ? En 1900, il participe, avec ses panneaux Alger et Cassis, à la décoration du restaurant Le Train bleu de la gare de Lyon.

La Champmeslé se fait larguer

Célèbre interprète de Racine, elle fut également sa maitresse et vécut au 5 rue Mazarine. Mais en 1677, l’auteur de Phèdre s’en sépare pour cause de respectabilité à la cour. La comédienne se console alors dans les bras d’un comte de Clermont-Tonnerre de mauvaise réputation. Aussitôt circule dans la capitale quatre vers fort peu raciniens : « À la plus tendre amour elle était destinée, / Qui prit assez longtemps Racine dans son cœur ; / Mais par un insigne malheur / Un Tonnerre est venu, qui l’a déRacinée. »

Edgar Quinet, ce n’est pas seulement une station de métro

330px-Edgar_Quinet_vers_1860.jpgL’historien-philosophe républicain qui vécut au 4 bis fut sans doute, par son ouvrage L’Enseignement du peuple, un des inspirateurs de Jaurès pour son engagement sur la laïcité et un des plus grands républicains de son temps. Nommé au Collège de France en 1841, il en sera exclu quatre ans plus tard (en même temps que Michelet) après avoir critiqué les Jésuites pour leur rôle néfaste en Europe du Sud. (Pas touche au clergé). Après avoir activement participé à l’avènement de la République en 1848, il est élu député. Mais le coup d’État de 1851 sonne le glas de ses idées et de la chaire qu’il avait retrouvée. (Pas touche au prince-président-futur empereur.) Il reviendra pour défendre Paris en 1870 et ne cessera de défendre l’idée républicaine et le contrat social. Dans L’Esprit nouveau, paru en 1874, il demande que les femmes ne soient plus victimes de la législation du mariage et de l’ignorance, que soit rendue leur dignité aux paysans et aux ouvriers, que cessent les guerres sociales de classes. Cela valait largement un boulevard et une station de métro.

Et le roi, dans tout ça ?

Pièce royaume de PatagonieEn 1981 Jean Raspail sort un livre intitulé Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie (éditions Albin Michel), récompensé par le Grand Prix du roman de l’Académie française. Il raconte l’incroyable histoire d’Antoine de Tounens, qui disparaît de Périgueux pendant quatre ans et qui réapparait en 1861 en tant que roi de Patagonie. Le tout nouveau souverain Orélie-Antoine Ier, désigné par les Indiens Mapuches, a promulgué une constitution et battu monnaie à son effigie. Il ne régnera pas longtemps. En janvier 1862, le Chili l’expulse. Il tentera par trois fois de retrouver son trône. En 1867, on le retrouve rue Mazarine, au n° 54, avant qu’il ne retourne en Dordogne. L’actuel prince héritier se nommerait Antoine IV et demeurerait à Tourtoirac.

Le 14e arr. de Patrick Modiano

 

Modiano

 

 

Bon d’accord. Modiano, c’est pas rigolo. Mais c’est tellement beau… Cette semaine, suivons-le dans le quatorzième arrondissement, pour une balade qui se termine vers les boulevard de ceinture. Un quartier où il trouvait refuge à 20 ans dans les petits hôtels de la rue Delambre ou de la rue du Montparnasse. Un quartier « qui se survivait à lui-même et qui pourrissait doucement, loin de Paris ».

Cette contrée existe-t-elle encore, se demande l’auteur de L’Herbe des nuits ? « On ne retourne pas souvent dans les quartiers du sud. C’est une zone qui a fini par devenir un paysage imaginaire, au point qu’on s’étonne que des noms comme Tombe-Issoire, Glacière, Montsouris, le château de la Reine Blanche, figurent dans la réalité, en toutes lettres, sur des plans de Paris. »

Le Lutetia, 45, boulevard Raspail

« En juin, mon père et moi, nous nous réconcilions. Je le retrouve souvent dans le hall de l’hôtel Lutetia. » (Un pedigree)

Lutetia.jpgConstruit par le propriétaire du Bon Marché pour y loger sa meilleure clientèle provinciale, le Lutetia fut le premier hôtel Art nouveau à Paris. En juin 1940, il est occupé par l’Abwehr, le service de renseignement et de contre-espionnage de l’état-major allemand. En août 1944, après la Libération, le bâtiment est réquisitionné par le général de Gaulle et accueille les déportés à leur retour des camps de concentration nazis. Si Modiano évoque la piscine Molitor et la piscine Deligny dans son œuvre, il ne mentionne jamais celle du Lutetia, très belle piscine « à vagues artificielles » qu’il aurait pu fréquenter. Piscine privée de l’hôtel avant la guerre, elle devint municipale à la Libération avant de fermer dans les années 1970.

Le Poisson d’or, 24, rue Vavin 

Dans Les Boulevards de ceinture, le père du narrateur suggère doucement : « Peut-être au Poisson d’or, Odéon 90.95… », avant de se faire rabrouer par Murraille.

Le Poisson d’or était durant l’Occupation un restaurant-boîte de nuit proche des standards des Champs-Élysées ou de Pigalle. Il deviendra l’Éléphant blanc puis le Club Saint-Hilaire.

Le Cabaret des Isles et Les Vikings, 31, rue Vavin

« […] le Cabaret des Isles, rue Vavin, où l’on aurait remarqué la présence du couple, occupait le sous-sol des Vikings. » (Fleurs de ruine)

Les Vikings furent créés en 1926 par le Norvégien Carl F. Hem et prêtèrent leur cave au Cabaret des Isles. Les deux établissements mélangeaient donc à la même adresse le froid et le chaud.

L’ancienne gare Montparnasse

« Quand il pleuvait rue d’Odessa ou rue du Départ, je me sentais dans un port breton, sous le crachin. De la gare qui n’était pas encore détruite, s’échappaient des bouffées de Brest ou de Lorient. » (Fleurs de ruine)

accident montparnasse

L’ancienne gare Montparnasse reste célèbre pour l’accident du 22 octobre 1895, quand la locomotive à vapeur du train Granville-Paris pulvérise le heurtoir, traverse les deux murs du bâtiment puis s’écrase en contrebas. Mais c’est sans fracas que, trente ans plus tard, un génie du cinéma tient dans la même gare une petite boutique de jouets et de confiserie : ruiné par la faillite de son studio de cinéma, Georges Méliès n’a pas trouvé d’autre moyen de subsistance.

tour montparnasse.jpg« Je marche dans un quartier maussade que la tour voile de deuil, écrit Modiano dans Fleurs de ruine. » Une tour qui « endeuille le boulevard Edgar-Quinet et les rues avoisinantes ».

La démolition de l’ancienne gare commence en 1965. Fin 1967, Jacques Dutronc chante : « Et sur le boulevard Montparnasse / La gare n’est plus qu’une carcasse / Il est cinq heures / Paris s’éveille. »

Roger la Frite, 57, boulevard du Montparnasse

« Nathalie […] me racontera plus tard que les jours de dèche, mon père ne l’emmenait pas dîner chez Charlot roi des coquillages mais chez Roger la Frite. » (Un pedigree)

frites.jpgVéritable institution, Roger la Frite fit les beaux jours des fauchés en tous genres dans les années 1960 et 1970. « Avec Jean-Luc et ses copains, Truffaut, Rozier, Rivette, on allait souvent chez Roger la Frite, à Montparnasse », se souvient Anna Karina dans Libération. Pour un prix modique, le client était servi ici d’un steak garni d’une montagne de frites et arrosé d’un quart de rouge. Quant à « Charlot roi des coquillages » de la place de Clichy, il a été créé en 1937 par un Marseillais du nom de « Charlot » Lombardo, un ancien de chez Prunier. Dans une ambiance surannée, l’établissement a proposé ses plateaux de fruits de mer jusqu’en 2017 et sa transformation en supermarché. Lequel a néanmoins conservé, selon le souhait de la municipalité, l’auvent rouge en façade.

Le cinéma Montparnasse, 16, rue d’Odessa

 « Un dimanche après-midi, j’étais seul avec Dannie, au bas de la rue d’Odessa. La pluie commençait à tomber et nous nous étions réfugiés dans le hall du cinéma Montparnasse. » (L’Herbe des nuits)

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Sans doute Modiano désigne-t-il le Gaumont Parnasse, 16, rue d’Odessa, qui se trouvait près du café Dupont. En 1964, la place Montparnasse voit surgir de nouvelles salles « d’exclusivités » : le Miramar et le Bretagne. Dans la gare existe encore le Cinéac, une salle aux fauteuils avachis, fréquentée par des voyageurs en instance, des désœuvrés, des lycéens du jeudi. Au programme et en continu : actualités, dessins animés, magazines exotiques. Le Cinéac ferme ses portes le 28 juin 1966, avant que la gare ne soit totalement démolie.

L’Unic Hôtel, 56, rue du Montparnasse

« Dehors, je n’ai pu m’empêcher de les observer derrière la vitre. Et, aujourd’hui, à mesure que j’écris, il me semble que je les observe encore, debout sur le trottoir comme si je n’avais pas changé de place. » (L’Herbe des nuits)

Unic hotelQue reste-t-il de l’affaire Ben Barka, du nom de cet opposant marocain enlevé devant le drugstore du boulevard Saint-Germain en 1965 ? Dans L’Herbe des nuits, Modiano part dans les replis du temps sur les traces d’un « Paris très menaçant, noir et trouble ». L’Unic Hôtel en est l’épicentre. L’établissement (aujourd’hui Unic Renoir) appartenait à Georges Boucheseiche, ancien truand reconverti dans le proxénétisme, qui fut suspecté d’avoir séquestré l’opposant marocain et participé à son meurtre. Dans le roman, il apparaît sous le nom de Georges B., un homme qui « n’est pas un enfant de chœur ». Quant à Ghali Aghamouri, autre figure de la bande de l’Unic Hôtel, ce pourrait être Thami Azemmouri, l’étudiant en histoire qui accompagnait Ben Barka lors de sa disparition.

indexLe choix du personnage de Georges Boucheseiche n’est pas anodin. Et comme souvent chez Modiano, les années 1940 et 1960 se tiennent par la main. Bien avant d’être mêlé au meurtre de Ben Barka, Boucheseiche avait prêté main-forte à la Gestapo française de la rue Lauriston. Et le docteur Lucaszek, un autre personnage de L’Herbe des nuits, fut également en contact avec cette sinistre bande.

La rue Vandamme

Dans Fleur de ruine, le narrateur évoque la rue Vandamme : « Non, je n’avais pas rêvé. La rue Vandamme s’ouvrait sur l’avenue à peu près à cette hauteur, mais ce soir-là, les façades étaient lisses, compactes, sans la moindre échappée. Il fallait bien que je me rende à l’évidence : la rue Vandamme n’existait plus. »

ruie vandamme

Pauvre rue Vandamme ! En 1937, la restructuration de la gare Montparnasse l’amputa d’un bon tiers. Puis, dans les années 1960, la rénovation du quartier Plaisance détruisit sa partie centrale, la plus pittoresque. Ne subsiste aujourd’hui qu’une petite rue reliant la rue de la Gaîté à l’avenue du Maine.

L’atelier de Jansen, 9, rue Froidevaux

« – Si cela vous intéresse, a-t-il dit, je vous montrerai les photos quand elles seront développées. […] J’avais inscrit son numéro de téléphone sur un paquet de cigarettes. D’ailleurs, il était dans le Bottin, nous avait-il précisé. Jansen, 9, rue Froidevaux, Danton 75-21. » (Chien de printemps)

CapaLa rue Froidevaux… Des photos que l’on abandonne sur place avant de disparaître… On pense bien sûr à Robert Capa qui, en 1939, résida 37, rue Froidevaux et quitta précipitamment Paris devant les menaces de guerre. D’autant plus que Modiano fait de Jansen un proche du photographe, avec lequel il aurait « couvert le Tour de France ».

Modiano ne pouvait être que sensible à la rocambolesque histoire de la « valise mexicaine » de Robert Capa, qui, avant de quitter la capitale pour les États-Unis, confia des boîtes contenant près de deux cents rouleaux de pellicules sur la guerre civile espagnole à Csiki Weisz, ami et photographe. La « valise » se volatilise cependant pendant quarante ans, avant de réapparaître miraculeusement au Mexique, en 1979. Au total, quatre mille cinq cents négatifs sont retrouvés, qui retracent les combats de la guerre civile espagnole entre 1936 et 1939. Quant à Jansen, il partira à son tour au Mexique en juin 1964 pour « ne plus donner signe de vie ».

L’hôtel Savoie, 8, rue Cels

Dans Le Café de la jeunesse perdue, Louki réside à l’hôtel Savoie après avoir habité la rue Fermat, dans ce que Modiano appelle « l’arrière-Montparnasse ». Le personnage de Louki s’inspire d’une personne réelle, une certaine Kaki. Comme dans le roman, elle s’appelait en réalité Jacqueline ; sous l’effet de la drogue, elle sCafé de la jeunesse perdueauta par la fenêtre de son hôtel, rue Cels, un samedi de novembre 1953. On put lire, à la une de France Dimanche : « En se jetant par la fenêtre, “Kaki” a mis fin au roman-type d’une désaxée de Saint-Germain-des-Prés. »

Au carrefour de la rue de la Santé et du boulevard Arago

« Boulevard Arago, je ne détachais pas les yeux du mur sombre et interminable de la prison. C’était là où, jadis, on dressait la guillotine. » (Fleurs de ruine)

Guillotine.jpgEntre 1909 et 1939, les exécutions avaient lieu à l’angle du boulevard Arago et de la rue de la Santé. En juin 1939, les exécutions publiques furent interdites et la guillotine installée dans la cour d’honneur de la prison. Contemplant le mur de la Santé, le narrateur songe-t-il au fantôme qu’il poursuit dans la première partie de son œuvre, ce Louis Pagnon, gestapiste et proche de son père, détenu à la Santé en 1941 avant de rejoindre la rue Lauriston ? Pagnon ne fut pas guillotiné mais fusillé avec Lafont et Bonny au fort de Montrouge, en décembre 1944.

Sur les traces de Roger Gilbert-Lecomte, rue Bardinet

gilbert lecomte.jpg« Combien de fois ai-je suivi cette rue, sans même savoir que Gilbert-Lecomte m’y avait précédé ? » écrit Modiano dans Dora Bruder. S’il évoque ce poète mort à 37 ans, qui habita au 16 bis, c’est parce que sa compagne, Ruth Kronenberg, fut déportée dans le convoi du 11 septembre 1942, une semaine avant Dora Bruder. Et qu’à trente ans de distance, en 1965, Gilbert-Lecomte et Modiano résidèrent dans le même hôtel, square Caulaincourt.

La rue de la Voie-Verte

« Je m’étais souvent demandé pourquoi, en l’espace de quelques années, les lieux où je rencontrais mon père s’étaient peu à peu déplacés des Champs-Élysées vers la porte d’Orléans. Je me rappelle même avoir déployé dans ma chambre d’hôtel de la rue de la Voie-Verte, un plan de Paris. » (Accident nocturne)

rue de la voie verte.jpgLa rue de la Voie-Verte perdit son nom en 1945 pour devenir la rue du Père-Corentin. Le franciscain et patriote assassiné par les nazis en 1944 méritait amplement d’être ainsi honoré mais on ne peut qu’approuver la volonté de Modiano d’évoquer l’ancien nom à la sonorité si musicale.

Jean de L’Herbe des nuits et Jean de L’Horizon, 28, rue de l’Aude

« Je ne suis jamais revenu rue de l’Aude. Sauf dans mes rêves… » (L’Herbe des nuits)

Jean, le narrateur de L’Herbe des nuits, y loue une chambre. C’était déjà l’adresse de Jean Bosmans, le personnage central du précédent roman, L’Horizon. Et Jean est le premier prénom de Patrick Modiano.

Le palais arabe du parc Montsouris

« Le livre de Michel Audiard m’a ému, écrit Modiano, parce qu’en le lisant, j’ai constaté, une fois de plus, que la démarche essentielle d’un écrivain, c’est de partir à la recherche du temps perdu. Audiard nous dit à demi-mots que nous n’aurions jamais dû quitter le parc Montsouris avec ses pelouses qui descendent à pic, le petit train qui le traverse, et le palais arabe qui demeure là, dérisoire, comme le dernier vestige de notre enfance. » (Le Monde, 23 juin 1978, à propos du roman d’Audiart La Nuit, le jour et toutes les autres nuits.

parc Monsouris

Jusqu’en 1991, le parc Montsouris abrita le palais du Bardo, reproduction à échelle réduite de la résidence d’été des beys de Tunis, vestige de l’Exposition universelle de 1867 au Champ-de-Mars. À la fin de l’Exposition, la Ville de Paris acheta la bâtisse et la fit remonter par des ouvriers tunisiens en haut du parc Montsouris. Ce « palais arabe » était classé Monument historique et devait être restauré dans les années 1980 pour accueillir un musée tunisien. Il fut détruit dans un incendie en 1991.

La Cité universitaire, 17, boulevard Jourdan

« Je me suis réfugié dans le quartier du boulevard Kellermann, et je fréquente la Cité universitaire voisine, ses grandes pelouses, ses restaurants, sa cafétéria, son cinéma et ses habitants. Amis marocains, algériens, yougoslaves, cubains, égyptiens, turcs… » (Un pedigree)

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Dans les années 1960, la Cité U achève son déploiement et voit le nombre de ses pavillons passer à dix-sept, le dernier étant la Maison de l’Iran. Dans L’Herbe des nuits, le narrateur s’étonne que Dannie occupe une chambre dans le bâtiment des États-Unis, car elle n’est ni américaine ni étudiante. Le lieu est propice aux infiltrations, aux statuts incertains. Patrick Modiano s’y aventure en 1966, ultime borne de ses dérives vers le sud : « Je fréquentais la Cité universitaire, le pavillon du Maroc, sans être étudiant. C’était une principauté bizarre à la lisière de Paris avec de vrais et de faux étudiants, comme un port franc, surveillé par la police. » C’est dans ses souvenirs de la Cité U qu’il puisera certains éléments de L’Herbe des nuits, évocation discrète de l’affaire Ben Barka.

Dans Fleurs de ruine, le narrateur insiste sur le prodigieux refuge que constitue la Cité U :

« Quand nous en franchissions la frontière – avec nos fausses cartes d’identité –, nous étions à l’abri de tout. »

Le café La Rotonde, 7, place du 25-août-1944

« Nous nous sommes levés et, sans nous serrer la main, nous sommes sortis ensemble du café de La Rotonde. J’ai été surpris de le voir s’éloigner dans son pardessus bleu marine vers le périphérique. » (Accident nocturne)

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Photo Roger Violet

Pour le narrateur d’Accident nocturne, le café La Rotonde marque une frontière. Au-delà, on s’aventure à Montrouge, en pays étranger. Si le père s’éloigne vers de « lointaines banlieues », le fils ne franchit pas la frontière à pied. Il prend le car dans Paris intra-muros pour rentrer au collège. La porte d’Orléans marque également la déchéance du père, qui y donne désormais ses rendez-vous. Adieu les halls du Claridge ou du Grand Hôtel. Les affaires se traitent désormais au milieu des sifflements des percolateurs, en compagnie de forains, d’hommes « au teint rubicond de voyageur de commerce, ou à l’allure chafouine de clercs de notaire provinciaux ».

La porte d’Orléans – limite des quartiers Sud – suinte l’absolue tristesse. On peut lire dans Accident nocturne une phrase aux allures d’excipit : « Le quartier […] m’a soudain paru lugubre, peut-être parce qu’il me rappelait un passé récent : la silhouette de mon père s’éloignant vers Montrouge, on aurait cru à la rencontre d’un peloton d’exécution. »

 

Un peu d’autopromo ?

Certains d’entre vous se sont peut-être procurés mon livre sur Le Paris de Modiano, paru il y a une semaine chez Parigramme, dont le texte de cet article est issu.  L’Express le crédite d’un 18/20 (merci, merci) et écrit : « Quelle balade ! Prenez Paris, scrutez-la à la loupe à travers l’oeuvre et la vie de Patrick Modiano, et vous obtenez ce beau livre passionnant, reflétant à merveille « l’immense jeu de piste spatial et temporel », entamé par le Prix Nobel depuis les premiers jours. »

 

La Place Dauphine, nombril du monde ?

 

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René Kuder, Place Dauphine, 1947

D’après de savants calculs de l’IGN, le centre géographique de Paris serait situé sur la place Dauphine, aux coordonnées 48° 51′ 24″ N, 2° 20′ 32″ E. Fichtre ! La France étant (fut un temps) le centre du monde et Paris le centre culturel de la France, quelle aura planétaire pour cette petite place affublée d’un presque unanime qualificatif : « charmante ». Mais ce ne fut pas toujours l’avis de tout le monde. Frantz Jourdain, par exemple, le pote de Zola et architecte de la Samaritaine, la croque en ces termes : « Les maisons en sont d’une banalité lamentable. Je ne parle pas, bien sûr, des deux pavillons d’entrée, face au Pont-Neuf, qui sont charmants. Mais les autres ! Les connaissez-vous ? Les avez-vous visitées ? Je les connais, moi, ces maisons. Pas d’escalier de service, pas de salle de bains, les water-closets sur le palier, des entresols de deux mètres de haut, des couloirs sans lumière, des cuisines sans air. […] Habiteriez-vous dans ces vieilles pierres ? Habiteriez-vous dans ces taudis ? Mais s’il vous plait d’avoir mon sentiment, je flanquerais tout ça par terre. »

Heureusement, il n’en fut rien et la place est toujours là. Avec son joli bouillon de culture.

Tabarin fait son beurre

place-dauphine-gravure-1662.jpgAu 17e siècle, Tabarin et Mondeur y dressèrent leurs tréteaux, proposant de petites pièces satiriques ou des chansons lestes. Henri IV, dit-on, se mêlait aux badauds incognito pour les écouter. Comme ils vendaient ensuite des baumes aphrodisiaques et des potions opiacées, le Parlement décida de stopper ce lucratif commerce et les chassa en 1634. Qu’importe : Les Œuvres et fantaisies de Tabarin eurent un grand succès, connurent sept éditions et, selon l’éminent historien Gustave Lanson, auraient influencé Molière et La Fontaine.

Nerval regrette l’ile de la Gourdaine

Nerval.jpgDans La Main enchantée, Gérard de Nerval semble regretter l’île si bucolique qui donna naissance à la place Dauphine : « Il est une autre place dans la ville de Paris qui ne cause pas moins de satisfaction par sa régularité et son ordonnance, et qui est, en triangle, à peu près ce que l’autre est en carré. Elle a été bâtie sous le règne de Henri le Grand, qui la nomma place Dauphine et l’on admira alors le peu de temps qu’il fallut à ses bâtiments pour couvrir tout le terrain vague de l’île de la Gourdaine. Ce fut un cruel déplaisir que l’envahissement de ce terrain, pour les clercs, qui venaient s’y ébattre à grand bruit, et pour les avocats qui venaient y méditer leurs plaidoyers : promenade si verte et si fleurie, au sortir de l’infecte cour du Palais. »

 Les dieux ont soif place Dauphine

les dieux ont soif.jpgDans Les Dieux ont soif, roman d’Anatole France se déroulant durant la Terreur, Évariste Gamelin, jeune peintre membre du Tribunal révolutionnaire, est aimé de la belle Elodie. L’amour ou le pouvoir ? C’est ce qu’il médite lors de leurs promenades amoureuses sur la place Dauphine. Pauvre Anatole France ! Le prix Nobel de littérature 1921 cristallisera à la fin de sa vie toutes les rancœurs des soi-disant modernes. Héritant de son fauteuil, Valéry ne prononça pas son nom dans son discours de réception à l’Académie et l’attelage Breton-Aragon-Soupault-Drieu-Delteil proposa de gifler son cadavre dans un tract annonciateur du surréalisme. « C’est un peu de la servilité humaine qui s’en va » écrivirent-ils aimablement.

Maigret, bien sûr…

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En bordure de la place se tenait Les Trois marches, brasserie fort prisée de ces messieurs de la Police judiciaire. Simenon, dans ses romans, la rebaptisa brasserie Dauphine, d’où notre commissaire un tantinet bourru faisait monter demis et sandwichs pour les interrogatoires serrés qui perduraient toute la nuit. Il y déjeunait souvent, petit salé ou cette crémeuse blanquette de veau que l’on hume dans Un échec de Maigret.

Chardin dans les arbres

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Pipes et vases à boire, dit aussi La tabagie, vers 1737

Dans les années 1720, la place Dauphine était une sorte de marché ouvert à tous vents et Chardin, à l’occasion de la procession de la Fête-Dieu, y accrocha aux arbres deux de ses toiles : Le Buffet (également appelée Le Dressoir) et La Raie. Denis Diderot, ami et admirateur, s’émerveilla : « C’est une vigueur de couleurs incroyable, une harmonie générale, un effet piquant et vrai. De belles masses, une magie de faire à désespérer, un rare goût dans l’assortiment et l’ordonnance. On s’arrête devant un Chardin comme d’instinct. Comme un voyageur fatigué de sa route va s’asseoir, sans presque s’en apercevoir, dans l’endroit qui lui offre un siège de verdure, du silence, des eaux, de l’ombre et du frais ».

 André Breton et le sexe (féminin) de Paris

Dans La Clé des champs, Breton compare de manière explicite la place Dauphine à un pubis féminin. Il détaille sa « configuration triangulaiPlace Dauphine trianglere, d’ailleurs légèrement curviligne, et […] la fente qui la bissexte en deux espaces boisés ». Pour compléter le tableau, les deux bras de la Seine longeant la place dessinent les « jambes » de Paris.

La jolie place exerçait un emprise sur lui : « Cette place Dauphine, écrit-il en 1928, est bien un des lieux les plus profondément retirés que je connaisse, un des pires terrains vagues qui soient à Paris. Chaque fois que je m’y suis trouvé, j’ai senti m’abandonner l’envie d’aller ailleurs, il m’a fallu argumenter avec moi-même pour me dégager d’une étreinte très douce, trop agréablement insistante et, à tout prendre, brisante. »

 15 place Dauphine, la fenêtre rouge de Nadja

Nadja.jpgOn retrouve Breton et la place Dauphine dans Nadja. Deux jours après leur rencontre, en 1926, André Breton dine avec la jeune femme à la terrasse de chez Paul (le restaurant a été créé en 1894). Nadja pense qu’il existe sous leurs pieds un souterrain, elle insiste sur la présence d’un vent bleu. En regardant la fenêtre d’une des maisons qui bordent la place, elle exerce ses dons de divination : « Dans une minute, cette fenêtre va s’éclairer. Elle sera rouge. » Prophétie accomplie. Médium, Nadja ? Elle lui aurait prédit : « Tu écriras un livre sur moi. Je t’assure. » Le livre paraitra en 1928, alors que Nadja est enfermée dans un asile de fous, à Lille, où elle décèdera en 1941.

Et le City hôtel, au 29

Le temps d’un éphémère amour, Breton convia Nadja dans une chambre d’hôtel situé au 29 : « De plus, écrit-il, j’ai habité quelque temps un hôtel jouxtant cette place, « City Hôtel », où les allées et venues à toute heure, pour qui ne se satisfait pas de solutions trop simples, sont suspectes. Le jour baisse. Afin d’être seuls, nous nous faisons servir par le marchand de vins. Pour la première fois, durant le repas Nadja se montre assez frivole. »

Vidocq, c’est au 12

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En 1837, l’ancien bagnard ex-chef de la police séjourne place Dauphine. Sept ans auparavant, il a publié ses Mémoires, dont on attribue l’écriture aux « teinturiers » (les « nègres » d’aujourd’hui) Louis-François Lhéritier de l’Ain et Emile Morice. Comme chacun sait, Vidocq a inspiré Balzac pour son Vautrin et Hugo pour Jean Valjean. Une quinzaine de films s’inspirent de sa vie, le premier étant Vidocq, 1911, film muet avec Harry Baur.

 

15 place Dauphine, Montand et Signoret…

Montand Signoret place Dauphine

 C’est dans une ancienne librairie que le couple s’installe en 1951, un petit duplex qu’ils surnomment La Roulotte. « L’appartement de la place Dauphine, c’est ce qu’on a eu en premier, déclare Signoret en 1979. Elle représente le départ d’une nouvelle vie à deux. C’est là qu’il y a le piano, qu’on reçoit les copains, qu’on se dispute ». En trente ans de mariage, Simone Signoret n’a jamais préparé qu’un seul plat à Yves Montand, des spaghettis au beurre : « La cuisine, c’est pas son truc ! », avait-il raconté. Heureusement, ils habitaient à côté de Chez Paul, dont les cuisines donnaient sur leur palier.

… et Othon Friesz, le plus impressionniste des Fauves

Othon Friesz http:/www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com

En 1903, Friesz emménage dans un atelier situé au 15, dans lequel il restera jusqu’en octobre 1905. D’abord influencé par les impressionnistes, puis par Vincent van Gogh et Paul Gauguin, il va devenir « fauve », peignant des « excentricités colorées », des « bariolages informes », des « mélanges de cire à bouteille et de plumes de perroquet » en compagnie de Matisse, Marquet, Vlaminck, Manguin…. Fauve ? Apercevant un buste de femme du sculpteur Marque au milieu de la salle, le critique Louis Vauxcelles s’écrie : « C’est Donatello dans la cage aux fauves ! »

Charles Camoin habite au 28

Camoin-Les-Quais-de-Paris-H.jpegCharles

Camoin (1879-1965), qui fut l’élève de Gustave Moreau aux côtés de Georges Rouault, Albert Marquet, Henri Manguin et Henri Matisse, se rattache au mouvement fauviste. En 1914, il expose une soixantaine de toiles à la galerie Druet, toiles qu’il décide de détruire quelques mois plus tard en les coupant en morceaux puis en les jetant à la poubelle, rue Lepic. Les débris atterrissent au Marché aux Puces puis rachetés par le Père Soulier, célèbre marchand de la rue des Martyrs, qui les rassemble et les vend à des collectionneurs avertis, Warnod, Félix Fénéon, Francis Carco ou Gustave Coquiot. Camoin refuse d’en accepter la paternité et s’ensuit un procès qui restera célèbre dans le cadre de la propriété intellectuelle. Le tribunal civil de la Seine statua, le 15 novembre 1927 : « La propriété des morceaux lacérés ne peut faire obstacle à l’exercice par l’auteur de son droit de divulgation. L’acquisition de la propriété ne se limite qu’au support, l’auteur reste maître malgré l’abandon de son œuvre de faire respecter ses droits. »

Albert Marquet ? C’est au 29 !

vue du Pont neuf, Marquet

Alors qu’il habite, jusqu’en 1905, quai des Grands Augustins, Marquet déménage en 1906 avec sa mère dans un petit appartement du 29 place Dauphine. Il aura l’occasion d’y peindre le Pont-Neuf, à trois reprises. Il quittera la place Dauphine début de 1908 pour rejoindre Matisse au 19, quai Saint Michel.

Cinéma, chanson et théâtre

La bicyclette bleueRégine Desforges consacre un long chapitre à la place Dauphine dans Le Paris de mes amours. Et quelques scènes de l’adaptation cinématographique de sa Bicyclette bleue, avec Laeticia Casta et Jean-Claude Brialy, y furent tournées.

Yves Simon, habitant de la place, la mentionne dans sa chanson Nous nous sommes tant aimés (album Macadam). « Les joueurs d’hélicon de la fanfare des Beaux-Arts / Jouaient  » Huit et demi  » sur les grands boulevards.  / A Paris, la Seine était grise et pourtant je t’aimais, / Place Dauphine le soir on se retrouvait. »

partition dutronc.jpg

Comment ne pas terminer par Lanzmann/Ségalen, musique de Dutronc qui ne se décide pas à aller se coucher : « Je suis le dauphin de la place Dauphine / Et la place Blanche a mauvais’ mine… / Les camions sont pleins de lait / Les balayeurs sont pleins d’balais… »

 

Sur ce, bonne journée à tous.