Coco perdu rue du Dragon

 

Le dragon de la rue du Dragon.jpg

42, rue du Dragon, l’immense Louis Guilloux

Son œuvre la plus célèbre, Le Sang noir, manqua de peu le Goncourt en 1935. Des prix, Guilloux en recevra beaucoup : prix du roman populiste en 1942 pour Le Pain des rêves, prix Renaudot en 1949 pour Le Jeu de patience, Grand prix national des Lettres (1967) pour l’ensemble de son œuvre, Grand prix de littérature de l’Académie française (1973)…

Louis Guilloux.jpgCet écrivain majeur des années 1930, porte-parole des humbles et des oubliés partagea sa vie entre son minuscule studio de la rue du Dragon et sa maison de Saint-Brieuc. Il mourut dans une quasi-misère en 1980, malgré le soutien de ses amis André Malraux, Jean Guéhenno et Pierre Moinot. Voici un extrait de Coco perdu, sa dernière œuvre, qui interroge la vieillesse. Une véritable merveille. Extrait : « Quelquefois il me vient de drôles d’idées. Oui. Il se passe bien des choses, je me dis, mais au fond, il se passe rien. Et s’il ne s’était jamais rien passé ? S’il ne devait jamais rien se passer ? On n’arrive jamais nulle part. Il s’passe rien, ou bien tout se passe, ou plutôt se déplace au fur et à mesure que le temps s’en va, et, en même temps, rien ne bouge. »

Au 36, Jean Giono aime son hôtel

hôtel rue du dragon giono.jpgDans Les Vraies richesses (1937), Giono évoque son point de chute parisien, qui fut aussi le séjour de Verlaine au début de l’année 1876 : « Quand je vais à Paris, je descends dans un petit hôtel de la rue du Dragon. Voilà sept ans que je suis fidèle à cet hôtel et à ce quartier. Je suis ainsi fait qu’il me faut des racines, non pas seulement où l’homme en a, mais à toute la surface de mon corps (…) J’ai depuis longtemps fait amitié avec le patron de l’hôtel, sa femme et son petit garçon. »

31, rue du Dragon, l’Académie Julian

En 1890, Rodolphe Julian ouvre son atelier rue du Dragon. L’enseignement vise à préparer les élèves à l’École des Beaux-arts, à concourir pour le Prix de Rome ou à présenter leurs œuvres aux Salons. L’Académie Julian accueillera pendant un siècle des figures de premier plan comme Maurice Denis, les futurs nabis Paul Sérusier, Édouard Vuillard et Pierre Bonnard, les futurs fauves Henri Matisse et André Derain ou encore Marcel Duchamp ou Jean Dubuffet.

En 1959, les locaux de la rue du Dragon sont achetés par Guillaume Met de Penninghen et Jacques d’Andon, qui les intègrent à l’Atelier Penninghen pour former l’ESAG Penninghen en 1968.

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Le ramasseur d’algues, Sérusier, vers 1890

Au 30, le « plus grand poète français, hélas »

En 1821, le jeune auteur des Odes (pour lesquelles Louis XVIII lui octroie une pension annuelle de mille francs, fichtre !) loge dans une mansarde de la rue du Dragon. Il y écrit des lettres passionnées à Adèle Foucher qu’il épouse en octobre 1822. Elle lui donnera cinq enfants. Lui nous donnera (notamment) Les Châtiments et son fameux « S’il en demeure dix, je serai le dixième / Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! ». Sacré Hugo !

Hugo

Non, ce n’est pas Michel Sardou, c’est Hugo jeune …

24, rue du Dragon, quel cinéma !

feu folletCréé par Claude Makoswsky et l’exploitant parisien Boris Gourevitch, ce cinéma aux ambitions art et essai est inauguré en octobre 1962 avec Le Feu Follet de Louis Malle, ode funèbre à un Saint-Germain-des-Prés désenchanté. Aménagé au rez-de-chaussée et au premier étage d’un immeuble du XVIIe siècle, le cinéma est doté d’une salle de 350 places tout en longueur (24 mètres de long pour seulement six de large).
Le Dragon se veut révolutionnaire : pas de fauteuils rouges comme à l’accoutumée, pas d’actualités, pas de publicités. Le film seul est diffusé, de 14 h à 2 h du matin…). Mal placé, l’établissement périclite et se reconvertit en cinéma porno à la fin des années 70, devenant le Dragon Club Vidéo Gay. Il perd même ensuite son label « Dragon » : le Club Vidéo Gay ferme ses portes en janvier 1986.

Copeau, c’est au 19

Vieux Colomnbier

Jacques Copeau s’y installa pour être au plus près de son cher Vieux-Colombier, qu’il créa en 1913 dans l’ancienne salle de l’Athénée-Saint-Germain. A-t-il croisé Martin du Gard qui habita au 10 ? Question d’autant plus pertinente qu’ils échangeront une correspondance fournie durant les quarante ans de leur amitié alors qu’ils habitaient à quelques mètres l’un de l’autre. Rappelons que Copeau mit en scène Le Testament du père Leleu, farce paysanne de Martin du Gard (1913), qui avant ce devenir romancier, envisageait de devenir auteur dramatique.

Mais z’aussi, au 19, la galerie Nina Dausset

galerie nina dausset.jpgQuand le chat n’est pas là, les souris (surréalistes) dansent… En 1948, Nina Dausset se rend pour un an aux États-Unis avec son mari et confie la gérance de sa galerie à Manou Pouderoux, une artiste proche de Breton. Celle-ci accueille à bras ouverts la petite bande, change le nom de la galerie pour La Dragonne, sous-titrée « La solution surréaliste » dans l’esprit de ce que fut la Centrale de la rue de Grenelle en 1925. Chaque mercredi, les porteurs de manuscrits et de dessins sont reçus de 15 h à 18 h dans le cadre d’une exposition surréaliste permanente, avec des toiles récentes de Arp, de Brauner, de Dali, de Tanguy, de Miró. La galerie publie également une revue : Néon. À leur retour, Jean et Nina Dausset ont le sentiment – ben oui – d’avoir été expropriés et prient la bande à Breton de plier bagage. Allez, hop ! On  retrouvera deux ans plus tard les surréalistes à L’Étoile scellée. Après leur départ, les Dausset exposent notamment Bryen, De Kooning, Mathieu, Pollock, Wols et Hartung en 1951. Ah ! Hans Hartung ! Trop fort, le légionnaire…

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14, rue du Dragon, Les Cahiers d’art de Christian Zervos

2_Portrait-ZervosEn 1929, les Éditions Cahiers d’Art, maison d’édition créée par Zervos, s’installent au 14 rue du Dragon à Paris. En 1932, Christian et Yvonne Zervos inaugurent les locaux avec quelques œuvres de Mondrian et, en 1934, le rez-de-chaussée et l’entresol sont aménagés en galerie : Miro, Kandinsky, Ernst, Arp, Hélion, Giacometti et Gonzalez sont à l’honneur, sans oublier les travaux d’architecture de Chareau, Le Corbusier, Paul Nelson. De 1926 à 1960, ce seront 97 numéros dont des numéros spéciaux qui sortiront de la rue du Dragon, source majeure pour comprendre l’art du 20e siècle.

Christian Zervos sera la cheville ouvrière du catalogue Picasso. En 1932, le peintre lui en confie la constitution, œuvre peinte et dessinée. La parution du premier tome du catalogue, Œuvres de 1895 à 1906, entraîne la ruine de l’éditeur, qui doit vendre une partie de sa collection aux enchères pour éviter la faillite.

Minotauromachie
Pablo Picasso, La Minotauromachie, [1935] Eau-forte, grattoir et burin sur papier, 49,5 x 69 cm
« En 1929, écrit Christian Derouet, s’était instaurée une relation exceptionnelle entre les « hommes d’affaires » du peintre et le rédacteur-propriétaire de la revue. Renonçant gracieusement mais tacitement à ses droits d’auteur et engageant une forte somme d’argent, Picasso incitait l’éditeur à entreprendre la publication d’un catalogue sommaire illustré de son œuvre peint et dessiné. En confiant à Zervos le soin de constituer, conserver et gérer son  iconothèque, rue du Dragon, Picasso préservait sa liberté commerciale, contournant Paul Rosenberg, son marchand, et ses courtiers occasionnels. Cet accord providentiel entraînait pour Zervos, menacé régulièrement de faillite, des effets pervers. […] il n’était plus maître des sommaires de Cahiers d’art, qui devint progressivement l’organe de propagande d’un maître exclusif. » (Zervos et Cahiers d’art.)

Commencé en 1932, cet inventaire en 33 volumes (le « Zervos ») ne sera terminé qu’en 1978, huit ans après la mort de ce dernier.

Zervos et le Festival d’Avignon

index.jpgPour la petite histoire, Christian Zervos est (avec René Char) le « parrain » du Festival d’Avignon. Par l’intermédiaire de Char, il rencontre Vilar alors qu’il prépare une expo de peinture contemporaine dans la grande chapelle du palais des Papes. Il propose à l’acteur de reprendre la pièce de  T.S.Eliot (Meurtre dans la cathédrale) dans la cour d’honneur du Palais, ajoutant ainsi la scène aux toiles. Vilar décline : il n’a plus les droits de la pièce. Mais il propose de présenter trois pièces, en création : Richard II, un Shakespeare presque inconnu à l’époque en France ; Tobie et Sara de Paul Claudel, enfin La Terrasse de midi, deuxième œuvre de Maurice Clavel. Le Festival est né. La première « Semaine d’art en Avignon » aura lieu du 4 au 10 septembre 1947 avec, au programme les trois pièces, deux concerts et l’exposition des oeuvres de vingt-six artistes : Picasso, Kandinsky, Braque, Chagall, Ernst, Matisse, Léger, etc.

Au no 10, Martin du Gard et la sœur de Gréco

À la fin des années 1940, lorsqu’il est à Paris, le Prix Nobel 1937 réside rue du Dragon, au fond de la cour, dans un petit hôtel du XVIIe siècle, immeuble dont il est nu-propriétaire en indivision avec son frère. Est-ce dans cet hôtel, à cette même adresse, que résida Charlotte Aillaud, sœur de Juliette Gréco, ; ancienne déportée pour faits de Résistance et épouse de l’architecte Émile Aillaud ? Entre 1958 et 1979, elle y organisa des diners people – Sagan, Banier, Lagerfeld…  qui sont restés célèbres.

Et au 8, chez Laurent Terzieff

Terzieff jeuneUn petit appartement, au troisième étage. Quelques marches en colimaçon qui mènent au bureau, à l’étage supérieur. Une pièce blanche, mansardée, sobrement meublée ; près de la cheminée, des sculptures de sa sœur Brigitte. Bienvenue chez Terzieff, l’un des plus grands acteurs du théâtre français. Il commença au cinéma, dans Les Tricheurs, bien sûr, film dans lequel il tenait un rôle d’étudiant bohème et cynique très loin de sa véritable personnalité. (Jacques Perrin, dans le film, inaugure également sa belle carrière cinématographique ; il y prononce sa seule réplique (très germanopratine) : « Et puis hein, piquez des bouteilles ! »).

7 rue du Dragon, chez Raymond Bussières

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Cher Bubu, initiateur du Groupe Octobre et ancien des Brigades internationales ! Il tournera dans plus de cent cinquante films, de 1933 à 1982. Le meilleur et le pire (comme Mon Frangin au Sénégal, Guy Lacourt, 1953). On le voit ici haut perché, dans L’Assassin habite au 21. Sa femme, Annette Poivre, présente une filmographie tout aussi impressionnante que la sienne.

 

 

Et pour finir, la concierge est dans la photo (de Doisneau)

 

Vieux Paris - La concierge aux lunettes rue Jacob, 1945 de Robert Doisneau, vieux metiers.jpg

Robert Doisneau réalisa dans cette rue une série de photographies : Concierges de la rue du Dragon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Etonnez-moi (rue Saint-) Benoit…

1 rue Saint-Benoit, moutarde et cornichons

le trio.jpgAprès la guerre, en 1947, une dame Marguerite Constant-Lambe ouvre L’Épicerie à l’angle de la rue Jacob, boui-boui décoré par le peintre Douking, établissement à peine plus grand qu’une chambre de bonne. A partir de 17 h, la boutique fait bar. Gros succès. On y rencontre Boris Vian qui vient acheter un pot de moutarde et Marcel Pagliero quelques cornichons. Avec un peu de chance, on y croise Gréco et Cazalis, la brune et la rousse, pas encore traquées par les photographes du très people magazine Samedi Soir.

3 rue Saint-Benoit, teinture et littérature

NRF1908.jpgIl y avait au 3, au début du siècle, un teinturier qui ne se doutait vraiment pas que sa rue Saint-Benoit deviendrait cinquante ans plus tard le centre du monde pendant une bonne décade. Il laissera la place pour un court moment à une petite société en participation créée par André Gide, Jean Schlumberger et Gaston Gallimard : les Éditions de la NRF. (Avant qu’elles ne s’installent au 35-37 de la rue Madame, en 1912.)

 

Prévert imbibé, c’est au 4, au Petit Saint-Benoit

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« Ivrogne d’accord, précisait-il, mais pas alcoolique ! ». Le 12 octobre 1948, Jacques Prévert vient déjeuner au Petit Saint-Benoit. Passablement imbibé, il se rend ensuite au studio de la Radiodiffusion française, sur les Champs-Elysées. Il y fera une chute dramatique de cinq mètres, en se penchant puis tombant du premier étage.

 

Résistance et mai 68 chez Marguerite Duras

 

duras écrire

Duras s’installe en avril 1942, troisième étage gauche du 5, rue Saint-Benoit. Au-dessous de chez elle habite Ramon Fernandez, conseiller culturel du Parti populaire français de Doriot, qui reçoit Gerhard Heller, responsable littéraire de la Propagandastaffel et divers officiers allemands. Malgré cette promiscuité, l’appartement devient un centre de rencontre de la Résistance où l’on croise, notamment, le capitaine Morland, alias François Mitterrand, que Duras accueillera quelques jours dans sa chambre du sixième. Vingt-cinq ans plus tard, Duras accueille… mai 68. Devant ce qu’elle considère comme « une divine surprise », elle s’engage avec fougue dans le mouvement étudiant, le considère comme « sa » révolution, parle de « sauvagerie essentielle » et invente le slogan « sous les pavés, la plage ».mai 68 pavés.jpg

Elle avait le don d’enthousiasmer certains, de se faire haïr par d’autres. On se souvient de la moue et de la réflexion de Marguerite Yourcenar à propos du titre Hiroshima mon amour : « Et pourquoi pas Auschwitz mon chou ? ». On se souvient également de Pierre Desproges, curieusement agressif avec l’auteure de L’Amant : « Duras n’a pas écrit que des conneries. Elle en a aussi filmé. »

Au 5, également, Léo Larguier

Leo larguier.jpgFoulard blanc, cheveux longs, feutre à larges bords et canne de prix, voici Léo Larguier et sa lourde face de centurion, l’ami d’Apollinaire. L’auteur de Saint-Germain-des-Prés, mon village habite au dernier étage de l’immeuble et se plaint « de se voir chassé de tous ces endroits » dont il était naguère le roi, de même que Tristan Tzara, le vieux dadaïste reconverti qui milite dans la cellule communiste de Marguerite Duras. Ne reconnaissant plus son village, Léo Larguier meurt en 1950.

 

J’oubliais : Sainte-Beuve a également habité au 5, en 1849-1851. C’est à cette époque qu’il commence à publier dans Le Constitutionnel, Le Moniteur et Le Temps ses Causeries du lundi.

Au 13, le Club Saint-Germain à l’assaut du Tabou

« Dans trois belles salles voûtées (…) on mit un bar, une plonge, des lavabos, des bois sculptés qui proviennent d’un vieux manège de chevaux de bois, lui-même construit avec les débris d’une frégate du seizième siècle, le tout récupéré en Bretagne par Chauvelot, on accrocha une tête de cheval en carton-pâte et une femme à barbe, on installa un piano, des musiciens, des barmen, on apporta des verres et des bouteilles et on constitua le Club Saint-Germain-des-Prés. Directeur : Chauvelot, avec Gréco-Cazalis-Doelnitz ».

En juin 1948, trois cents invitations sont lancées pour l’ouverture du concurrent du Tabou. Mille à mille cinq cents personnes se présentent, bloquant la rue Saint-Benoît et nécessitant l’intervention de la police. À l’intérieur, c’est la folie. « À minuit et demi, dans la cave du Club, réputée pour sa fraicheur, le thermomètre marquait 60. (…) Odette Joyeux se mit à gémir « je ne peux plus respirer. – Respirer quoi ? » demanda Boris Vian, livide. On devait enregistrer dans la nuit plus de vingt évanouissements. Maurice Chevalier et Nita Raya, qui restèrent un quart d’heure, perdirent 800 grammes chacun. »

sartre.jpgLa légende veut que Sartre, incommodé, ait été extrait de cet enfer par la fenêtre des toilettes. Une semaine plus tard, Samedi-Soir rend compte de l’événement dans son style particulier : « À dix pas du Flore, le Club Saint-Germain-des-Prés, nouveau siège social de l’existentialisme mondain, a été inauguré dans un climat de prise de la Bastille ».

jazz.jpgCôté musique, Vian a bien fait les choses : sous la direction de Jean-Claude Fohrenbach, l’un des meilleurs saxo ténor européen, on peut entendre Guy Longnon à la trompette, Benny Vasseur au trombone, Maurice Vander au piano, Robert Barnet aux drums. Le Club devient pour quelques années la plus célèbre adresse du jazz parisien et accueille les plus grands musiciens américains : Charlie Parker, Max Roach, Hot Lips Page, Kenny Clarke, Don Carlos Byas, Coleman Hawkins…

En juillet 1948, Vian reçoit avec les honneurs « l’empereur », Duke Ellington, l’ange protecteur de son Écume des jours. (E le parrain de son fils). Rue Saint-Benoît, un millier de fidèles tindexenteront d’assister à la grand-messe. Le Club accueillera également Django Reinhardt en 1951, qui, après avoir garé sa roulotte devant la porte, jouera dans son impeccable costume-cravate noir, œillet rouge à la boutonnière.

 

20, rue Saint-Benoît, Le Civet des époux Cordonnier

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Ce petit restaurant aux vastes cuisines est tenu par les époux Cordonnier à la fin des années 40. Selon Boris Vian et son Manuel de Saint-Germain-des-Prés, madame Cordonnier considère Sartre comme « un chic type » et Simone de Beauvoir comme « une personne agréable à servir ». Dans le quartier, elle apprécie particulièrement Juliette Gréco et Claude Luter. Une décennie plus tard, le Civet cèdera la place au bar et restaurant La Malène, rendez-vous incontournable des années 60.

 

Au 24, Felix Leclerc dans la chambre 24

felix LeclercComme le Montana, La Louisiane ou l’hôtel de Nice, l’hôtel Chrystal est un petit hôtel où logent écrivains et artistes du quartier. C’est dans la chambre 24 que Félix Leclerc et son Petit bonheur s’installent en 1950 pour ses débuts triomphaux aux Trois baudets. Voisin de chambre : Django Reinhardt, qui se produit alors au Club Saint-Germain, et qui n’a pas trouvé de place au Montana.

 

Montesquieu au Montana, c’est au 28

 

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Le Montana, mitoyen du Flore, accueille Jacques Prévert en 1936 dans le vaste studio du septième étage qu’il quittera en juillet 1938. Lorsqu’il a trop bu (c’est-à-dire trop souvent), le poète se suspend par les deux mains au balcon du septième, menaçant de tout lâcher malgré les supplications de ses amis. Le bar de l’hôtel, « petit enfer rouge et fumeux », (dixit Simone de Beauvoir), est le rendez-vous de l’équipe des Temps modernes (Maurice Merleau-Ponty, Jacques-Laurent Bost, Robert Scipion), des communistes (Pierre Hervé, Pierre Courtade, Marguerite Duras) et des cinéastes (Louis Daquin, Alexandre Astruc, Marcel Cravenne, Yves Allégret, Marcel Pagliero…)

Tant de célébrités ne pouvaient qu’influencer le patron du Montana qui cite Montesquieu dans sa publicité : « Il existe une maison où l’on apprête le café de telle manière qu’il donne de l’esprit à ceux qui en prennent ». (Lettres persanes).

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Annabel, la future compagne de Bernard Buffet, loge à l’hôtel dans les années 50. La presse compare ses écrits à ceux de Françoise Sagan et, lorsqu’elle chante, c’est avec Gréco qu’on fait le rapprochement. Elle s’en amuse : « Tant qu’on ne dit pas que je chante comme Sagan et que j’écris comme Gréco… »

 

 

Et pour terminer, une chanson de Modiano chantée par son amie Françoise…

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« Etonnez-moi, Benoît
Marchez sur les mains
Avalez des pomm’s de pin Benoît
Des abricots et des poires
Et des lames de rasoir étonnez-moi »

(Paroles de Patrick Modiano, musique Hugues de Courson)

 

 

 

Et ceux et celles de la rue de Courcelles ?

Au 45, la poudre Legras de Marcel Proust

Jeanne-et-AdrienLa famille Proust emménage dans cet immeuble cossu le 1er octobre 1900, dans un appartement du 2e étage sur rue à l’angle de la rue de Monceau, face à la célèbre « Pagode rouge ». L’appartement est pourvu d’un large balcon de pierre et donne sur une cour intérieure. M. et Mme Proust y font chambre à part et chacun des deux garçons dispose d’une chambre et ne s’entendent guère : Marcel ne supporte pas que son cadet lui ait volé une part d’affection maternelle. Il l’évincera totalement de la Recherche, alors que sa mère, son père, sa grand-mère, et sa tante y sont présents. Dans l’appartement, une pièce appelée par Mme Proust le « fumoir » est réservée aux fumigations de Marcel qui y fait brûler ses poudres Legras et d’Escouflaire sensées lutter contre l’asthme, spécialités à base de belladone et de datura. Marcel a 29 ans, il démissionne de son poste non rémunéré à la bibliothèque Mazarine et s’attelle, avec sa mère, à la traduction du poète-écrivain-peintre John Ruskin. Cela se traduira par un ouvrage : La Bible d’Amiens.

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Jacques-Emile Blanche (1861-1942) Portrait de Marcel Proust en 1892. Proust conservera ce tableaujusqu’à sa mort, en 1922.

La rue de Courcelles inaugure la vie d’adulte du jeune homme qui commence à rédiger les carnets qui lui fourniront la genèse de la Recherche. Il y organise de grands diners ou réceptions avec ses amis. Le docteur Adrien Proust meurt dans l’appartement trois ans après leur installation, suivi par Mme Proust en septembre 1905. Marcel Proust le conservera jusqu’en décembre 1906 puis emménagera au 102, boulevard Haussmann.

Et une adresse récurrente chez Modiano

ModianoLe 45 rue de Courcelles constitue une adresse importante chez Modiano. On la découvre dans Livret de Famille : « Une fiche concernait le magnétophone que Bourlagoff transportait dans son sac en plastique. On y lisait l’adresse du client qui avait loué cet appareil : 45 rue de Courcelles, situé un peu plus bas. »

On la retrouve dans Quartier perdu, lorsque l’écrivain Jean Dekker se rend dans un appartement qu’on lui a prêté : « J’ai monté à pied la pente de la rue de Courcelles, du côté de l’ombre, sur le trottoir de gauche, celui du 45. Devant la porte cochère, j’ai éprouvé une vague appréhension et j’ai fait les cent pas le long de la façade qui se termine en rotonde à l’angle de la rue de Monceau. »

C’est également dans cet immeuble que se réfugie Louis Pagnon en 1944, lorsque Henri Lafont le chasse de la rue Lauriston. Louis Pagnon, dit « Eddy », collabo notoire, figure récurrente et obsessionnelle des premiers romans de Modiano, dont il cherche en vain une preuve de collusion avec son père durant la guerre.

Louisa Colpeyn 2Dans Quartier Perdu, durant les années 80, une équipe tourne un film devant le 45, film intitulé Rendez-vous de Juillet, dont le réalisateur ne semble pas au courant de l’existence du film éponyme de 1949. Hasard ? La mère de Modiano, l’actrice Louisa Colpeyn, est créditée d’un petit rôle (Betty) dans le film de Jacques Becker.

Ci-contre, l’actrice Louisa Colpeyn, la mère de Patrick Modiano

 

La maison de poupée de Dickens : c’est au 48

DickensEntre novembre 1846 et janvier 1847, l’écrivain-marcheur séjourne avec sa famille et ses quatre secrétaires-servantes dans une petite maison située au 48. Ses premiers romans – The Pickwick Papers, Oliver Twist, Nicholas Nickleby, The Old Curiosity Shop, Barnaby Rudge, Martin Chuzzlewit – écrits et publiés à un rythme soutenu depuis 1836 – l’ont rendu célèbre.

Rue de Courcelles, il travaille sur Dombey and Son, histoire d’une faillite familiale, mais ses longues promenades dans la capitale ne sont guère propices à l’écriture. A Paris, il rencontre de nombreux écrivains, notamment Victor Hugo et, dans un courrier à la Comtesse de Blessington, il relate sa visite place Royale (place des Vosges) : « J’ai été très frappé par Hugo lui-même, qui a l’air d’un Génie, qu’il ne doit pas manquer d’être, et qui est franchement intéressant de la tête aux pieds. ».

Ah la Guilbert ! C’est au 52. Décoré par Chéret

FR : Tableaux de Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901)Ci-dessus, croquée par Toulouse-Lautrec et ci-dessous, affiche par Chéret

Affiche Chéret GuilbertAu début des années 1900, Jules Chéret se tourne vers la décoration intérieure et travaille avec Rodin, Charpentier et Bracquemond pour la villa La Sapinière du Baron Vitta, puis les salons de l’Hôtel de Ville de Paris ou la Préfecture de Nice. Il décore par ailleurs l’hôtel particulier d’Yvette Guilbert, qui s’est installée au 52, avec son mari, Max Schiller. Se souvient-elle du bristol illustré par Chéret pour un bal du Moulin Rouge qui l’a tant acclamée ? « Les hommes doivent être spirituels ou gais ; les femmes jolies ou aimables », exige l’invitation. Belle époque, assurément.

 

Au 75, la vilaine tache de Kees van Dongen

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(Pas sur ce tableau-là, il est vraiment bien. Fallait continuer comme ça, Kees…).

Il commença au Bateau Lavoir comme Picasso, dont il était ami. Il termina comme un peintre mondain, riche mais plutôt médiocre. (Non, j’exagère un chouïa). Il s’installe rue de Courcelles en 1935, en pleine gloire portraitiste et, dans son atelier qui lui sert à la fois d’appartement et de galerie, il organiste des bals masqués et reçoit ses invités au milieu de ses toiles, déguisé en Neptune. L’argent, les femmes. En 1941, en compagnie de Derain, Vlaminck et Belmondo, il participera à un voyage en Allemagne organisé à l’initiative d’Arno Breker, sculpteur officiel du Troisième Reich. Vilaine tache dans le tableau. Il en sera récompensé lors de son exposition à la galerie Charpentier en novembre 1942, encensé par le torchon collaborationniste La Gerbe et par l’organe du fascisme allemand Das Reich ».

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… et le vilain tableau de Bardot

BB 1954

En 1954, s’étant engagé à exécuter le portrait d’une Brigitte Bardot encore inconnue, van Dongen s’écrie : « C’est tout ce que vous m’avez trouvé comme modèle pour représenter la Parisienne ? C’est tout sauf ça ! Je ne suis pas un peintre animalier, je ne peins pas les pékinois ! » De très mauvaise humeur, il qualifie le tableau de « plus mauvais de toute sa carrière ! » Deux ans plus tard, la jeune starlette devenue star, il qualifie le portrait de chef d’œuvre et le met en vente. Cher, tellement cher que Bardot ne put l’acheter.

 L’héritage de Marthe Chenal, s’adresser au 84

marthe chenal

Marthe Chenal, vous connaissez. Mais si. Cette cantatrice égérie des « poilus » qui chanta La Marseillaise le 11 novembre 1918, depuis le balcon de l’Opéra Garnier, drapée de la bannière tricolore, devant une foule immense et en présence de Georges Clémenceau.

Dotée d’une grande beauté et d’une voix exceptionnelle, elle fut une des plus grandes cantatrices de la première partie du XXe siècle et interpréta dès 1906 des rôles-phare de l’opéra : Don Giovanni, Le Vaisseau fantôme, Faust, Carmen.

Fin 1921, la cantatrice charge Picabia (avec lequel elle entretient une liaison) d’organiser la soirée du réveillon dans son hôtel. À cette occasion, le peintre fait imprimer des cartons d’invitations pour cette soirée qui rassemblera artistes et écrivains dont Picasso, Brancusi, Vollard, Cocteau, Radiguet, Auric, Morand ainsi que des figures mondaines. Ce Réveillon Cacodylate sera l’occasion d’enrichir L’Œil Cacodylate en signatures nouvelles, œuvre qui fera scandale au Salon d’Automne.

Marthe Chenal mourut en 1947 dans son hôtel particulier. On peut lire dans Wikipédia : « Marthe Chenal croyait avoir pour seuls héritiers les enfants de son frère, mais ceux-ci n’ayant pas été légitimés, ce fut à de lointains cousins qu’échut la succession. Ils arrivèrent du fond de leur Savoie, s’adressèrent au concierge et, devant la loge confortable de celui-ci, s’écrièrent : “Elle était joliment bien logée !” ne soupçonnant pas que tout l’hôtel était la propriété de “la cousine”. On eut grand’peine à les empêcher d’arracher les dédicaces des partitions, qu’ils croyaient devoir vendre au poids, comme vieux papiers sans valeur. »

Drouot dispersera tableaux et meubles de la rue de Courcelles. Parmi les curiosités, les publicités de Marthe Chenal pour Vuitton, Savon Cadum, Lucky Strike et le vin Mariani, dont on dit qu’il inspira la création du Coca Cola.

Au 93, Colette et Willy

willy et ColetteColette et son mari Henry Gauthier-Villars, dit Willy, s’installent à cette adresse en 1901, dans un atelier d’artiste au 6e étage, torride en été, glacial en hiver. En 1900, lorsque paraît Claudine à l’Ecole, Willy est sans conteste l’un des personnages les plus connus de Paris par ses articles féroces, ses romans polissons, ses critiques musicales assassines, ses duels, ses dépenses somptuaires. Barbiche, haut de forme, embonpoint, il incarne l’archétype du littérateur bourgeois d’avant-guerre. Willy, gros enfoiré ? C’est ce que laisse entendre Colette lorsqu’elle évoque son « contrebandier de l’Histoire littéraire » : la série des Claudine, parus entre 1900 et 1903, n’a-t-elle pas été publiée sous le seul nom de son époux ? Plus tard, elle ne lui pardonnera pas d’avoir, un jour de dèche, bradé les droits d’auteur de ses Claudine. Colette et Willy quitteront cet appartement dès 1902 pour s’installer au 177 bis.

Au 177 bis, c’est aussi Colette et Willy

Colette et WillySur le mur du salon, un tableau représente la maîtresse de maison auprès de Willy, telle un petit chien aux pieds de son maître. Mais cette époque est révolue et la jeune femme apprend à combattre ce qu’elle pensait être l’irrépressible penchant féminin pour la servitude. Elle va se libérer de l’emprise de son mari, revendiquant désormais de signer ses ouvrages. (Claudine à Paris, Claudine en ménage.) D’autant que dans le Tout-Paris, l’imposture a du plomb dans l’aile et que le bon mot circule : « Willy ? Elle a beaucoup de talent ! »

En 1902, le couple a emménagé au 177 bis, rue de Courcelles dans un petit immeuble de deux étages situé entre la place Pereire et le boulevard Berthier. Willy et sa femme habitent au second, dans l’appartement d’un ancien ministre des Travaux publics et au-dessus du prince Alexandre Bibesco. Le salon est une pièce sans âme tenant de la salle d’attente et du cabaret campagnard : meubles massifs, tables trapues, lourdes draperies et cuivres lustrés. Saugrenue, une balustrade blanche coupe la pièce en deux. Colette, très sportive, s’est aménagé un refuge niché au sommet d’un escalier rétréci ; un atelier d’artiste meublé non d’un chevalet mais d’anneaux de gymnastique, d’un trapèze et d’une corde à nœuds.

Claudine s'en va

La rupture est proche. Après la parution de Claudine s’en va, Colette s’en va. Elle quitte son gros Willy et, en 1906, s’installe 44 rue Villejust (aujourd’hui rue Paul Valéry) puis rue Torricelli.

 

 

Au 181, deux peintres sinon rien

 

Les peintres Gaston Hochard (1863-1913) et Yves Dieÿ eurent leur atelier dans cet immeuble.

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Le Congrès de maires de France, par G. Hochard

 

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Bateaux à quai, par Yves Diey

Au 202, le délicat Raymond Woog

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Cet artiste peintre (1875-1949) fut un proche d’André Maurois et inspira à ce dernier, en 1918, le personnage d’Aurel dans le roman Les Silences du colonel Bramble. Il est connu pour la délicatesse de ses portraits.

Boulevard Malesherbes : de Proust à Sagan

Au 2, le petit Eugène Sue deviendra (très) grand

Les mystères de Paris

En 1810, après le 160, rue Neuve-de-Luxembourg (21, rue Cambon), le petit Eugène passe sa petite enfance boulevard Malesherbes. Parvenu à l’âge adulte, il écrit des romans exotiques et historiques. Sans grand succès. Les Mystères de Paris lui sont commandés par un éditeur qui a découvert Les Mystères de Londres et songe à s’en inspirer. Pour s’imprégner du sujet, le dandy quitte ses habits de bourgeois et s’habille en ouvrier. Il explore les bas-fonds parisiens, prend des notes. Une rixe du coté de la Maube lui fournit le premier chapitre. Le succès du feuilleton (Dans Le Journal des débats, 1842-1843) est phénoménal, tel, affirme Théophile Gautier, « que des malades attendent pour mourir la fin des Mystères de Paris ».

Victorien Sardou, c’est au 4

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En 1885, Victorien Sardou et les dix-huit mille volumes de sa bibliothèque s’installent boulevard Malesherbes. Après avoir connu une misère noire et le rejet de ses pièces dans les années cinquante, il va devenirle plus grand dramaturge français de  la deuxième moitié du XIXe siècle, grâce notamment à sa muse Sarah Bernhardt, pour laquelle il écrira sept pièces. Auteur de vaudevilles, de comédies de moeurs, de satires sociales, de drames historiques ou psychologiques, il fut aussi metteur en scène, décorateur à ses heures, agent littéraire et promoteur de spectacles et… spirite. (Il fit « tourner les tables avec l’impératrice Eugénie.) Sa pièce la plus connue est bien sûr Madame sans-Gêne, créée en 1893. Sa fille épousa Robert de Flers, un des plus chers amis de Marcel Proust et ce dernier puisera dans la vie de Sardou pour agrémenter sa Recherche: les actrices imaginaires qui traversent la fresquedoivent beaucoup aux Dejazet, Rachel, Réjane ou Sarah Bernhardt que Sardou a employées. Odette est une pièce de l’académicien. Quant au nom de Verdurin, comment ne pas penser à Verduron, propriété de Sardou à Marly ?

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La Madeleine de Proust

Proust jeune.jpgMarcel Proust et sa famille vécurent au 9 boulevard Malesherbes du 1er août 1873 à 1900, dans un appartement de sept pièces situé dans  le bâtiment en fond de cour, dont les fenêtres donnaient sur la rue de Surène. Immeuble neuf. Ascenseur et salle de bains. Marcel Proust y résidera vingt- huit ans et le quartier de la Madeleine sera son royaume : le restaurant chez Larue, pour les soupers, le café-restaurant Weber de rue Royale pour les conversations frivoles et les distractions, la pharmacie de la rue de Sèze pour l’approvisionnement en poudre à fumigation, le restaurant Prunier, l’hôtel Marigny (établissement louche tenu par Jupien dans la Recherche) et les Trois-Quartiers, pour son rayon de parapluies.

Boulevard Malesherbes, Proust écrit Jean Santeuil, ouvrage commencé en 1895 et qui ne sera édité qu’en 1952. Il préfigure par certains passages ce que sera la Rechercheet peut se lire comme une autobiographie entre vingt-quatre et vingt neuf ans. Proust écrira: « Puis-je appeler ce livre un roman ? C’est moins peut-être et bien plus, l’essence même de ma vie, recueillie sans y rien mêler, dans ces heures de déchirure où elle découle. Ce livre n’a jamais été fait, il a été récolté ».

 

Au 12, Tendre est Paris pour Scott Fitzgerald

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« L’Américain de Paris, déclare Fitzgerald, c’est ce que l’Amérique a fait de mieux. »En avril 1925, il séjourne avec Zelda à hôtel Florida, 12 boulevard Malesherbes, avant de partir pour la Côte d’Azur. Il vient de terminer Gasby le magnifique et songe à Tendre est la nuit. Il lui faudra neuf ans pour en venir à bout.

Une sacrée nana au 98

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L’hôtel de Valtesse de la Bigne (célèbre courtisane née Émilie Louise Delabigne) servit de modèle à Émile Zola pour celui de Nana. L’écrivain visita l’incroyable palais de la cocotte, tomba en admiration devant le lit : « Un lit comme s’il n’en existait pas, un trône, un autel où Paris viendrait admirer sa nudité souveraine […]. Au chevet, une bande d’amours parmi les fleurs se pencherait avec des rires, guettant les voluptés dans l’ombre des rideaux. »

 

Zola fut plus chanceux qu’Alexandre Dumas fils. Quand celui-ci demanda à entrer dans sa chambre pour admirer le fameux lit, elle répondit sèchement : « Cher Maître, ce n’est pas dans vos moyens !»

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Valtesse fut l’amie au sens large d’Édouard Manet, Henri Gervex, Édouard Detaille, Gustave Courbet, Eugène Boudin, Alphonse de Neuville, tous des voisins, ce qui lui valut le surnom de « l’Union des Peintres ». Quels étaient ses talents ? Son portrait par Manet en 1879 confirme que ce n’était pas vraiment une beauté.

107 boulevard Malesherbes (ancien 79), la fin de Dumas (père)

Dumas par Henri MeyerDans la famille Dumas, prenons le père. En 1866, malade, il vient vivre chez sa fille Marie-Alexandre dans un appartement situé au quatrième étage, loué à M. Pereire. C’est boulevard Malesherbes qu’il écrit son dernier roman, Les Blancs et les Bleus, paru en 1867, quarante-deux ans après sa première pièce, La Chasse et l’amour. Il décèdera trois ans plus tard en Seine-Maritime. La veille de sa mort, Dumas fils trouvera son père très anxieux d l’eau-delà : – À quoi songes-tu, père ? –  Alexandre, crois-tu qu’il restera quelque chose de moi ?

Un grand Rêve au 129

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L’hôtel du 129 fut construit en 1876 par l’architecte Émile Boeswillwald pour Édouard Detaille qui y peignit son célèbre Rêve en 1889. Maître de la peinture militaire française après la guerre de 1870, il fut une des principales figures du monde artistique sous la Troisième République. Il fut surnommé « la petite Roquette », mais je ne sais pas pourquoi.

Au 131, Meissonnier en campagne

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Nous parlions la semaine dernière de la piètre opinion de Degas sur Meissonnier. Ce brave Ernest qui fut pourtant considéré de son vivant comme l’un des plus grands peintres de son époque, avant d’être voué aux gémonies, d’être oublié puis réhabilité.Sa Campagne de Franceest visible au musée d’Orsay. Il fit partie des illustrateurs d’Honoré de Balzac avec cinq dessins illustrant la Comédie humaine : La Maison du chat-qui-peloteLe Bal de SceauxLa BourseLa Femme abandonnéeLa Femme de trente ans.

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Il fit également le portrait de Balzac, en 1840, mais la toile, peut convaincante dit-on, fut ensuite recouverte par Homme choisissant une épée.

 

 

 

147 boulevard Malesherbes : Pierre Louys

Pierre Louÿs se fixe boulevard Malesherbes en 1898. Ami de Gide et de Valéry, il se fit connaître par les scandaleuses Chansons de Bilitis puis rencontrera un énorme succès avec Aphrodite (1896), Les Aventures du roi Pausole (1901).

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Grand amateur de femmes et jouissant d’une belle santé, il revendiqua plus de deux mille cinq cents maîtresses. Lorsqu’en 1925 ses héritiers inventorièrent ses papiers, ils découvrirent, selon Jean-Paul Goujon, plus de 400 kilos de manuscrits érotiques.

Louÿs fut, avec Henri de Régnier, amoureux de Marie, la fille de José Maria de Heredia. Un pacte les liait : aucun des deux ne se déclarerait sans avoir prévenu l’autre. Profitant d’une absence de Pierre Louÿs, Régnier demanda cependant et obtint la main de Marie (1895). Pierre Louÿs fulmina et répandit dans tout Paris un  portrait peu flatteur de son adversaire : « Il a tout l’air d’un cadavre debout, oublié sous la pluie par un assassin distrait. »

160 boulevard Malesherbes : les trois filles de Catulle Mendès

The_Daughters_of_Catulle_Mendès_by_Auguste_Renoir.jpgQui lit aujourd’hui Catulle Mendès ? Ce poète parnassien, romancier, critique littéraire et auteur dramatique fut l’une des plus grandes figures littéraires de la fin du siècle. Il épousa la fille de Théophile Gautier. Est-ce parce que son beau-père ne l’appréciait pas (il le surnommait « Crapule m’embête »), que le couple ne résista pas ? Mendès épousa ensuite la compositrice Augusta Holmès, ils eurent cinq enfants dont trois filles, « croquées » par Renoir. En 1909, on retrouva son corps sans vie dans le tunnel du chemin de fer de Saint-Germain-en-Laye. Endormi, il se serait réveillé au moment où le train franchissait la partie de la voie qui est à ciel ouvert. Se croyant déjà dans la gare, il aurait ouvert précipitamment la portière pour descendre et se serait broyé la tête sur le mur d’entrée tunnel.

Mais aussi Coco (Chanel)

gabrielle-avant-coco-chanel.jpgAu moment où meurt Catulle Mendès, Coco Chanel fait ses débuts à Paris comme modiste en compagnie desa tante Adrienne, du même âge qu’elle,dans une garçonnière de trois pièces située en rez-de-chaussée du 160, prêtée par son ami Étienne Balsan. Son autre ami Arthur Capel – Boy – l’encourage dans son projet d’atelier-modiste. Très vite, les élégantes se donnent le mot : « Coco, ma chère ! ». Par petites touches, elle impose son style. Succès aidant, elle crée sa boutique moins d’un an plus tard – Chanel Modes – dans un entresol du 21 rue Cambon. Suivront Deau­ville en 1913 et Biar­ritz en 1915. Du caractère, Coco Chanel : « Je n’ai rien à faire de ce que vous pensez de moi. Moi je ne pense pas du tout à vous ! »

Le charmant petit monstre du 167

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Françoise Sagan, née en 1935, habite avant-guerre au 4e étage du 167 boulevard Malesherbes. En 1953, enfermée au quatrième étage, elle écrit, en six semaines, son premier roman Bonjour tristesse. Qui commence ainsi : « Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. » Un tel incipit ne peut qu’affoler les éditeurs. Au mois de janvier 1954, quelques jours après avoir lu le manuscrit, René Julliard signe un contrat avec la jeune Françoise Quoirez, qui emprunte à Proust le nom de plume de Sagan. Premier tirage est épuisé en quelques jours. En un an, l’ouvrage se vendra à près d’un million d’exemplaires. Sagan nous a laissé une vingtaine de romans, qui lui apportèrent beaucoup d’argent mais aucunprix littéraire. J’espère qu’elle s’en fichait car je trouve cela injuste.

Au190, le salon de Juliette Adam (Juliette Lambert)

juliette_adam par nadar.jpgCréé en 1887, ce salon prend la suite de celui – plutôt politique et républicain – initié 23, boulevard Poissonnière. Maitresse de Gambetta elle le quitte lorsqu’il accède à la présidence de la Chambre et se tourne vers la littérature.En 1879, elle fonde La Nouvelle Revue, gros bimestriel de l’épaisseur d’un dictionnaire qu’elle animera pendant vingt ans, encourageant les débuts de Pierre Loti e publiant notamment les premiers romans de Paul Bourget et de Léon Daudet.Auteure d’une vingtaine d’ouvrages, elle fera partie en 1904 du premier jury du prix Vie Heureuse (ancêtre du prix Femina) en compagnie de la comtesse de Noailles et de Séverine. Féministe engagée, ardente patriote, elle vivra cent ans à quelques mois près.

 

 

 

Rue Fontaine, m’en allant promener…

Elle s’appelle aujourd’hui rue Pierre Fontaine. Du temps qu’elle n’était que rue Fontaine, elle abrita un nombre pharamineux de peintres, dont Degas, Pissaro ou Toulouse-Lautrec. Mais également notre ami André Breton et Villiers de l’Ile Adam, sans oublier le mage Edmond. Alors, en route, bonne troupe…

 Son prénom, c’est pas Paul

paul gavarniC’est pas Paul. C’est Sulpice-Guillaume. Alors Paul, évidemment, ça craint moins. Son père, par ailleurs, était grimacier et ventriloque. Est-ce pour se venger de ce terrible héritage qu’il dézingua fissa ses contemporains, au même titre que Daumier ou Félicien Rops ? ? Ses lithographies (Les Enfants terribles, Fourberies de femmes) et ses dessins en firent un observateur acéré et parfois amer de la capitale sous Louis-Philippe et le Second Empire. Après avoir résidé rue Ravignan, Paul Gavarni habita au n° 1 de la rue Fontaine de 1837 à 1846. Il fut très copain avec les frères Goncourt, mais beaucoup moins avec Baudelaire qui le traita de « poète des chloroses » dans Les Fleurs du mal. Ce qui ne l’empêcha pas d’avoir sa statue place Saint-Georges. (Baudelaire, lui, c’est au jardin du Luxembourg.)

 Ne bouge plus, Gustave…

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Au n° 2 de la rue Fontaine était située une brasserie astucieusement dénommée Brasserie Fontaine, troquet qui servait de QG, au début des années 1860, à Gustave Courbet et Étienne Carjat.

Courbet aimait se faire tirer le portrait par son ami photographe, en bourgeois-redingote ou artiste-bras de chemise. Plus d’une dizaine de clichés furent réalisés au cours de la décennie 1860.

 

Le Bus Palladium : de Gainsbourg à Modiano

bus palladium

Dès 1966, tout Paris se bouscule pour se rendre au Bus. Antoine propose à Nounours (dans Bonne nuit les petits) d’aller « danser le jerk au Palladium », Michel Delpech chante « Un Tabarin en moins, un Palladium en bus » et Serge Gainsbourg prévient dans Qui est In, qui est out : « Tu aimes la nitroglycérIN / C’est au Bus Palladium qu’ ça s’écOUT… ». Même Léo Ferré se laisse séduire : « Au Palladium, côté Pigalle, c’est pas London, mais on s’régale. »

Georges Bellune, dans Une Jeunesse de Patrick Modiano, travaille pour une maison de disques et se rend deux fois par semaine rue Fontaine afin de repérer des groupes prometteurs : « Il s’assit sur la banquette de cuir du premier étage, le buste raide, cherchant à rassembler ses forces avant de franchir le seuil du Palladium. »

Un pilote noir dans L’Escadrille

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Au no 15 se trouvait dans les années 1930 un cabaret nommé L’Escadrille dirigé par l’américain Eugène Bullard. Compagnon d’armes de Moïse Kisling et de Blaise Cendrars, il fut grièvement blessé en mars 1916. Inapte pour l’infanterie, décoré de la Croix de Guerre, il obtint d’être nommé élève-pilote et devint ainsi le premier pilote noir au monde. A propos de la guerre de 14-18, savez-vous que « le sang lourd, le regard épuisé » est l’anagramme de « les poilus de la grande guerre [1]» ? Etonnant, non ? comme dirait Pierre Desproges.

Aragon et Baron au Zelli’s

zelli's.jpgAutre cabaret, situé au16 bis. Dans les années 1890, il se nommait Les Décadents, animé par Jules Jouy, chansonnier et humoriste célèbre : « Pour le gros lot de cinq cent mille francs, pourquoi vendre tant de billets, puisqu’il n’y en a qu’un seul qui gagne ? ».

 

Dans les années 20, le cabaret deviendra le Zelli’s. Louis Aragon situe certaines scènes d’Aurélien dans un dancing appelé le Lulli’s, clone du Zelli’s, qu’il appréciait. Il faut dire que malgré les foudres d’André Breton, il ne détestait pas s’encanailler en compagnie d’une partie des surréalistes dont Jacques Baron. jacques-baron-lenfant-perdu-du-surrealisme.jpgCe dernier se souvient : « Donc, au bas de la rue Fontaine, pavée des bonnes et des mauvaises intentions surréalistes, dans le clair-obscur graveleux du quartier des plaisirs, le Zelli’s brillait de tous les prestiges d’un cabaret à la mode. Nous y fûmes des assidus, Michel Leiris et moi, en compagnie d’Aragon, qui avait sur nous l’avantage du droit d’aînesse, pendant un bon bout de temps. Max Morise, Roland Tual aussi venaient, Vitrac, je crois bien, et plusieurs autres. (…) A cette époque, nous passions la plupart du temps ensemble et presque toutes nos nuits dehors. Là où d’autres voyaient « gâcher sa vie dans les plaisirs », nous voyions, à tort ou à raison, « courir les risques nécessaires à l’inspiration ». Il me semble, qu’en raison de notre constance à visiter son cabaret, Joe Zelli nous avait à la bonne. Nous étions ses rêveurs préférés. »

Ce bon docteur Bourges

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Il habitait au 19 et hébergea pendant quelques temps Henri de Toulouse-Lautrec. Qui le remercia en faisant son portrait, en 1891.

 

(Portrait du Dr Henri Bourges, Toulouse-Lautrec, 1891)

 

 

 

Au 19 bis, Edgar Degas flingue à tout-va

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Pas un facile, le gars Degas. Il était craint pour ses jugements assassins comme, par exemple, celui sur Meissonier, peintre de petite taille et, selon lui, de petit talent : « C’est le géant des nains ! »

Le peintre mondain Helleu ne fut pas mieux loti : « C’est du Watteau à vapeur ! »

On l’aura compris, Degas avait le sens des formules. Comme celle-ci, sur l’art de peindre : « La peinture n’est pas bien difficile quand on ne sait pas… Mais, quand on sait… oh ! alors !… C’est autre chose ! »

En cinq décennies, Edgar Degas aura vécu dans un périmètre de moins d’un kilomètre carré, entre les rues de Laval (aujourd’hui Victor-Massé), Blanche, Frochot, Lepic, Pigalle, Fontaine, Ballu, sans compter les différents ateliers loués séparément, quand ses appartements n’en disposaient pas. Seul subsiste celui du 19 bis, rue Fontaine, au fond de la cour.

Au 19 bis résidait également – dans les années 1880 – le peintre Albert Grenier et sa (belle) femme Lily : corps aux belles formes, peau laiteuse, chevelure d’un roux éclatant, elle aurait pu servir de modèle à Rubens. Elle servit de modèle à Degas, qui lui fit faire de nombreuses ablutions dans un tub.

Woman in a Tub c.1883 by Edgar Degas 1834-1917

30 rue Fontaine : Toulouse-Lautrec mène l’enquête

T LautrecUne petite fille retrouvée poignardée le 28 décembre 1895 devant le cimetière Saint-Vincent, une prostituée assassinée presque aussitôt, la jeune soeur de Mireille, un des modèles préférés du peintre, qui disparaît : il n’en faut pas plus pour que l’ombre de Jack l’Eventreur plane sur Montmartre. Familier des lieux et du milieu de la prostitution, Toulouse-Lautrec participa à l’enquête aux côtés du commissaire Lepard. La traque des assassins déboucha sur une large affaire de pédophilie. Le peintre séjournera au 30 rue Fontaine de juin 1895 à mai 1897 avant d’installer son atelier 15 avenue Frochot.

Au 30 également, le célèbre mage Edmond 

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Il entama sa carrière de voyant vers 1850, s’installant rue Fontaine avant de partir, succès oblige, au Champs-Elysées. Celui que les frères Goncourt surnommaient le « grand sorcier des lorettes » fut le voyant d’Alexandre Dumas, de Victor Hugo et de Napoléon III. Au premier il prédit une renommée internationale, au second l’exil, et au troisième, en 1865, la défaite de Sedan. (Pas content, l’empereur.)

Ce voyant exceptionnel a laissé derrière lui un héritage précieux aux générations de voyants qui lui succèderont : deux jeux de cartes divinatoires qu’il a lui-même créées ; le Grand Tarot de Belline et l’Oracle de Belline.

Ah, la vache !

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Constant Troyon (1810-1865) demeura lui aussi au 30 rue Fontaine à partir de 1845. Peintre animalier, il nous laisse un troupeau de tableaux très impressionnant.

Van Gogh veut un rabais chez le marchand de couleurs

 Le magasin (Tasset et Lhote) ouvre au 31 bis rue Fontaine en 1885, quand Degas s’installe au 19 bis. Guillaume Tasset sera son négociant attitré et le peintre lui confiera ses tirages photographiques. Pendant un temps, la maison fournira ses fournitures à Vincent van Gogh comme en témoigne cette lettre à son frère Théo :
« Mon cher Theo, Suis obligé de t’écrire puisque je t’envoie une commande de couleurs laquelle si tu la commandes chez Tasset & l’Hôte Rue Fontaine, tu ferais bien – puisqu’ils me connaissent – de leur dire que je compte sur une remise au moins équivalente aux frais de transport que moi je payerai volontiers – ils n’ont pas à faire l’expédition, c’est nous qui la payerons, mais la remise devrait être dans ce cas de 20%. S’ils veulent te l’accorder – selon ce que je suis porté à croire – ils pourront me fournir jusqu’à nouvel ordre et il s’agit donc pour eux d’une commande importante. Tu demanderas – je t’en prie – au père Tasset ou au père l’Hôte le tout dernier prix de 10 mètres de sa toile au plâtre ou absorbante – et me feras parvenir le résultat de la discussion que tu auras probablement avec ce monsieur pour livraison de la marchandise. »

Pissaro, c’est au 38 bis

1024px-Camille_Pissarro Bd Montmartre, effet de nuit.jpgCamille Pissarro vécut rue Fontaine en 1856. Vers la fin de sa vie, après de nombreux séjours hors de Paris et notamment dans l’Eure, il revint dans la capitale et prit une chambre à l’Hôtel de Russie, à l’angle du boulevard des Italiens et de la rue Drouot. Là, en 1897, il produisit une série de tableaux sur le boulevard Montmartre à différents moments de la journée, dont la scène de nuit ci-dessus. Il ne l’a pas signée et elle ne sera pas exposée de son vivant.

Au 42, le 17 13 d’André Breton

breton à son bureau.jpgLe 1er janvier 1922, Breton s’installe rue Fontaine dans l’ancien appartement du frère de Jacques Rigaut. (En 1948, Breton passera du quatrième au troisième étage, dans un appartement un peu plus grand). On y accède par un escalier étroit qui part de la cour intérieure et qui mène à une porte sur laquelle apparaissent quatre chiffres : 1713 (le 1 et le 7 accolés représentent le A, le 1 et le 3 accolés représentent le B d’André Breton). Tournant le dos au mouvement Dada, Breton va explorer le domaine mental à travers des jeux collectifs comme le rêve éveillé. L’appartement devient le lieu de réunions où se retrouvent notamment Crevel, Desnos, Péret, de même que… Raymond Queneau et Pierre Brasseur, surréalistes de la première heure. André Breton restera rue Fontaine jusqu’à sa mort, en 1966.

À noter : à partir de 1924 et jusqu’à 1931, dans le même immeuble, Paul Éluard occupera un atelier au 3ème étage. (Ci-dessous, Éluard et Breton dans une bataille d’égos. Photo Man Ray, évidemment.

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45 rue Fontaine, Villiers de L’Isle-Adam

Villiers de l''ile adam.jpg« Il avait, écrit Maurice Maeterlinck, des yeux voilés d’énigmes, fanés et fatigués de regarder dans l’âme ou dans l’au-delà et d’y voir ce que d’autres ne voient point et n’y verront jamais (…). Vêtu d’un pardessus et d’une redingote élimés, il portait sa discrète misère avec la dignité d’un roi provisoirement détrôné. »

Admirateur d’Edgar Poe et de Baudelaire, grand ami de Mallarmé, Villiers de l’Île-Adam joua un grand rôle dans l’avènement du symbolisme français. Ses ouvrages les plus célèbres sont les Contes cruels(1883), et L’Ève future(1886), roman fondateur de la science-fiction. Sur son lit de mort, rue Fontaine, il prononça ces mots célèbres : « Eh bien, je m’en souviendrai de cette planète !

[1]  Issu du remarquable petit ouvrage Anagrammes pour lire dans les pensées de Raphaël Enthoven et Jacques Perry-Salkow