Coco perdu rue du Dragon

 

Le dragon de la rue du Dragon.jpg

42, rue du Dragon, l’immense Louis Guilloux

Son œuvre la plus célèbre, Le Sang noir, manqua de peu le Goncourt en 1935. Des prix, Guilloux en recevra beaucoup : prix du roman populiste en 1942 pour Le Pain des rêves, prix Renaudot en 1949 pour Le Jeu de patience, Grand prix national des Lettres (1967) pour l’ensemble de son œuvre, Grand prix de littérature de l’Académie française (1973)…

Louis Guilloux.jpgCet écrivain majeur des années 1930, porte-parole des humbles et des oubliés partagea sa vie entre son minuscule studio de la rue du Dragon et sa maison de Saint-Brieuc. Il mourut dans une quasi-misère en 1980, malgré le soutien de ses amis André Malraux, Jean Guéhenno et Pierre Moinot. Voici un extrait de Coco perdu, sa dernière œuvre, qui interroge la vieillesse. Une véritable merveille. Extrait : « Quelquefois il me vient de drôles d’idées. Oui. Il se passe bien des choses, je me dis, mais au fond, il se passe rien. Et s’il ne s’était jamais rien passé ? S’il ne devait jamais rien se passer ? On n’arrive jamais nulle part. Il s’passe rien, ou bien tout se passe, ou plutôt se déplace au fur et à mesure que le temps s’en va, et, en même temps, rien ne bouge. »

Au 36, Jean Giono aime son hôtel

hôtel rue du dragon giono.jpgDans Les Vraies richesses (1937), Giono évoque son point de chute parisien, qui fut aussi le séjour de Verlaine au début de l’année 1876 : « Quand je vais à Paris, je descends dans un petit hôtel de la rue du Dragon. Voilà sept ans que je suis fidèle à cet hôtel et à ce quartier. Je suis ainsi fait qu’il me faut des racines, non pas seulement où l’homme en a, mais à toute la surface de mon corps (…) J’ai depuis longtemps fait amitié avec le patron de l’hôtel, sa femme et son petit garçon. »

31, rue du Dragon, l’Académie Julian

En 1890, Rodolphe Julian ouvre son atelier rue du Dragon. L’enseignement vise à préparer les élèves à l’École des Beaux-arts, à concourir pour le Prix de Rome ou à présenter leurs œuvres aux Salons. L’Académie Julian accueillera pendant un siècle des figures de premier plan comme Maurice Denis, les futurs nabis Paul Sérusier, Édouard Vuillard et Pierre Bonnard, les futurs fauves Henri Matisse et André Derain ou encore Marcel Duchamp ou Jean Dubuffet.

En 1959, les locaux de la rue du Dragon sont achetés par Guillaume Met de Penninghen et Jacques d’Andon, qui les intègrent à l’Atelier Penninghen pour former l’ESAG Penninghen en 1968.

sérusier.jpg

Le ramasseur d’algues, Sérusier, vers 1890

Au 30, le « plus grand poète français, hélas »

En 1821, le jeune auteur des Odes (pour lesquelles Louis XVIII lui octroie une pension annuelle de mille francs, fichtre !) loge dans une mansarde de la rue du Dragon. Il y écrit des lettres passionnées à Adèle Foucher qu’il épouse en octobre 1822. Elle lui donnera cinq enfants. Lui nous donnera (notamment) Les Châtiments et son fameux « S’il en demeure dix, je serai le dixième / Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! ». Sacré Hugo !

Hugo

Non, ce n’est pas Michel Sardou, c’est Hugo jeune …

24, rue du Dragon, quel cinéma !

feu folletCréé par Claude Makoswsky et l’exploitant parisien Boris Gourevitch, ce cinéma aux ambitions art et essai est inauguré en octobre 1962 avec Le Feu Follet de Louis Malle, ode funèbre à un Saint-Germain-des-Prés désenchanté. Aménagé au rez-de-chaussée et au premier étage d’un immeuble du XVIIe siècle, le cinéma est doté d’une salle de 350 places tout en longueur (24 mètres de long pour seulement six de large).
Le Dragon se veut révolutionnaire : pas de fauteuils rouges comme à l’accoutumée, pas d’actualités, pas de publicités. Le film seul est diffusé, de 14 h à 2 h du matin…). Mal placé, l’établissement périclite et se reconvertit en cinéma porno à la fin des années 70, devenant le Dragon Club Vidéo Gay. Il perd même ensuite son label « Dragon » : le Club Vidéo Gay ferme ses portes en janvier 1986.

Copeau, c’est au 19

Vieux Colomnbier

Jacques Copeau s’y installa pour être au plus près de son cher Vieux-Colombier, qu’il créa en 1913 dans l’ancienne salle de l’Athénée-Saint-Germain. A-t-il croisé Martin du Gard qui habita au 10 ? Question d’autant plus pertinente qu’ils échangeront une correspondance fournie durant les quarante ans de leur amitié alors qu’ils habitaient à quelques mètres l’un de l’autre. Rappelons que Copeau mit en scène Le Testament du père Leleu, farce paysanne de Martin du Gard (1913), qui avant ce devenir romancier, envisageait de devenir auteur dramatique.

Mais z’aussi, au 19, la galerie Nina Dausset

galerie nina dausset.jpgQuand le chat n’est pas là, les souris (surréalistes) dansent… En 1948, Nina Dausset se rend pour un an aux États-Unis avec son mari et confie la gérance de sa galerie à Manou Pouderoux, une artiste proche de Breton. Celle-ci accueille à bras ouverts la petite bande, change le nom de la galerie pour La Dragonne, sous-titrée « La solution surréaliste » dans l’esprit de ce que fut la Centrale de la rue de Grenelle en 1925. Chaque mercredi, les porteurs de manuscrits et de dessins sont reçus de 15 h à 18 h dans le cadre d’une exposition surréaliste permanente, avec des toiles récentes de Arp, de Brauner, de Dali, de Tanguy, de Miró. La galerie publie également une revue : Néon. À leur retour, Jean et Nina Dausset ont le sentiment – ben oui – d’avoir été expropriés et prient la bande à Breton de plier bagage. Allez, hop ! On  retrouvera deux ans plus tard les surréalistes à L’Étoile scellée. Après leur départ, les Dausset exposent notamment Bryen, De Kooning, Mathieu, Pollock, Wols et Hartung en 1951. Ah ! Hans Hartung ! Trop fort, le légionnaire…

Hartung-Les-Figures-du-Mouvement-VII-1956-encre-19x125cm.jpeg

14, rue du Dragon, Les Cahiers d’art de Christian Zervos

2_Portrait-ZervosEn 1929, les Éditions Cahiers d’Art, maison d’édition créée par Zervos, s’installent au 14 rue du Dragon à Paris. En 1932, Christian et Yvonne Zervos inaugurent les locaux avec quelques œuvres de Mondrian et, en 1934, le rez-de-chaussée et l’entresol sont aménagés en galerie : Miro, Kandinsky, Ernst, Arp, Hélion, Giacometti et Gonzalez sont à l’honneur, sans oublier les travaux d’architecture de Chareau, Le Corbusier, Paul Nelson. De 1926 à 1960, ce seront 97 numéros dont des numéros spéciaux qui sortiront de la rue du Dragon, source majeure pour comprendre l’art du 20e siècle.

Christian Zervos sera la cheville ouvrière du catalogue Picasso. En 1932, le peintre lui en confie la constitution, œuvre peinte et dessinée. La parution du premier tome du catalogue, Œuvres de 1895 à 1906, entraîne la ruine de l’éditeur, qui doit vendre une partie de sa collection aux enchères pour éviter la faillite.

Minotauromachie
Pablo Picasso, La Minotauromachie, [1935] Eau-forte, grattoir et burin sur papier, 49,5 x 69 cm
« En 1929, écrit Christian Derouet, s’était instaurée une relation exceptionnelle entre les « hommes d’affaires » du peintre et le rédacteur-propriétaire de la revue. Renonçant gracieusement mais tacitement à ses droits d’auteur et engageant une forte somme d’argent, Picasso incitait l’éditeur à entreprendre la publication d’un catalogue sommaire illustré de son œuvre peint et dessiné. En confiant à Zervos le soin de constituer, conserver et gérer son  iconothèque, rue du Dragon, Picasso préservait sa liberté commerciale, contournant Paul Rosenberg, son marchand, et ses courtiers occasionnels. Cet accord providentiel entraînait pour Zervos, menacé régulièrement de faillite, des effets pervers. […] il n’était plus maître des sommaires de Cahiers d’art, qui devint progressivement l’organe de propagande d’un maître exclusif. » (Zervos et Cahiers d’art.)

Commencé en 1932, cet inventaire en 33 volumes (le « Zervos ») ne sera terminé qu’en 1978, huit ans après la mort de ce dernier.

Zervos et le Festival d’Avignon

index.jpgPour la petite histoire, Christian Zervos est (avec René Char) le « parrain » du Festival d’Avignon. Par l’intermédiaire de Char, il rencontre Vilar alors qu’il prépare une expo de peinture contemporaine dans la grande chapelle du palais des Papes. Il propose à l’acteur de reprendre la pièce de  T.S.Eliot (Meurtre dans la cathédrale) dans la cour d’honneur du Palais, ajoutant ainsi la scène aux toiles. Vilar décline : il n’a plus les droits de la pièce. Mais il propose de présenter trois pièces, en création : Richard II, un Shakespeare presque inconnu à l’époque en France ; Tobie et Sara de Paul Claudel, enfin La Terrasse de midi, deuxième œuvre de Maurice Clavel. Le Festival est né. La première « Semaine d’art en Avignon » aura lieu du 4 au 10 septembre 1947 avec, au programme les trois pièces, deux concerts et l’exposition des oeuvres de vingt-six artistes : Picasso, Kandinsky, Braque, Chagall, Ernst, Matisse, Léger, etc.

Au no 10, Martin du Gard et la sœur de Gréco

À la fin des années 1940, lorsqu’il est à Paris, le Prix Nobel 1937 réside rue du Dragon, au fond de la cour, dans un petit hôtel du XVIIe siècle, immeuble dont il est nu-propriétaire en indivision avec son frère. Est-ce dans cet hôtel, à cette même adresse, que résida Charlotte Aillaud, sœur de Juliette Gréco, ; ancienne déportée pour faits de Résistance et épouse de l’architecte Émile Aillaud ? Entre 1958 et 1979, elle y organisa des diners people – Sagan, Banier, Lagerfeld…  qui sont restés célèbres.

Et au 8, chez Laurent Terzieff

Terzieff jeuneUn petit appartement, au troisième étage. Quelques marches en colimaçon qui mènent au bureau, à l’étage supérieur. Une pièce blanche, mansardée, sobrement meublée ; près de la cheminée, des sculptures de sa sœur Brigitte. Bienvenue chez Terzieff, l’un des plus grands acteurs du théâtre français. Il commença au cinéma, dans Les Tricheurs, bien sûr, film dans lequel il tenait un rôle d’étudiant bohème et cynique très loin de sa véritable personnalité. (Jacques Perrin, dans le film, inaugure également sa belle carrière cinématographique ; il y prononce sa seule réplique (très germanopratine) : « Et puis hein, piquez des bouteilles ! »).

7 rue du Dragon, chez Raymond Bussières

bubu.jpg

Cher Bubu, initiateur du Groupe Octobre et ancien des Brigades internationales ! Il tournera dans plus de cent cinquante films, de 1933 à 1982. Le meilleur et le pire (comme Mon Frangin au Sénégal, Guy Lacourt, 1953). On le voit ici haut perché, dans L’Assassin habite au 21. Sa femme, Annette Poivre, présente une filmographie tout aussi impressionnante que la sienne.

 

 

Et pour finir, la concierge est dans la photo (de Doisneau)

 

Vieux Paris - La concierge aux lunettes rue Jacob, 1945 de Robert Doisneau, vieux metiers.jpg

Robert Doisneau réalisa dans cette rue une série de photographies : Concierges de la rue du Dragon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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