Chère place des Vosges…

 Madame de Sévigné au 1 bis.

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Madame de Sévigné, née Marie de Rabutin-Chantal, naît place des Vosges en 1626. Ses parents occupent le deuxième étage de l’aile gauche d’un hôtel qu’ils vendront en 1637. Elle s’établira rue Elzévir et la correspondance avec sa fille, Françoise-Marguerite de Sévigné, comtesse de Grignan, s’échangera pendant environ vingt-cinq ans au rythme effréné de deux ou trois lettres par semaine, soit environ 3000 lettres ou, au poids, six à dix kilos.

 

Mais également Isadora Duncan, la grande danseuse au triste destin

Is Duncan.jpgEn 1910, Isadora Duncan s’installe dans l’hôtel Coulanges avec son richissime compagnon Paris Singer et ses deux enfants. Elle ne sait pas que les dix-sept ans qu’il lui reste à vivre seront ponctués de drames. 1913 : ses deux enfants et la nourrice meurent noyés dans la Seine. 1922 : elle épouse le grand poète russe Serge Essenine. Deux ans plus tard, il se suicide. 1927 : alors que son Amilcar roule sur la promenade des Anglais, son long foulard se prend dans les rayons de roue. Á moitié étranglée, elle est brutalement éjectée et meurt sur le coup.

Au 2, le peintre Georges Dufrénoy

Georges-Dufrenoy-La-Place-des-Vosges-S

 

Le peintre Georges Dufrénoy (1870-1943) y vécut de 1871 à 1914, date de son déménagement pour le no 23 de la même place. Postimpressionniste au début de sa carrière (avec de jolis tableaux de rues de Paris), il s’inscrivit ensuite dans la lignée des maîtres italiens, s’imposant comme le maître moderne du pathétique à la manière vénitienne.

 

Victor Hugo reçoit au 6. Chichement, selon certains

Un radis dans l'assiette 2.jpgLa famille Hugo s’installe en octobre 1832 dans un vaste appartement au deuxième étage de l’hôtel de Rohan-Guéménée. 280 m2 : il faut ça pour loger onze personnes à charge et un perroquet. En 1847, en visite, Charles Dickens évoque un endroit « absolument extraordinaire, tenant du magasin d’antiquités ou d’accessoires d’un vieux théâtre vaste et sombre ». Un peu pingre, le Toto de Juliette ? (Sa maitresse qu’il loge à deux pas). Pour Arsène Houssaye, c’est clair, il ne faut pas venir le ventre creux : « Je trouvais que le grand poète était logé comme un prince, mais je fis remarquer à Théophile Gautier qu’on soupait peu chez lui. (…) Il fallait y aller tout esprit en laissant son estomac dans l’antichambre. »

Marion Delorme, c’est également au 6               

marion delorme.jpgNée riche, elle dépensa. Puis, ruinée, elle se fit courtisane. Elle partagea avec Ninon de Lenclos les hommages du Tout-Paris de la galanterie et de l’esprit, tenant un salon fort couru dans son hôtel de la place Royale. Elle fut notamment la maitresse de Louis XIII et du duc de Richelieu et inspira peut-être Alexandre Dumas pour le personnage de Madame de Winter. Est-ce dans son hôtel que Hugo s’installa ? Ce qui est certain, c’est que la jolie brunette serait sans doute oubliée s’il n’avait pas titré un de ses drames joué en 1831 : Marion de Lorme (initialement titré Un duel sous Richelieu).

Au 8, le rond de serviette de Théophile Gauthier

rond de servietteEn 1828, Théophile Gautier emménage au 8, place des Vosges avec ses parents. Il n’a pas vingt ans mais appartient au cénacle romantique qui se réunissait rue Notre-Dame-des-Champs chez Hugo. Il travaille à son premier grand roman, Mademoiselle de Maupin (1835), et commence à écrire pour des journaux. Hugo occupera l’appartement mitoyen quatre ans plus tard et le couvert de Théophile sera dressé d’office à la table familiale chaque dimanche soir.

9, place des Vosges, Rachel

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La tragédienne Rachel habita au premier étage de cet ancien hôtel de Chaulmes, où se situe actuellement le siège de l’Académie d’architecture. Belle revanche pour celle qui commença par chanter et mendier dans les rues de Paris, avant de devenir la plus grande tragédienne de son temps.

Ci-contre : Mademoiselle Rachel, de William Etty.

 

 

13 place des Vosges, Anne Sinclair

anne sinclair

2007 : Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn achètent au 13 un très bel appartement de 250 m2. Après leur divorce, elle rachètera les parts de l’ancien ministre. Est-ce utile de rappeler qu’Anne Sinclair est la petite-fille de l’un des marchands d’art les plus célèbres du XXe siècle, Paul Rosenberg ? Oui, c’est utile. Car il fut, dans sa galerie parisienne du 21 de la rue La Boétie, l’un des premiers à soutenir et à exposer Braque, Léger, Matisse et bien sûr Picasso, avec lequel il avait signé un contrat de « premier regard », lui donnant priorité sur la production de l’artiste. La légende prétend que ce « premier regard » s’effectuait par la fenêtre de la cuisine d’Olga Picasso, qui jouissait d’un appartement dans l’immeuble jouxtant celui de la galerie. Picasso présentait ses tableaux à peine secs, Rosenberg levait ou baissait le pouce.

16, place des Vosges, l’ami Francis

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Il fut le plus jeune bachelier de France (à 14 ans). Il écrivit les dialogues de La Grande bouffe, de Marco Ferreri. Il créa plus de mille épisodes de Signé Furax sur Europe n°1. Il écrivit près de 700 chansons pour Charles Trenet, Édith Piaf, les Frères Jacques, etc. Vous pouvez le dire ? Francis Blanche, bien sûr.

Au 17, Bossuet : on se presse pour le prêche

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Moins rigolo que Francis Blanche, Bossuet y fut locataire de 1678 à 1682 et y écrivit son Discours sur l’histoire universelle. L’Aigle de Meaux, célèbre pour son éloquence et l’ampleur de ses prêches, attirait un nombreux public. Si nombreux que les dames de la bonne société prenaient soin de faire garder leur place des heures à l’avance par leurs domestiques.

Jack Lang, moins austère, prend la suite du 17

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Trois siècles après Bossuet, en 1980, Jack Lang s’installe au 17 place des Vosges. La brasserie Ma Bourgogne, au pied de son domicile, lui sert de conciergerie. Bossuet signait-il des autographes sous les belles arcades ? Non. Mais Lang, oui. Parfois, quand il fait beau, il revêt sa belle chemise rose, se met à la fenêtre et sourit aux passants.

21, place des Vosges, Simenon et le docteur Maigret

maigret.jpgEn 1924, Simenon collabore à différents journaux et contacte Colette, dans l’espoir d’être publié dans Le Matin. Après quelques essais infructueux et en suivant les conseils de l’écrivaine, il y parvient enfin. Ses revenus s’améliorent, il emménage place des Vosges dans l’ancien hôtel du maréchal de Richelieu : une pièce et demie au rez-de-chaussée, où il s’installe avec sa machine à écrire (de location). Il occupera bientôt le deuxième étage qui dispose d’un grand salon donnant sur la place. Et croisera tous les jours, dit-on, un certain… docteur Paul Maigret.

Au 21, mais au fond de la cour, Alphonse Daudet

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Il habitait au 21, au fond d’une grande cour, dans un petit pavillon envahi de vignes vierges, pan oublié de l’hôtel Richelieu. Il y écrivit Les Rois en exil (1876) au milieu de vieilles boiseries Louis XIII, de dorures presque éteintes et de cinq mètres de plafond. Le cadre idéal pour une histoire de rois très mélancolique.

 

Mésalliance entre le 6 et le 21 ?

Léon Daudet (le fils d’Alphonse Daudet) épousera en première noce (et en 1891) une petite-fille de Victor Hugo. Le lapin (ultra droite) et la carpe (républicaine). Evidemment, ça ne durera pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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