Paris en figures de style

images.png

Elles portent des noms délicieux : anacoluthe, épiphore, hyperbate, épanadiplose, oxymoron, synchise, tmèse, zeugma… Cette semaine, si vous ne les avez pas déjà lues, Paris à l’encre vous invite à découvrir quelques figures de rhétorique très parisiennes.  

Adage

L’adage est une formule facile à retenir, car elle contient une règle de conduite issue du droit, de la coutume ou des proverbes. Ainsi : « Paris sera toujours Paris ! » (Vous me ferez remarquer qu’il s’agit également d’une tautologie et vous aurez raison).

Adynaton

Escalier Tour Eiffel.jpgUn adynaton est une exagération extrême, voire impossible, contredisant sans vergogne les lois de la nature ou de la vraisemblance. Exemple : « Il était capable de monter quatre à quatre et en dix minutes les 1665 marches de la Tour Eiffel ».

 

Allitération

platon.jpg

L’allitération est une répétition de sons identiques dans une suite de mots, en jouant sur les consonnes. Exemple : « Platon, pressé, ne prit pas la peine de passer son pantalon ».

 

 

Allographe

L’allographe, cousin du calembour, est un jeu de mots procédant de l’homophonie. Exemple : « Elle habite près de Notre Dame, Lorette… » C’est également un procédé pour simplifier l’écriture des SMS : « 4rine, rv rue 3yon ! »

Amphibologie

Quand il y a un doute sur le sens d’un discours, pas de doute, c’est une amphibologie. Car il s’agit d’une ambiguïté provenant d’un manque de précision dans le message, d’un discours équivoque ou à double sens. Exemple : « Les vieux ne devraient pas être autorisés conduire dans Paris, c’est bien trop dangereux » (Pour eux ou pour les autres ?)

Amphigouri

L’amphigouri est un texte absurde ou un galimatias. Pour reconnaître un amphigouri, il suffit de descendre en haut de Notre-Dame tout en écoutant Radio-gaga pour savoir s’il fera beau hier.

Anacoluthe

Hergé - 1948  - What Dupont and Dupond are doing in Paris.jpg

Ce vocable très usuel dans la bouche du capitaine Haddock désigne une rupture dans la construction d’une phrase. La phrase commencée s’arrête en chemin pour faire place à une autre, sans souci d’une suite rigoureuse de la pensée ou d’une suite grammaticale dans la phrase. Exemple : « La télé, ça devient n’importe quoi, je me demande si je ne vais pas changer à Richelieu-Drouot.

Pour les fanatiques de Tintin, signalons que le capitaine Haddock emploie 220 jurons différents et que le mot anacoluthe apparaît dans « Le crabe aux pinces d’or », « On a marché sur la lune », « L’affaire Tournesol » et « Coke en Stock ».

Et Paris dans tout ça ? Pas grand-chose chez Tintin, à part les Dupont-Dupond.

Anacyclique

Ne confondez pas anacyclique et palindrome, vous feriez piètre figure (de rhétorique) dans les dîners en ville. Axa est un palindrome parce qu’il peut être lu indifféremment et avec le même sens de gauche à droite ou de droite à gauche. Tandis que snob est un anacyclique car la lecture de droite à gauche (bons) donne un mot différent de celui obtenu par une lecture de gauche à droite (snob).
Pour trouver un anacyclique, il suffit d’avoir un oncle qui s’appelle Léon et une tante Elisa qui travaille du chapeau. On peut dire alors : « Je me demande si Léon viendra à Noël et si tante Elisa est toujours à l’asile.

Anadiplose

drouot.jpgL’anadiplose consiste à utiliser les mêmes mots en fin de phrase et au début de la phrase suivante. Exemple : « À Drouot, aux enchères, il acheta un buffet Henri II, deux buffets Henri III, trois buffets Henri IV et quatre Buffet de la bonne époque ».

 

Anagramme

L’anagramme consiste à permuter les lettres d’un mot pour un former un autre. Le signe du singe, l’avenir du navire ; il faut aimer Marie, les exemples sont innombrables.

Dali.jpgUne petite page culturelle ? Paul Verlaine devient Pauvre Lélian ; Boris Vian devient Bison Ravi et Salvador Dali devient Avida Dollars, grâce au talent d’André Breton. Pour bien illustrer cette illustre figure qu’est l’anagramme, voici en exclusivité un extrait de Gérard et Les Chiens, polar parisien de mon cru légèrement amphigourique et interdit aux moins de 12 ans et demi.

TOUT PARIS se PROSTITUA sous le REGARD de GÉRARD. ATTENTION à la TENTATION ? Mais non. Ce RAMEUR en ARMURE avait ENVIE DE BAISER comme d’une ENDIVE BRAISÉE. Normal. Car L’ÉTRANGÈRE ne venait d’ANGLETERRE que pour voir le SACRE de CÉSAR. Sous les LAINAGES de l’ANGLAISE, ex CRÉANCIÈRE INCARCÉRÉE, la LIMACE n’y voyait pas MALICE. Bon. Voilà que la grosse POINTURE fait ÉRUPTION, mate la POULE à la LOUPE et pan dans les NARINES du RENNAIS ! Puis il SIROTE un jus d’ORTIES et fouine partout. Tiens tiens… Il y a des TRACE DE PAS sur la CASE DÉPART et un revolver dans la NICHE du CHIEN… En RÉALITÉ, l’ATELIER abritait un ÉTRANGE RENÉGAT, ex-GÉRANT à TANGER, ex-SCÉNARISTE entré en RÉSISTANCE et ancien PARISIEN shooté à l’ASPIRINE, un mec à La DÉFONCE plutôt FÉCONDE….

Anantapodoton

Si vous avez commandé une alternative sur Internet, attention, méfiance : ouvrez le paquet et soyez vigilant. S’il en manque la moitié, vous êtes victime d’un anantapodoton. Et ça, c’est pas marrant. A quoi peut bien servir une moitié d’alternative ? C’est idiot ! Il manque quelque chose ! Exemple d’anantapodoton : « Quelle est la différence entre le Jardin des plantes ? »

Anaphore

de Gaulle.jpg

Répétition d’un mot ou d’un groupe de mots au début de plusieurs phrases successives, pour insister sur une idée en produisant un effet de symétrie. Exemple (historique, véridique et vérifié) : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! »

 

 

Antiphrase

Cette figure de style consiste à dire le contraire de ce qu’on pense, tout en faisant sentir qu’on pense le contraire. Exemple chez le titi parisien : « Ça va être ta fête » ou « Surtout te gêne pas ! »

Antithèse

L’antithèse est une opposition de deux vérités dans laquelle on met en scène la vérité adverse pour mieux souligner sa propre vérité. Exemple chez Prévert : « Paris est tout petit, c’est là sa vraie grandeur ».

Antonomase

Dans cette variété de métonymie, un être humain ou un fait sont remplacés par le nom propre d’une autre personne. Au lieu de parler du ministère de l’Intérieur, vous parlerez de la place Beauvau. (Et si votre directeur général n’est qu’un gros Bibendum, si votre directeur financier est un Harpagon, si votre voisin est un Apollon, l’antonomase est faite pour vous).

Aphérèse

place de la contrescarpe.jpg

L’aphérèse est la suppression d’un début de mot : l’autobus devient bus, qu’il s’agisse du 27 ou du 84. (Savez-vous que les numéros commençant par 2 partent tous de la gare Saint-Lazare et que le 84 allait autrefois jusqu’à la place de la Contrescarpe ?)

Apocope

L’apocope, c’est la même chose que l’aphérèse sauf que c’est le contraire. Il s’agit de la coupure de la fin d’un mot. Exemple : Il a bu son kil de rouge sur le Sébasto, au lieu kilo de rouge sur le Sébastopol. D’ac ?

Apophtegme

Pensée d’autant plus percutante et profonde qu’elle provient d’un personnage célèbre. Exemple, à prononcer sur le Pont-Neuf et sur un cheval blanc en se caressant la barbe : « Paris vaut bien une messe ! »

Archaïsme

Mot ou tournure de phrase quelque peu vieillotte : « Il y a moult choses à voir au Louvre ».

Asyndète

périf.jpg

Il s’agit de la suppression des particules de coordination ou des conjonctions, et par extension de toute liaison attendue ou logique, dans l’ordre grammatical ou sémantique. Exemple au milieu de la circulation sur le périph’ (tiens, une apocope) : « Ça n’avance pas. Mon roman, si ! »

Auxèse

L’auxèse est un enchaînement de louanges exagérées. Exemple : « Paris est la plus belle, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus brillante, la plus extraordinaire des capitales… »

Boustrophédon

Il ne s’agit pas d’un instrument de musique mais d’une transcription graphique de droite à gauche. Exemple : J’habite à Tnatnomlinem !

Catachrèse

La catachrèse est une métaphore passée dans le langage courant. Exemple : « Il habitait dans une cage à lapins près d’un bras de la Seine ».

Chiasme

aligre.jpgFigure disposant en ordre inverse les mots de deux propositions qui s’opposent, qui unit deux réalités différentes : « La place d’Aligre était à demi réveillée et moi à demi endormi. Lorsqu’un chiasme répète les mêmes mots en les inversant, cela devient une antimétabole : « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger ».

Cliché

La plus belle.jpg
Ouais, parait que c’est la plus belle

Comme la catachrèse, le cliché est une métaphore passée dans le langage courant : « Paris, la ville lumière ! » ou « Les Champs-Elysées, la plus belle avenue du monde ».

Crase

gaston

Il s’agit de la contraction d’un mot. « M’enfin ! » s’exclame Gaston en découvrant qu’il n’y a pas de vaches à Saint-Germain-des-Prés.

 

 

 

Diaphore

Proche de l’antanaclase, la diaphore consiste à utiliser le même mot avec deux sens différents. « Gare à vous gare du Nord, il y a des pickpockets ».

Ellipse

Ah ! L’ellipse ! Merveilleuse invention qui fait gagner du temps ! Elle consiste à omettre des termes qui cependant peuvent se deviner. Exemple : « Le Sacré-Cœur ? C’est trop ! » (Mais on peut hésiter entre beau et moche).

Epanadiplose

metro-ligne-1.jpgL’épanadiplose consiste reprendre dans une phrase un mot ou une locution situé(e) au début. Exemple : « Concorde, c’est décidé, je descendrai à Concorde ».

Epanalepse

Figure qui consiste à reprendre un mot par un pronom dans la même proposition. Exemple : « Le Boul’mich, il a bien changé ! ».

Epanorthose

Figure qui consiste à revenir sur ce qu’on a dit pour corriger le propos. Exemple : Le Luxembourg ? « C’est un havre de paix, que dis-je, c’est une oasis ! ».

Epenthèse

Ubu.jpg

Consiste à ajouter une lettre dans un mot, pour le rendre plus étonnant ou en souligner la force. Comment, vous ne connaissez pas la rue Alfred Jarry ? Merdre, alors…

 

Hiatus

Le hiatus ressemble un peu au bruit de la craie sur le tableau noir. Ça fait mal. Exemple : « Les Champs-Élysées ? Vous y irez avec plaisir ».

Homéotéleute

Il s’agit d’une succession de mots qui finissent de la même façon. Exemple : « Buveur, râleur, bateleur, déconneur, c’est bien un Parisien ! »

Hyperbole

Tout simplement une extrême exagération. Exemple : Le Louvre, c’est le musée absolu, rien n’est plus beau dans l’univers ».

Hypotytose

rue watt.jpg

L’hypotytose est une description d’atmosphère particulièrement frappante. Exemple : « Tout était noir. La rue Watt, la voie ferrée, l’avenir, son âme ».

Hystéron-protéron

méro barbès.jpgIl y a hystéron-protéron lorsque quand la circonstance ou le détail qui devrait être situé en seconde position est situé chronologiquement avant. La station de métro Barbès-Rochechouart est-elle un hystéron-protéron ? Je veux mon neveu, puisque l’abbesse Marguerite de Rochechouart (de Montpipeau) est née un siècle avant le député Armand Barbès.

Kakemphaton

Le kakemphaton est la rencontre de sons disgracieux, déplaisant ou ridicules. Bobby Lapointe, qui fit les beaux jours du Cheval d’Or à la Contrescarpe, en est un fervent utilisateur. Exemple (s) dans Je suis né au Chili : « Votre sein doux pour le corps c’est / Ce que mes vers pour l’âme sont / Combien fus-je épaté de fois / Combien à vous qui m’épatâtes / Mon bon petit cœur confit doit. »

Lipogramme

imagesSi vous avez perdu une lettre, vous avez gagné. Le lipogramme consiste en effet à omettre volontairement une ou plusieurs lettres de l’alphabet dans un texte. Le plus célèbre lipogramme est bien sûr La Disparition, de Georges Perec, où la lettre E est absente pendant des centaines de pages. Si vous devez rédiger un slogan lipogrammique pour la Prévention Routière, vous proposerez donc d’inscrire sur les murs du métro : « Punch, whisky, vin blanc, pastis : buvons, mais mollo ! »

Si vous souhaitez écrire un polar sans la lettre e, commencez ainsi :

« La disparition de Gaspard à la mi-août fit grand bruit. Disparu sans un mot. Tchao, salut les cocos ! Voyou, va ! Avait-t-il pris le train pour voir du pays ? Avait-t-il pris l’avion pour San Francisco ? Jusqu’à là, il travaillait pour un avocat plutôt ringard, sans ambition, au nom inconnu du gratin mondain. Putain, Gaspard ! Disparu dans un trou noir… »

Métanalyse

 

lycéeens.jpgProche du calembour, cette figure consiste à utiliser un syntagme ou plusieurs à la place d’un ou plusieurs autres. Exemple, chez Cocteau : « Le chasseur alpin, le boulanger aussi. » Exemple chez les lycéens qui défilent à la Toussaint (pas contents) devant la Sorbonne : « C’est les vacances-colère ! »

 

Métaphore

La métaphore, c’est comme la comparaison, sauf qu’on ne compare rien du tout, cela gagne du temps et de la force. La métaphore consiste donc à donner à un mot un sens que l’on ne lui attribut que par une analogie implicite. « Le poumon de la capitale » est une métaphore pour désigner les Buttes-Chaumont. (Et pourquoi pas le Luxembourg ?)

Métonymie

café de flore

La métonymie désigne une chose par le nom d’une autre qui lui est habituellement associée. Comme prendre le contenant pour le contenu, en allant « boire un verre » au café de Flore. (Ce n’est pas le verre qu’on boit, c’est la bière, et de toute façon,  c’est beaucoup trop cher. )

Oxymoron

L’oxymoron (ou oxymore) n’a pas peur des paradoxes et aime faire court. « Un silence éloquent » ou « une obscure clarté » (qui tombe des étoiles, of course) sont des oxymorons. Quant à Paul Éluard, merci, il va « terriblement mieux ».

Palindrome

Si un copain s’approche de votre fils devant les résultats du bac du lycée Henri IV et dit « Salut, tu l’as ? », ce dernier pourra le féliciter chaudement pour son superbe palindrome. Le palindrome est un mot ou un groupe de mots dont le sens est identique, qu’il(s) soi(en)t lus de droite à gauche ou de gauche à droite. Exemple sculpto-culinaire :

« Tu l’as trop écrasé, César, ce Port-Salut » ou, plus littéraire : « Ce repu dromadaire de Riad a mordu Perec ». Si quelqu’un vous propose une bataille de palindromes, répliquez aussitôt : « Engage le jeu que je le gagne ! »

Pangramme

Le pangramme consiste à utiliser toutes les lettres de l’alphabet dans le format le plus court possible. Les Parisiens cultivés se délectent toujours de la phrase de 37 lettres imposée aux dactylos d’antan : « Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume. » Autre version plus longue : « Portons dix bons whiskys à l’avocat goujat qui fumait au zoo ». Les Londonniens, toujours plus rapides que nous, n’ont besoin que de 32 lettres pour expédier l’affaire : « The quick brown fox jumps over lazy dog ».

Paronomase

La paronomase est un rapprochement de mots paronymes, c’est à dire très proches par le son mais de sens différents. Ou, dit autrement, l’association de deux expressions par leur proximité sonore. « Exemple après un vol à la tire du côté de l’Opéra : « Le voleur ? À l’orchidée, il doit être loin ! »

Pataquès

Hé, non ! ce n’est pas un pastis ou un embrouillamini, mais une faute de liaison mal-t-à-propos. Exemple à la Zazie : « Emmener tes touristes à la Sainte-Chapelle ? Occupe-toi z’en toi-même ! »

sainte chapelle.jpg
« A la Sainte-Chapelle, répondit Fédor Balanovitch. Un joyau de l’art gothique. Allons grouillons ! Schnell l Schnell ! »

Périphrase

La périphrase est l’expression d’une idée ou d’un objet – qu’un seul mot suffit habituellement à désigner- par un groupe de mots qui les définissent. Exemple : « L’astre du jour se couchait du côté de la porte Maillot ».

Polysyndète

Multiplication de mots de liaison, conjonctions ou adverbes. Exemple : « Hélas, à Paris, la pub est partout, et dans le métro, et sur les flancs de bus, et sur les murs, et ça n’arrête pas… »

Syllabation

Dissociation des éléments d’une diphtongue, figure chère à Raymond Queneau. Exemple : « T’as ka changer à Barbès-Rochechouaaar ! »

Syllepse

saint sulpice.jpgConsiste à employer un même mot au sens propre dans une première figure, puis dans un sens figuré dans une seconde figure. La syllepse est à la base de certains jeux de mots. Exemple emprunté à Prévert : « Cette église Saint-Sulpice, il y a quelque chose qui cloche… » (Et en plus, bonjour l’acoluthe…)

Synalèphe

Comme la syncope, il s’agit de la réunion de deux syllabes en une seule dans la prononciation. Permet d’imiter la prononciation relâchée de la vie quotidienne. Exemple (chez le boulangère de la rue de Monceau) : « Une baguette, siouplait »

Synchise

La synchise consiste à bousculer la syntaxe habituelle. Exemple, à la Molière : « De plaisir Paris frissonner tes joyaux architecturaux me font ».

Syncope

La syncope est la suppression d’une partie intérieure du mot. Exemple : « une p’tite prom’nade sur les boul’vards »

Synecdoque

psg.jpgLa synecdoque est une figure proche de la métonymie, permettant de simplifier le discours. Le procédé consiste à désigner un tout par l’une de ses parties, le contenant pour le contenu, la matière pour l’objet, et inversement. Si Paris gagne la Coupe d’Europe (alors que ce sont les joueurs du Paris Saint-Germain qui la gagnent), c’est une synecdoque. Mais ça n’arrive jamais.

Tapinose

La tapinose, figure plutôt péjorative, fait un peu le tapin du côté de l’hyperbole, mais en négatif. Exemple pour la fontaine Saint-Michel : « Il faudrait la démolir, cette infâme fontaine, cette architecture à pleurer, ce marbre rouge ridicule, cette offense au bon goût… »

Tautogramme

Il s’agit d’une phrase ou œuvre dans laquelle (presque) tous les mots commencent par la même lettre. Exemple : « Paul, prudent, paria peu pour Paris ». (Franchement, je ne vois pas la différence avec allitération…)

Tautologie

Il s’agit de ne rien dire de plus que ce qu’on a déjà dit : « Paris sera toujours Paris ! »

Truisme

Le truisme est une lapalissade, une vérité si évidente qu’elle ne mériterait pas d’être énoncée. Exemple : « Quand il était dans le métro, il n’était pas dans le bus… »

Zeugma

desproges.jpgLe zeugma, cher à Desproges et cousin du syllepse vous saute au visage quand un terme concret et un terme abstrait sont compléments d’un même mot.

Exemple : « Il s’enfonça dans la rue Saint-Séverin et un coton-tige dans l’oreille. »

 

Pour terminer, je vous recommande les Anagrammes renversantes, d’Etienne Klein et Jacques Perry-Salkow, parues chez Flammarion. Vous apprendrez que « Le duc de Saint-Simon » est l’anagramme de « Mondanités lucides » et que « Aurore Dupin,  baronne Dudevant, alias George Sand » est l’anagramme de « valsera d’abord au son du piano d’un génie étranger ».

Renversant, non ?

 

 

 

Après le Ritz, tous à la Tour Eiffel !

La plus grande énigme de l’histoire criminelle du XIXe siècle

tour effeil qui tue.jpg

A la fin du XIXe siècle, Paris est le théâtre d’une série de meurtres. Très vite, on désigne le coupable : c’est la Tour Eiffel ! Va-t-elle échapper à la prison, voire y laisser sa peau, finir guillotinée ? Dieu merci, un jeune poète (Christophe) et sa fiancée (Marie-Nuage Eiffel) refusent de croire à sa culpabilité tandis que trois (vieux) polytechniciens rétrogrades s’acharnent à soutenir la thèse contraire. S’engage une nouvelle bataille des anciens et des modernes dans une pièce intitulée La Tour Eiffel qui tue, pièce un chouïa ubuesque signée Guillaume Hanoteau, musique de Georges Van Parys sur des couplets de Jean Marsan, pièce qui fit les beaux jours de la Rose rouge ou du Vieux Colombier dans l’après-guerre.

 Les anciens et les modernes

en construction.jpg

Parmi les anciens, il y a du beau monde qui s’insurgea avant même que la tour ne soit construite, ne voyant dans le projet qu’un énorme pylône saccageant la vue des Parisiens. C’est ainsi qu’en 1887, une lettre est signée par 47 écrivains et artistes, dont Dumas fils et Zola : « Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté, jusqu’ici intacte, de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse Tour Eiffel, que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisée du nom de « Tour de Babel ».

Les critiques fusent :

Paul Verlaine : « Ce squelette de beffroi »

Léon Bloy : « Ce lampadaire véritablement tragique »

François Coppée : « Le monstre est hideux, vu de près. / Géante, sans beauté ni style… »

Joris-Karl Huysmans : « ce grillage infundibuliforme, ce suppositoire criblé de trous. »

Guy-de-Maupassant_6191Maupassant écrit : « Je me demande ce qu’on conclura de notre génération si quelque prochaine émeute ne déboulonne pas cette haute et maigre pyramide d’échelles de fer, squelette disgracieux et géant, dont la base semble faite pour porter un formidable monument de Cyclopes et qui avorte en un ridicule et mince profil de cheminée d’usine. »

Quand la Tour fut ouverte au public, ce cher Guy alla souvent déjeuner ou diner au restaurant du premier étage. « C’est le seul endroit de Paris où je ne la vois pas » expliquait-il.

Une fois la chose achevée (pour l’Expo universelle 89), la meute se calmera et les modernes pourront s’exprimer, comme Blaise Cendras et Apollinaire, qui voient en la tour Eiffel le renouvellement de sources d’inspirations poétiques.

La « belle girafe en dentelle » (Cocteau) ne pouvait que fasciner le pionnier du cubisme, Robert Delaunay, qui commence à la peindre en 1910. « Je pense que la Tour, écrit-il en 1929, est devenue une des merveilles du monde. Pour l’avoir aimée et pour le plaisir qu’elle m’a donnée, je ne trouve pas de mérite de lui avoir donnée depuis 1910 des multiples formes de mon amour. »

delaunay-tour-eiffel-karlsruhe.jpg

Apollinaire, lui, se fait bucolique : « Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin. »

Quant à Cendrars, ça plane :  » Ô Tour Eiffel ! Feu d’artifice géant de l’Exposition Universelle ! / … / Tu es tout / Tour / Dieu Antique / Bête moderne / Spectre solaire / Sujet de mon poème / Tour / Tour du monde  / Tour en mouvement… / Ô sonde céleste !

Merci, Alphonse Allais

Allais.pngPour ou contre, certains s’efforcèrent de faire d’une pierre deux coups, car, comme le dit si bien l’ami Lénine, il n’existe pas de conflit sérieux entre le beau et l’utile. Alphonse Allais, par le biais de son Captain Cap, eut une idée lumineuse : « J’ai une idée (…) pour rendre utile cette stupide tour qui fut, en 1889, une utile démonstration industrielle, mais qui est devenue si parfaitement oiseuse. … Conservons-la, soit, mais donnons-lui un autre aspect. (…) Renversons la tour Eiffel et plantons-la la tête en bas, les pattes en l’air. Puis, nous l’enveloppons d’une couche de magnifique, décorative et parfaitement imperméable céramique. (…) Et puis, quand j’ai obtenu un ensemble parfaitement étanche, j’établis des robinets dans le bas et je la remplis d’eau, (…), une eau ferrugineuse et gratuite à la disposition de nos contemporains anémiés. »

Zazie dans les hauts

zazie.jpg

Je soupçonne Raymond Queneau de ne pas aimer la Tour Eiffel. La preuve, dans Courir les rues, de 1967 : « Tour Eiffel d’ossements / Catacombes aériennes / Tibias escaliers / Et à trois cents mètres au-dessus du sol / Le crâne antenne / Qui ne parle que pour l’écoute ».

Une autre preuve ? Dans Zazie, la chose est présente, mais elle n’est pas nommée. N’est-ce pas là le comble du mépris : « Ils regardèrent alors en silence l’orama, puis Zazie examina ce qui se passait à quelque trois cents mètres plus bas en suivant le fil à plomb. – C’est pas si haut que ça, remarqua Zazie. – Tout de même, dit Charles… »

Belle ou laide ? La chanson n’apporte pas la réponse

« Paris, mais c’est la Tour Eiffel / Avec sa pointe qui monte au ciel / Qu’on la trouve laide, qu’on la trouve belle, / Y’a pas de Paris sans Tour Eiffel. / On la débine, on la charrie, / Pourtant, partout ce n’est qu’un cri : / Paris ne serait pas Paris sans elle / Paris, mais c’est la Tour Eiffel. » (Paris-Tour-Eiffel, paroles et musique Michel Emer, 1946).

images.jpgA propos de chansons, il en existe plus de trente évoquant la grande dame de fer. Dont La Complainte de la tour Eiffel, (paroles de Jean Marsan – Guillaume Hanoteau, musique de Georges Van Parys) chantée par Mouloudji : « Amis, chantons la complainte / De la pauvre Tour Eiffel / Écoutez sa morne plainte / Quand le vent souffle sur elle… »

Ou Le Fantôme de la Tour Eiffel de Charles Trenet : « Hmm hmm ah, ah, ah, ah / Écoutez mes amis l’histoire fantastique / Du fantôme de la Tour Eiffel / Il avait arrêté l’ordre chronologique / Pour démonter le temps et le rendre irréel…

Complainte, fantôme, Tour Eiffel : les auteurs se sont sans doute souvenus de notre cher Robert Desnos et de sa Complainte de Fantômas :

« Écoutez, Faites silence / La triste énumération / De tous les forfaits sans nom / Des tortures, des violences / Toujours impunis, hélas / Du criminel Fantômas (…) Dans la nuit sinistre et sombre / À travers la Tour Eiffel / Juv’ poursuit le criminel / En vain guette-t-il son ombre / Faisant un suprême effort / Fantômas échappe encor… »

Douze heures pétantes

canon.jpg

Entre 1900 et 1914, un « Canon de Midi », installé sur la Tour Eiffel, tirait tous les jours un coup pour marquer l’heure et permettre aux Parisiens de régler leurs montres. D’où l’expression « douze heures pétantes ».

Question : serait-ce le même petit canon que celui installé dès 1786 dans le ­jardin du Palais-Royal, « canon ­solaire » ou « canon méridien » long d’une quarantaine de centimètres, construit par l’horloger Rousseau, qui était surmonté d’une loupe servant à concentrer les rayons du soleil ? Réponse bienvenue.

Contemplons Paris du haut de la tour Bönickshausen

Gustave_Eiffel_by_Edward_Linley_Sambourne_1889.jpg

Gustave Eiffel, fils d’adjudant d’origine allemande, fut enregistré à l’état-civil sous le nom de « Bönickshausen dit Eiffel » et c’est sous ce nom qu’il fit la guerre contre la Prusse, pendant la IIIe République. Après la défaite de la France, en butte aux sentiments anti-allemands, il fit effacer ses origines allemandes de son nom, huit ans avant la construction de la tour… Eiffel ?

Ou de la tour Koechlin

Une tour de 300 m, ça ne tient pas debout ! Comment va-t-on faire avec le vent ? Il va la dégommer ! Allez, cherchez, les gars ! Ce n’est pas Gustave Eiffel mais l’ingénieur Maurice Koechlin qui trouve la solution, avec ses collègues Emile Nouguier et Stephen Sauvestre. L’idée ? Laisser passer le vent, pardi ! Une structure aérée. Un brevet numéro 164364 sera déposé le 18 septembre 1884. Au nom de Koechlin ou de Eiffel ? Je ne sais pas. Et c’est vrai, on s’en fout un peu.

Fake news ?

Une légende veut que Jules Verne ait loué une chambre, à son usage exclusif, au sommet de la tour, dans les années 1902-1903. Ne vous laissez pas berner ! Barricadez votre cerveau ! Alertez les réseaux sociaux ! C’est totalement faux !

AVT_Amelie-Nothomb_4478.jpgPar contre, il est tout à fait possible que la tour Eiffel doive sa forme à la lettre A, le A d’une certaine Amélie dont Eiffel aurait été amoureux. C’est une autre Amélie (Nothomb) qui le dit : « Je n’en ai jamais eu la confirmation. C’est une chose que quelqu’un m’a garantie au cours d’une soirée parisienne. (…) Je pense que je n’aurai jamais le fin mot de l’affaire, mais je trouve que c’est une belle histoire. »

L’histoire, en tout cas, fait partie du Voyage en hiver, son beau roman d’amour. 4e C du Livre de poche : « Zoïle est tombé éperdument amoureux de la douce Astrolabe, mais la jeune femme consacre tout son temps à Aliénor, une romancière géniale quoique légèrement attardée. Par dépit, il décide de détourner un avion et de l’envoyer percuter la tour Eiffel. » Suit une critique de Paul Enthoven, dans Le Point : « … on se laisse volontiers guider par une Amélie défoncée qui, jonglant avec ses figurines de lanterne magique, s’envoie joyeusement en l’air… «

Queneau, non, mais Truffaut, oui !

Il l’aimait, il put la voir depuis deux des appartements dans lesquels il habita, dont un rue de Passy, 10e étage avec terrasse, fenêtre sur tour Eiffel. Il l’aimait, à en collectionner les figurines.  Et à l’inclure dans ses films.

francois-truffaut-tournage-baisers-voles-tour-eiffel-nb.jpg
Tournage de Baisers volés

Si Zazie ne verra jamais le métro, une jeune fille ne verra pas non plus la tour Eiffel. A ses débuts, François Truffaut avait songé tourner un court métrage impliquant son monument fétiche, projet qu’il avait proposé à Pierre Braunberger : « C’était une idée assez amusante : une fille vient à Paris pour un héritage, elle veut voir la tour Eiffel. Elle n’a que quelques heures, elle aperçoit de partout la tour Eiffel qui apparaît et disparaît, mais ne sait comment l’atteindre. » (Cahiers du cinéma, décembre 1984).

On retrouve la tour dans Vivement dimanche ! Mais si, souvenez-vous : Fanny Ardant saisit une tour Eiffel miniature pour assommer son adversaire. (Vlan !) On la retrouve également sur l’affiche de Baisers volés (à droite de Jean-Pierre Léaud) et sur l’affiche du Dernier Métro (à l’arrière-plan, en ombre chinoise). C’est pas de l’amour, ça ?

Terminons en beauté, avec Raoul Dufy

Tour Eiffel Dufy.jpg

 

Allons donc au Ritz, place Vendôme, rejoindre Oscar Wilde, Edouard VII, Proust, Luisa Casati, Hemingway, Coco Chanel, Robert Capa, Ingrid Bergman, Serge Gainsbourg…

Le bidet d’Oscar Wilde

Fargue.jpgOn peut lire, dans Le Piéton de Paris de notre ami Léon Paul Fargue :
 » Le Ritz, si tranquille, si resplendissant, si bien conçu pour le repos des grands de la terre, est en vérité tout sonore de romans.  »

Des romans ? A ma connaissance, à part Anita Loos qui y écrivit Les Hommes préfèrent les blondes, je ne vois pas trop. D’autant que Scott Fitzgerald écrivit Un diamant gros comme le Ritz sur la Côte d’Azur et qu’il n’est pas question de la place Vendôme dans sa nouvelle. Bref, romans, non. Mais écrivains, oui.

Wilde.jpg

Commençons par Oscar Wilde pas vraiment séduit par le modernisme et le confort du palace. Il se plaint des ascenseurs qui vont trop vite, de la lumière crue (et « hideuse qui vous abîme les yeux », et surtout, des bidets : « Qui peut bien vouloir d’une cuvette fixe pour se laver dans sa chambre ? Moi pas. Cachez donc cette chose. Je préfère sonner pour qu’on m’apporte de l’eau quand j’en ai besoin. »

La baignoire d’Édouard VII

La première baignoire du Ritz,.jpg

 

 

Le roi d’Angleterre, lui, appréciait le confort du palace et la discrétion du personnel, garant du silence sur sa vie amoureuse très agitée. Il était plutôt gros, même très gros, et resta, dit-on, coincé dans sa baignoire en bonne compagnie. C’est à la suite de cette « més-aventure » que César Ritz décida de changer les baignoires et d’en installer d’autres plus larges.

 

 

Le second domicile de Marcel Proust

proust-un-souper-au-ritz.jpg
Oui, c’est lui, au milieu…

« Au Ritz, personne ne vous bouscule », disait-il. (Encore heureux, vu les prix). Il aimait y dîner (Céleste n’aime pas faire la cuisine) et fit de l’endroit un personnage à part entière, où l’on voit « des dames en chemise de nuit ou même en peignoir de bain [qui rôdent] dans le hall « voûté » en serrant sur leur cœur des colliers de perles. » Depuis l’inauguration en 1898, il apprécie l’atmosphère du palace : « Le clair de lune semblait comme un doux magnésium continu permettant de prendre une dernière fois des images nocturnes de ces beaux ensembles comme la place Vendôme… »

Il s’y rend deux à trois fois par semaine, emmitouflé dans son manteau enmanteau-de-proust-collectionneur-j-guerin.jpg peau de loutre, loue parfois une chambre pour écrire. Mais ce qui l’intéresse, c’est la clientèle, afin de nourrir sa Recherche. « Proust allait rejoindre sous les combles un domestique de l’hôtel, relate Coco Chanel. Il le payait pour lui noter les noms de tous les clients, ce qu’ils avaient mangé, comment ils étaient habillés. […] Chacun désirait s’offrir au regard livide de Proust sous son meilleur jour, par peur ou désir d’être pris pour modèle d’un de ses personnages. »

Proust se fait également aider par Olivier Dabescat, premier maître d’hôtel, ancien du Savoy de Londres, qui le fournit en amants parmi les jeunes serveurs (Rochat, Vanelli…) et lui fournit son matériau littéraire. Car il sait tout, Dabescat. Les plans de table, l’ordre de préséance, les collusions mondaines, qui a fait quoi avec qui, etc.

cocher.jpgProust se rendra au Ritz jusqu’en 1922, année de sa mort, souvent seul. Sur son lit de mort, il demandera que ce brave cocher d’Odilon aille y chercher une bière bien frappée qui arrivera, merci Odilon, avant son dernier soupir.

 

 

50 chambres pour le 14 juin ? C’est noté, monsieur.

Le Ritz fut allemand, très allemand durant la guerre. La légende rapporte que Clare Booth Luce, la maîtresse de Joseph Kennedy (le père de John Kennedy), avant de quitter la France en plein exode, demanda à Hans Elmiger, le directeur suisse du Ritz : – Mais comment avez-vous su que les Allemands arrivaient ? – Parce qu’ils avaient réservé, répondit-il.

Tout va très bien, madame la marquise

Luisa_Casati_1922.jpgLa foutraque et délicieuse marquise Luisa Casati fut la muse de nombreux artistes, Giovanni Boldini, Man Ray, Kees van Dongen, Salvador Dalí et l’amante passionnée de Gabriele D’Annunzio. Au Ritz, elle promenait ses cheveux rouges revêtue d’une simple fourrure, tenant en laisse (des laisses en diamants svp) ses deux gentils guépards. Pour se faire servir, elle exigeait que ses valets fussent nus et enduits d’or. Elle possédait un boa (de compagnie) qu’il fallait nourrir de lapins vivants et qui effrayait parfois les clients de l’hôtel lorsqu’il s’échappait de sa suite et se baladait dans les couloirs. Elle fut au-delà du richissime. Ruinée, elle mourut dans la pauvreté.

 

Portrait de Luisa Casati portant un costume intitulé « Lumière », réalisé par Worth

 

Hemingway fait le malin

hemingway-liberation.jpgSacré Hem. Un ego plus gros que son cul, qu’il avait pourtant assez volumineux. Et peur de rien. En mai1944, correspondant de guerre pour le magazine Collier’s, c’est-à-dire civil, il n’a qu’une idée en tête : être le premier Américain à Paris et « libérer le Ritz» Olé. En juin et juillet, il suit les troupes américaines remontant vers Paris, en appui de la 2e DB française.

Le 25 juillet, avec un groupe de résistants français, il arrive en jeep place Vendôme, fait irruption dans le palace fusil-mitrailleur à la main. « Il portait l’uniforme et donnait des instructions avec une telle autorité que beaucoup pensaient qu’il était général » racontera Colin Peter Field, le chef barman du Ritz.

– Je viens libérer le Ritz ! déclare Hemingway au directeur de l’hôtel, Claude Auzello.

– Mais monsieur, ils sont partis depuis très longtemps ! Et je ne peux pas vous laisser entrer avec une arme !

L’affaire se terminera au bar, où Hemingway laissera une ardoise historique de 51 dry Martini ! (Le Petit Bar du Ritz porte son nom depuis 1994. Sur le comptoir, sa bobine en bronze). Hem écrira plus tard : « Lorsque je rêve de l’au-delà, du paradis, je me trouve toujours transplanté au Ritz, à Paris ! […] Je me glisse dans l’un de ces grands lits en cuivre. Sous ma tête il y a un traversin de la taille d’un zeppelin et quatre oreillers carrés remplis de vraies plumes d’oie – deux pour moi et deux pour ma compagne, délicieuse. »

Hemigway avait connu le Ritz grâce à Scott Fitzgerald. Il y séjourna dans les années 20, oubliant (en 1928) une malle contenant des vestiges de ses premières années à Paris : pages de romans dactylographiées, carnets de notes relatives au Soleil se lève aussi, livres, coupures de presse, vieux vêtements. Ayant trouvé la malle à la cave, le palace l’envoya à Cuba en 1956 (sympa, le Ritz) où l’auteur put reprendre l’écriture de ses Vignettes parisiennes – premier titre de Paris est une fête. L’ouvrage sera publié en 1964, soit trois ans après son suicide.

Pas cool, Coco (Chanel)

3369-coco-chanel-sur-un-balcon-du-ritz-en-1937_5503501.jpg« Le Ritz est ma maison », avait-elle l’habitude de dire, elle dont le salon de (haute) couture était situé à deux pas. Elle s’installa dans sa suite du 2e étage (côté Vendôme) avec ses meubles et ses bibelots, terrorisa le personnel par ses caprices et y vécut pendant 34 ans, jusqu’à sa mort en 1971, un soir de pleine lune.

Capricieuse et ridicule, la Coco : durant la guerre, elle se fait suivre par des domestiques portant un masque à gaz sur un coussin de satin et court se réfugier durant les alertes dans des abris équipés de tapis de fourrure et de sacs de couchage de soie Hermès.

suite coco.jpgRidicule et un peu collabo sur les bords : sous le nom de code « Westminster », elle fut l’agent F-7124 inscrit dès 1941 dans les registres de l’Abwehr, les services de renseignements allemands. Il faut dire qu’elle était folle amoureuse du baron allemand Hans Günther von Dincklage, de treize ans son cadet, lui-même espion notoire.

Elle disait apprécier les Allemands, « plus cultivés que les Français », participait aux dîners offerts par l’ambassadeur du Reich Otto Abetz ou par l’ambassadeur de Vichy auprès du Gouvernement allemand Fernand de Brinon, entretenant des relations étroites avec René de Chambrun, gendre de Pierre Laval.

Fut-elle un agent actif ? Mystère. A la Libération, elle subira un interrogatoire des Forces françaises de l’intérieur et échappera à la tonte en public pour « collaboration horizontale ». Dédouanée, la Coco, grâce à ses relations avec Churchill ? Pas tout à fait. Et en 1946, prudente, elle préférera s’exiler de longues années à Lausanne…

 Robert Capa et Ingrid Bergman

Robert-Capa-et-Ingrid-Bergman.jpg

C’est au Ritz que va naît la grande passion entre Robert Capa et Ingrid Bergman. Ils s’y croisent en 1945, lui célèbre photographe de guerre, elle auréolée de son rôle dans Casablanca. Les circonstances ? L’actrice découvre un mot épinglé à la porte de sa chambre :

« Sujet : dîner. Concerne : Miss Ingrid Bergman.

  1. Il s’agit d’un effort communautaire. La communauté comprend Bob Capa et Irwin Shaw.
  2. Nous avions le projet de vous envoyer des fleurs en même temps que ce billet par lequel nous vous invitons à dîner ce soir même, mais après consultation, nous nous sommes aperçus qu’il nous était possible de payer soit les fleurs soit le dîner, mais pas les deux. Nous avons mis la question aux voix et le dîner l’a emporté de peu.
  3. Il a été suggéré que si le dîner ne vous intéressait pas, des fleurs pouvaient vous être envoyées. Mais sur ce point, aucune décision n’a encore été prise.
  4. Outre des fleurs, nous avons un tas de qualités douteuses.
  5. Si nous en écrivons davantage, il ne nous restera rien pour la conversation, car en matière de charme nos ressources sont limitées.
  6. Nous passerons vous prendre à 6 h 15.
  7. Nous ne dormons pas.

Signé : Inquiets. »

Comment résister à une telle invitation ? Ingrid Bergman passera la soirée au Fouquet’s puis chez Maxim’s en compagnie des deux hommes, puis plus tard, tombera amoureuse du photographe. Leur relation durera deux ans, il continua à lui écrire l’appelant « Chère vierge suédoise mâtinée de Hollywood ». Elle épousera Rosselini, il mourra en 1954 en sautant sur une mine en Indochine.

Que reste-t-il de leur amour ? Hitchcock, dit-on, s’inspira de leur idylle pour écrire le scénario de Fenêtre sur cour.

Trois bars pour Gainsbarre

 

gainsbourg.jpg

Le Ritz – comme le Raphaël – constituera un refuge pour Gainsbourg. Un lieu dans lequel il peut composer tranquillement. « Là-bas, confie-t-il, il y a trois bars et trois pianos. Dès que je suis un peu pété, je joue. J’enregistre sur un petit magnéto, j’appelle ça un « bloque-notes », je réécoute et si c’est de la merde, j’efface. Au Ritz, je suis un pianiste inconnu, il n’y a que des Américains et des Japonais. »

 

 

 

 

 

 

thats all