Après le Ritz, tous à la Tour Eiffel !

La plus grande énigme de l’histoire criminelle du XIXe siècle

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A la fin du XIXe siècle, Paris est le théâtre d’une série de meurtres. Très vite, on désigne le coupable : c’est la Tour Eiffel ! Va-t-elle échapper à la prison, voire y laisser sa peau, finir guillotinée ? Dieu merci, un jeune poète (Christophe) et sa fiancée (Marie-Nuage Eiffel) refusent de croire à sa culpabilité tandis que trois (vieux) polytechniciens rétrogrades s’acharnent à soutenir la thèse contraire. S’engage une nouvelle bataille des anciens et des modernes dans une pièce intitulée La Tour Eiffel qui tue, pièce un chouïa ubuesque signée Guillaume Hanoteau, musique de Georges Van Parys sur des couplets de Jean Marsan, pièce qui fit les beaux jours de la Rose rouge ou du Vieux Colombier dans l’après-guerre.

 Les anciens et les modernes

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Parmi les anciens, il y a du beau monde qui s’insurgea avant même que la tour ne soit construite, ne voyant dans le projet qu’un énorme pylône saccageant la vue des Parisiens. C’est ainsi qu’en 1887, une lettre est signée par 47 écrivains et artistes, dont Dumas fils et Zola : « Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté, jusqu’ici intacte, de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse Tour Eiffel, que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisée du nom de « Tour de Babel ».

Les critiques fusent :

Paul Verlaine : « Ce squelette de beffroi »

Léon Bloy : « Ce lampadaire véritablement tragique »

François Coppée : « Le monstre est hideux, vu de près. / Géante, sans beauté ni style… »

Joris-Karl Huysmans : « ce grillage infundibuliforme, ce suppositoire criblé de trous. »

Guy-de-Maupassant_6191Maupassant écrit : « Je me demande ce qu’on conclura de notre génération si quelque prochaine émeute ne déboulonne pas cette haute et maigre pyramide d’échelles de fer, squelette disgracieux et géant, dont la base semble faite pour porter un formidable monument de Cyclopes et qui avorte en un ridicule et mince profil de cheminée d’usine. »

Quand la Tour fut ouverte au public, ce cher Guy alla souvent déjeuner ou diner au restaurant du premier étage. « C’est le seul endroit de Paris où je ne la vois pas » expliquait-il.

Une fois la chose achevée (pour l’Expo universelle 89), la meute se calmera et les modernes pourront s’exprimer, comme Blaise Cendras et Apollinaire, qui voient en la tour Eiffel le renouvellement de sources d’inspirations poétiques.

La « belle girafe en dentelle » (Cocteau) ne pouvait que fasciner le pionnier du cubisme, Robert Delaunay, qui commence à la peindre en 1910. « Je pense que la Tour, écrit-il en 1929, est devenue une des merveilles du monde. Pour l’avoir aimée et pour le plaisir qu’elle m’a donnée, je ne trouve pas de mérite de lui avoir donnée depuis 1910 des multiples formes de mon amour. »

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Apollinaire, lui, se fait bucolique : « Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin. »

Quant à Cendrars, ça plane :  » Ô Tour Eiffel ! Feu d’artifice géant de l’Exposition Universelle ! / … / Tu es tout / Tour / Dieu Antique / Bête moderne / Spectre solaire / Sujet de mon poème / Tour / Tour du monde  / Tour en mouvement… / Ô sonde céleste !

Merci, Alphonse Allais

Allais.pngPour ou contre, certains s’efforcèrent de faire d’une pierre deux coups, car, comme le dit si bien l’ami Lénine, il n’existe pas de conflit sérieux entre le beau et l’utile. Alphonse Allais, par le biais de son Captain Cap, eut une idée lumineuse : « J’ai une idée (…) pour rendre utile cette stupide tour qui fut, en 1889, une utile démonstration industrielle, mais qui est devenue si parfaitement oiseuse. … Conservons-la, soit, mais donnons-lui un autre aspect. (…) Renversons la tour Eiffel et plantons-la la tête en bas, les pattes en l’air. Puis, nous l’enveloppons d’une couche de magnifique, décorative et parfaitement imperméable céramique. (…) Et puis, quand j’ai obtenu un ensemble parfaitement étanche, j’établis des robinets dans le bas et je la remplis d’eau, (…), une eau ferrugineuse et gratuite à la disposition de nos contemporains anémiés. »

Zazie dans les hauts

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Je soupçonne Raymond Queneau de ne pas aimer la Tour Eiffel. La preuve, dans Courir les rues, de 1967 : « Tour Eiffel d’ossements / Catacombes aériennes / Tibias escaliers / Et à trois cents mètres au-dessus du sol / Le crâne antenne / Qui ne parle que pour l’écoute ».

Une autre preuve ? Dans Zazie, la chose est présente, mais elle n’est pas nommée. N’est-ce pas là le comble du mépris : « Ils regardèrent alors en silence l’orama, puis Zazie examina ce qui se passait à quelque trois cents mètres plus bas en suivant le fil à plomb. – C’est pas si haut que ça, remarqua Zazie. – Tout de même, dit Charles… »

Belle ou laide ? La chanson n’apporte pas la réponse

« Paris, mais c’est la Tour Eiffel / Avec sa pointe qui monte au ciel / Qu’on la trouve laide, qu’on la trouve belle, / Y’a pas de Paris sans Tour Eiffel. / On la débine, on la charrie, / Pourtant, partout ce n’est qu’un cri : / Paris ne serait pas Paris sans elle / Paris, mais c’est la Tour Eiffel. » (Paris-Tour-Eiffel, paroles et musique Michel Emer, 1946).

images.jpgA propos de chansons, il en existe plus de trente évoquant la grande dame de fer. Dont La Complainte de la tour Eiffel, (paroles de Jean Marsan – Guillaume Hanoteau, musique de Georges Van Parys) chantée par Mouloudji : « Amis, chantons la complainte / De la pauvre Tour Eiffel / Écoutez sa morne plainte / Quand le vent souffle sur elle… »

Ou Le Fantôme de la Tour Eiffel de Charles Trenet : « Hmm hmm ah, ah, ah, ah / Écoutez mes amis l’histoire fantastique / Du fantôme de la Tour Eiffel / Il avait arrêté l’ordre chronologique / Pour démonter le temps et le rendre irréel…

Complainte, fantôme, Tour Eiffel : les auteurs se sont sans doute souvenus de notre cher Robert Desnos et de sa Complainte de Fantômas :

« Écoutez, Faites silence / La triste énumération / De tous les forfaits sans nom / Des tortures, des violences / Toujours impunis, hélas / Du criminel Fantômas (…) Dans la nuit sinistre et sombre / À travers la Tour Eiffel / Juv’ poursuit le criminel / En vain guette-t-il son ombre / Faisant un suprême effort / Fantômas échappe encor… »

Douze heures pétantes

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Entre 1900 et 1914, un « Canon de Midi », installé sur la Tour Eiffel, tirait tous les jours un coup pour marquer l’heure et permettre aux Parisiens de régler leurs montres. D’où l’expression « douze heures pétantes ».

Question : serait-ce le même petit canon que celui installé dès 1786 dans le ­jardin du Palais-Royal, « canon ­solaire » ou « canon méridien » long d’une quarantaine de centimètres, construit par l’horloger Rousseau, qui était surmonté d’une loupe servant à concentrer les rayons du soleil ? Réponse bienvenue.

Contemplons Paris du haut de la tour Bönickshausen

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Gustave Eiffel, fils d’adjudant d’origine allemande, fut enregistré à l’état-civil sous le nom de « Bönickshausen dit Eiffel » et c’est sous ce nom qu’il fit la guerre contre la Prusse, pendant la IIIe République. Après la défaite de la France, en butte aux sentiments anti-allemands, il fit effacer ses origines allemandes de son nom, huit ans avant la construction de la tour… Eiffel ?

Ou de la tour Koechlin

Une tour de 300 m, ça ne tient pas debout ! Comment va-t-on faire avec le vent ? Il va la dégommer ! Allez, cherchez, les gars ! Ce n’est pas Gustave Eiffel mais l’ingénieur Maurice Koechlin qui trouve la solution, avec ses collègues Emile Nouguier et Stephen Sauvestre. L’idée ? Laisser passer le vent, pardi ! Une structure aérée. Un brevet numéro 164364 sera déposé le 18 septembre 1884. Au nom de Koechlin ou de Eiffel ? Je ne sais pas. Et c’est vrai, on s’en fout un peu.

Fake news ?

Une légende veut que Jules Verne ait loué une chambre, à son usage exclusif, au sommet de la tour, dans les années 1902-1903. Ne vous laissez pas berner ! Barricadez votre cerveau ! Alertez les réseaux sociaux ! C’est totalement faux !

AVT_Amelie-Nothomb_4478.jpgPar contre, il est tout à fait possible que la tour Eiffel doive sa forme à la lettre A, le A d’une certaine Amélie dont Eiffel aurait été amoureux. C’est une autre Amélie (Nothomb) qui le dit : « Je n’en ai jamais eu la confirmation. C’est une chose que quelqu’un m’a garantie au cours d’une soirée parisienne. (…) Je pense que je n’aurai jamais le fin mot de l’affaire, mais je trouve que c’est une belle histoire. »

L’histoire, en tout cas, fait partie du Voyage en hiver, son beau roman d’amour. 4e C du Livre de poche : « Zoïle est tombé éperdument amoureux de la douce Astrolabe, mais la jeune femme consacre tout son temps à Aliénor, une romancière géniale quoique légèrement attardée. Par dépit, il décide de détourner un avion et de l’envoyer percuter la tour Eiffel. » Suit une critique de Paul Enthoven, dans Le Point : « … on se laisse volontiers guider par une Amélie défoncée qui, jonglant avec ses figurines de lanterne magique, s’envoie joyeusement en l’air… «

Queneau, non, mais Truffaut, oui !

Il l’aimait, il put la voir depuis deux des appartements dans lesquels il habita, dont un rue de Passy, 10e étage avec terrasse, fenêtre sur tour Eiffel. Il l’aimait, à en collectionner les figurines.  Et à l’inclure dans ses films.

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Tournage de Baisers volés

Si Zazie ne verra jamais le métro, une jeune fille ne verra pas non plus la tour Eiffel. A ses débuts, François Truffaut avait songé tourner un court métrage impliquant son monument fétiche, projet qu’il avait proposé à Pierre Braunberger : « C’était une idée assez amusante : une fille vient à Paris pour un héritage, elle veut voir la tour Eiffel. Elle n’a que quelques heures, elle aperçoit de partout la tour Eiffel qui apparaît et disparaît, mais ne sait comment l’atteindre. » (Cahiers du cinéma, décembre 1984).

On retrouve la tour dans Vivement dimanche ! Mais si, souvenez-vous : Fanny Ardant saisit une tour Eiffel miniature pour assommer son adversaire. (Vlan !) On la retrouve également sur l’affiche de Baisers volés (à droite de Jean-Pierre Léaud) et sur l’affiche du Dernier Métro (à l’arrière-plan, en ombre chinoise). C’est pas de l’amour, ça ?

Terminons en beauté, avec Raoul Dufy

Tour Eiffel Dufy.jpg

 

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