Suite de la rue Lepic, où l’on rencontre Louis-Ferdinand Céline dans la maison de Dalida, Courteline et ses steaks trop cuits, Gen Paul, Yves Bonnefoy, Paul Fort et Autant-Lara.

Céline4
Louis-Ferdinand Céline, par son « ami » Gen Paul

 

 

 

Au 65, Alexandre-Claude-Louis Lavalley (1862-1927)

Cet artiste habita et exerça son art dans le pavillon C, peignant nus féminins  (après le bain), figures mythologiques ou bibliques. Il resterait peu connu s’il n’avait obtenu en 1881 la 3e médaille, prix de la figure dessinée d’après l’antique pour Faune à la flûte.

tarte
Il fit également du gallo-roman, honnêtement, c’est plutôt tarte.

Au 66, la salle du Grenier jaune

C’était du théâtre, c’était confidentiel, c’était moderne, c’était gratuit, et on accédait à la salle par un escalier de meunier. Ouvert en 1921 dans leur propre maison par les parents de Claude Autant-Lara, le Grenier joua le futuriste Marinetti, le symboliste René Ghil, le pré-surréaliste Pierre Albert-Birot, de même que Michel de Ghelderode, Maïakovski, des textes de Mallarmé, Rimbaud, Aragon… La salle fermera en 1939.

Claude Autant-Lara se souviendra la rue Lepic de son enfance en y situant le lieu de livraison du cochon de la rue Poliveau (Au 45, naturlich, hein, Jambier !).

la-traversc3a9e-de-paris

Au 68, Paul Fort et Margot-mon-Page

Le (prince des) poète s’y installa (en 1900 et au rez-de-chaussée) en compagnie de la poétesse Marguerite Gillot (c’est elle, Margot-mon-Page). C’est elle également que l’on aperçoit sur le tableau de Marie Laurencin à droite de Picasso.

Gillot1

Paul Fort n’apprécia pas Montmartre et fut l’un des premiers à amorcer la transhumance artistique de la Butte vers Montparnasse.

Au 72, Félix Ziem

ZiemCe fils d’un hussard hongrois  (d’autres disent un tailleur d’habits) est un peintre français de l’École de Barbizon renommé pour ses marines et ses paysages de Venise et de Constantinople. Rattaché au mouvement orientaliste, il est considéré comme un des précurseurs de l’impressionnisme. Arrivé à Montmartre en 1847, il se fit construire ensuite une maison au 72, rue de l’Empereur (ancienne rue Lepic), sorte de bâtisse romane, montée en briques rouges, avec des verrières. Grand voyageur, Ziem passa néanmoins plus de cinquante ans de sa vie sur la Butte et peignit plus de 10 000 œuvres . Notons que dans sa correspondance avec son frère, Van Gogh fait l’éloge des couleurs de Ziem.

 

Au 72 également, le sculpteur Victor Brauner

Il fit partie, comme Brancusi, Ionesco, Eliade, Istrati ou Cioran, de la communauté d’artistes et d’intellectuels roumains de Paris au siècle dernier. Figure importante et déroutante de la peinture surréaliste, son œuvre et sa personne exercèrent autour de lui rayonnement occulte. Perdit un œil dans des conditions énigmatiques.

brauner2.

Au 72 également, le poète Yves Bonnefoy

Yves Bonnefoy est décédé en 2016 (à 93 ans) dans son appartement de la rue Lepic qu’il occupait depuis les années 1950. Ce traducteur, critique d’art, professeur au collège de France, plusieurs fois pressenti pour le prix Nobel de littérature, fut un très grand poète.

« Tout est toujours à remailler du monde. / Le paradis est épars, je le sais, / C’est la tâche terrestre d’en reconnaître / Les fleurs disséminées dans l’herbe pauvre ».

Au 77,  le Moulin de la galette

Peu de lieux parisiens ont été autant représentés. Pour l’extérieur du Moulin, citons notamment les tableaux de : Renoir, Van Gogh, Picasso, Toulouse-Lautrec, Ramon Casas, Kees van Dongen, Utrillo, Gen Paul, Eugène Cicéri, Paul Vogler, Roland Dubuc, Isaac Israël, Charles Menneret, Ludovic Piette, Paul Signac, Santiago Rusinyol, Roger bertin, Elysée Maclet, Paul François Quinsac, Lucien Vieillard, Alphonse Quizet, Bruno Emile Laurent, Albert Tissandier, Jean-Louis Forain, Gustave Maincent, Charles Malle, Gazi le Tatar, Fernand Laval…

moulin-de-la-galette-gen-paul-1929Evidemment, avec Gen Paul, ça chahute toujours un peu…

De nombreux tableaux représentent également l’intérieur et en particulier le bal du Moulin de la galette. J’aime bien celui du peintre catalan Pere Ysern Alié.

bal

Au 81, le Théâtre du Tertre

592px-Het_Théâtre_du_Tertre

Anciennement « cabaret-moulin du Radet », puis « Sur les Toits de Paris, le cabaret du vrai Montmartre », le Théâtre du Tertre ouvre en 1954, dirigé par l’écrivain Georges Charaire et le metteur en scène Pierre Sonnier, avec le soutien d’Eugène Ionesco qui y expérimente ses pièces. Curiosité : on y vit jouer pour la première fois Brigitte Fontaine en 1961.

 

edtihEn 1983, Claude Lelouch achète le lieu et le rebaptise Ciné 13. Il y tournera certaines scènes de « Edith et Marcel », utilisant notamment le célèbre bar décoré dans le style new-yorkais des années 30 pour projeter ses films en avant-première. L’endroit deviendra ensuite un cinéma de quartier jusqu’en 2003, puis Salomé Lelouch l’achètera et décidera d’en refaire un théâtre : le Théâtre Lepic.

 Au 87, Adolphe Willette

Artiste singulier, foisonnant et contradictoire, il s’illustra dans la peinture, le dessin de presse et publicitaire. Son nom est indissociable  de Pierrot, son double artistique, et de la République de Montmartre dont il fut le premier « président ».

Issu de la tradition picturale du XVIIIe siècle, et en particulier de Fragonard et Watteau (Pierrot est bien le descendant du Gilles de Watteau), il fut l’incarnation de la mélancolie fin de siècle, déclarant notamment : « J’étais bien plus heureux quand j’étais malheureux ».

willette chatnoir

Au 89, Georges Courteline

CourtelineTout le monde connait : « L’administration est un lieu où les gens qui arrivent en retard croisent dans l’escalier ceux qui partent en avance. »

Après avoir habité place Émile Goudeau, puis rue d’Orchampt, il s’installe en 1890 (jusqu’en 1903) rue Lepic. La vie avec sa femme est mouvementée, comme le relate Dorgelès dans Quand j’étais montmartrois, évoquant des biftecks trop cuits qu’on se jetait à la figure. « L’alcool tue lentement : on s’en fout, on n’est pas pressé » lui doit-on. Il fréquente donc L’Auberge du Clou (avenue Trudaine) où, chaque jour à heure fixe, devant un « précipité » (mélange de Pernod et d’anisette), il écrit, joue aux cartes, engueule ses partenaires et mesure la bêtise de ses contemporains grâce à son fameux « conomètre ».

Au 92, Eugène Delâtre

92 rue Lepic : c’est la première adresse des quatre successives et dans la même rue d’Eugène Delâtre (1864-1938), graveur, peintre, aquarelliste et imprimeur français. Il initia à l’art du burin de nombreux artistes dont Renoir, Toulouse-Lautrec, Mary Cassatt, Steinlen… Il travailla également avec Pablo Picasso (Le Repas frugal, 1904) dont il imprima en 1911 les quatre eaux-fortes illustrant le Saint Matorel de Max Jacob. Il est également connu pour ses productions sur la butte Montmartre en noir et blanc et en couleurs, témoignages précieux du Montmartre de la fin du XIXe siècle.aEugene-DELATRE-Montmartre-disparait-les-deux-moulins-

Au 96, Gen Paul

Il y naquit mais vécut essentiellement dans une petite maison – 2, avenue Junot -, où il demeura jusqu’à sa mort. Gen Paul est un peintre autodidacte influencé de façon très disparate par ses amis de Montmartre, Vlaminck, Utrillo, Toulouse-Lautrec, van Gogh et, avant eux, par Goya, Vélasquez, le Greco…

Gen paul.1Pour cet artiste issu de la première vague expressionniste française, tout est bon à peindre pourvu qu’il y ait mouvement, c’est-à-dire de la vie. Martyrisant la couleur, il n’hésite pas à grossir, à déformer, à trancher dans les formes, préférant le rythme à la lisibilité.

fnepsa-GEN-PAUL1Il parlait un argot somptueux, faisait jaillir les mots à un rythme célinien, une jactance royale et intarissable. Ami de Marcel Aymé, il fut je t’aime moi non plus avec Céline pour lequel il illustra une édition de Voyage et de Mort à crédit en 1942.

Cette figure de Montmartre est présente dans de nombreux écrits : il est un des personnages du Passe-muraille et de Avenue Junot, nouvelles de Marcel Aymé. Il est au centre de Féerie pour une autre fois (1952), roman de Céline qui le dépeint en peintre-sculpteur cul-de-jatte colérique, obsédé, alcoolique, et jaloux de l’auteur. Gen Paul a par ailleurs joué le rôle d’un invité à la sortie de l’église dans L’Atalante (1934) de Jean Vigo.

 Au 98,  Louis-Ferdinand Céline

céline

Céline y emménage en 1929 avec la danseuse Elizabeth Craig. Médecin des pauvres, médecin des poux, de la gale, des chaudes-pisses et des véroles, médecin à 5 F qu’il n’ose pas réclamer à ses malades, Louis Destouches y écrit ses deux plus importants romans Voyage au bout de la nuit (1932) et Mort à crédit (1937). Il habite au fond de la cour du 98, un petit appartement sous les toits.

Maison dalidaCet appartement fait partie l’hôtel particulier style 1900 que se disputeront Dalida et Belmondo en 1961, Dalida l’emportant in fine, demeure estimée aujourd’ui à 3 millions d’euros et dont l’entrée se trouve rue d’Orchampt. Donc, pas de doute, le même ciel fut par-dessus le toit (pas si bleu, pas si calme) de Céline et de Dalida. Le bon docteur résidera rue Lepic jusqu’en 1941, puis déménagera au 4, rue Girardon.

Au 98, également Abel Gance

VoyageEn 1932, la parution du Voyage est un coup de tonnerre dans le monde littéraire. Rue Lepic, Louis Destouches a pour voisin de palier un cinéaste très célèbre : Abel Gance. Un soir, le réalisateur évoque avec enthousiasme un chef-d’œuvre qui vient de paraitre chez Denoël, signé d’un certain Louis-Ferdinand Céline. Et le docteur Destouches de répondre en souriant : « Je sais, mon vieux, Céline, c’est moi ».

A noter que Gance, en accord avec Céline, envisagea une adaptation cinématographique dès le mois de novembre. Les éditions Denoël et Steele consentirent alors une cession des droits pour l’Europe moyennant la somme de 300 000f (d’après une lettre adressée à Gance le 4 mars 1933, BnF, Arts du spectacle, 4°COL-36/199). Le projet n’aboutira pas. Faut-il rappeler qu’Abel Gance était juif ?

 

 

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s