Et on trouve qui, rue de Rivoli ? Desnos, Ionesco, Yourcenar, Tolstoï, Kessel et même Chateaubriand…!

Au 9, vous avez le bonjour de Robert Desnos

desnosÉtablie rue de Rivoli depuis 1913, la famille Desnos dispose d’une chambre de bonne au sixième étage. Robert s’y installe en 1922. Il trouve un emploi au Cercle de la librairie, boulevard Saint-Germain, comme commis expéditionnaire. Puis il entre à la librairie Baillière, spécialisée dans la rédaction médicale. Cette même année, il rejoint le groupe Littérature où il expérimente l’écriture automatique avec Nouvelles Hébrides. En septembre débutent les expériences de sommeil hypnotique chères à Breton où Desnos fait merveille. Parfois trop, on a pu suspecter le génial poète de simuler, le « rêveur éveillé » 100 % pur beurre étant plutôt René Crevel. Qu’importe. De ces exercices bretonnesques naitront les 150 aphorismes de Rrose Sélavy, personnage féminin emprunté au « marchand de sel » (Marcel Duchamp, of course). Aphorisme n° 19 : « Rrose Sélavy voudrait bien savoir si l’amour, cette colle à mouches, rend plus dures les molles couches. » Aphorisme n° 26 : « Rrose Sélavy affichera-t-elle longtemps au cadran des astres le cadastre des ans ? » Eh oui, le surréalisme est en marche…

Groupe surréalisiste à l'oeuvre

 

Desnos sous hypnose improvise les aphorismes de Rrose Sélavy. Il me semble que c’est Queneau, totalement à gauche… Breton, au centre, semble perplexe.

Au 14, les affres d’Eugène Ionesco

ionescoIonesco et sa femme y vivent de 1960 à 1964. Même si l’auteur de Rhinocéros est depuis des années un auteur reconnu, ce n’est pas vraiment la joie rue de Rivoli. Le dramaturge est alcoolique et ne songe qu’au suicide. Pire, il demande des conseils à son ami Cioran. Et de se lamenter : « J’aurais dû rester un petit fonctionnaire modeste, ne s’occupant que de sa femme et de sa fille, j’aurais été infiniment plus heureux ». Ne vous inquiétez pas pour lui. Tout va s’arranger et avec les droits que lui verse Gallimard, il pourra changer d’appartement et s’installer à Montparnasse.

 

RhinocérosRhinocéros est une pièce en trois actes et quatre tableaux, inaugurée au théâtre de l’Odéon le 20 janvier 1960. A droite, c’est Barrault.

Au 28, Joseph Kessel va bientôt s’engager dans l’armée

kessel jeune

Après une enfance niçoise, « Jeff » rejoint en 1914 la maison paternelle du docteur Samuel Kessel, rue de Rivoli. Fin 1916, à dix-huit ans, il s’engage dans l’armée. A 21 ans, toujours militaire, il fait le tour du monde puis, grâce au théâtre et au journalisme, il accède à la notoriété avec L’Equipage, roman publié à 25 ans.

Il écrira environ 80 ouvrages environ et restera un sans-domicile-fixe à l’échelle du monde, privilégiant la vie à l’hôtel.

Grand résistant, le grand monsieur. « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? » Les paroles sont écrites en 1943 par Maurice Druon et Joseph Kessel, la musique est d’Anna Marly. A la BBC, l’air était sifflé afin qu’il soit perceptible à l’écoute en dépit du brouillage allemand… Le « Lion » fut élu à l’Académie française en 1962 et François Mauriac notera dans son bloc-notes : « Il est de ces êtres à qui tout excès aura été permis ».

Au 39, l’amour fou de Breton pour la Tour Saint-Jacques

tour

Avec ses 62 m de hauteur, – comptez environ 300 marches -, vous aurez une vue imprenable à 360° sur la capitale, comme le constata Blaise Pascal venu répéter ses expériences du Puy de Dôme sur la pesanteur. André Breton adorait cette tour qu’il considérait comme « le plus grand monument du monde à l’irrévélé ». Il l’évoque notamment dans L’Amour fou (1937) :

amour« J’étais de nouveau près de vous, ma belle vagabonde, et vous me montriez en passant la Tour Saint-Jacques sous son voile pâle d’échafaudages (…)  Vous aviez beau savoir que j’aimais cette tour, je revois encore à ce moment toute une existence violente s’organiser autour d’elle pour nous comprendre, pour contenir l’éperdu dans son galop nuageux autour de nous. »

Au 194, Chateaubriand est content de lui

Entre 1812 et 1814, alors qu’il loue un pied-à-terre au 63, rue des Saints-Pères, Chateaubriand occupe également un appartement au 194 rue de Rivoli. Il applaudit le retour des Bourbons et en mars 1814, publie contre l’empereur déchu un virulent pamphlet qui, selon lui, sert plus le roi (Louis XVIII) « que cent mille hommes ». Toujours aussi modeste, le père du romantisme, que Talleyrand n’appréciait pas particulièrement : « Monsieur de Chateaubriand croit qu’il devient sourd car il n’entend plus parler de lui ».

Chateau1

C’est marrant, pourquoi me fait-il penser à BHL… ?

 Au 202, le port d’attache de Marguerite Yourcenar

Celle qui s’appelait en fait Cleenewerck de Crayencour (Marguerite Yourcenar est un quasi anagramme) fut une habituée de l’hôtel Saint James et Albany lorsqu’elle délaissait son exil américain dans le Maine et ses vagabondages à travers le monde. Elle n’eut jamais eu d’adresse parisienne et obligeait l’un de ses éditeurs, Plon, à lui servir de banquier. Quant à Gallimard, elle fut sans doute la première et la seule à « convoquer » Gaston Gallimard rue de Rivoli, lui qui avait osé lui donner du « Mademoiselle » au lieu de « Madame ». Comme le note sa biographe Josyane Savigneau, « chez Marguerite, le flacon de vitriol n’est jamais loin de la théière. »

YourcL’auteure de L’Œuvre au noir et des Mémoires d’Hadrien fut la première femme élue membre de l’Académie française. « C’est une victoire de la littérature, écrit Jean d’Ormesson dans l’édition du 7 mars 1980 du Figaro. En faisant honneur à Marguerite Yourcenar, l’Académie française s’est fait honneur à elle-même. » Farceur, d’Ormesson fit remarquer qu’il y aurait désormais deux toilettes à l’Académie. L’une marquée « Messieurs », l’autre marquée « Marguerite Yourcenar ».

Au 210, ce bon géant Tourgueniev

1002894-Ivan_TourguenievDe retour à Paris en 1860, Tourgueniev s’installe au 206 rue de Rivoli où il restera jusqu’en 1863, avec sa fille Pauline. Le doux géant, ami de Théophile Gautier, y écrit Pères et fils, roman mettant en scène de nihilistes russes. Il fut également l’ami de Flaubert, malgré quelques différents comme, notamment, la façon de cuisiner le poulet. Les deux hommes faisaient partie du Groupe des Cinq (Flaubert, Tourgueniev, Edmond de Goncourt, Zola, Alphonse Daudet », dénommés également « les auteurs sifflés » car tous avaient subi des revers au théâtre. Tourgueniev avait trois passions : la cantatrice Pauline Viardot, la chasse et le jeu d’échecs. Il logeait non loin du célèbre Café de la Régence où il officiait en qualité « Chevalier du Fou », du fait de son amour pour cette pièce. Considéré comme un très fort joueur, il se mesura au maître international Wladislaw Maczuski et la partie qu’il gagna contre lui fut publiée dans la revue La Nouvelle Régence.

fouParmi les femmes et hommes de lettres, quelques acharnés des échecs : Boccace – Charles d’Orleans – Rabelais – Cervantes – Mme de Sévigné – Rousseau – Grimm – Goethe – Walter Scott – Pouchkine – Edgar Poe – Musset – Dickens – Baudelaire – Tolstoï – Tourgueniev – Gorki – Raymond Roussel – Tzara – Borges – Zweig – Orwell – Queneau – Beckett – Vian – Arrabal…

Au 206, Tolstoï ne fait que passer

tolstoiEn février 1857, Tolstoï rejoint Tourgueniev à Paris. Il s’installe au 206 rue de Rivoli dans une pension de famille et découvre, grâce à son ami et ainé de onze ans, les « jouissances de l’art ». Les deux hommes sont très proches, mais les divergences littéraires sont nombreuses : pour Tolstoï, par exemple, l’œuvre de Shakespeare est un ramassis de lieux communs, et il faut l’intervention de leurs amis pour éviter un duel.

Pas content, Tolstoï : Paris le navre, la ville est moche, les Parisiens dépravés. « Suis allé l’Hôtel des Invalides. Cette déification d’un malfaiteur est horrible » écrit-il.

En avril, il assiste à l’exécution d’un certain François Richeux devant la prison de la Roquette. Dans ses Confessions, il écrira : « Quand je vis la tête se détacher du corps, écrira-t-il, et, séparément, tomber dans le panier, je compris, non par la raison, mais par tout mon être, qu’aucune théorie sur la rationalité de l’ordre existant et du progrès, ne pouvait justifier un tel acte ». Choqué, Tolstoï quitte la France pour la Suisse. Paris n’est pas pour lui.

Au 228, Modiano en mai 68 à l’hôtel Meurice

1969

En mai 1968, Patrick Modiano est sur les barricades. Non en insurgé mais comme journaliste pour Vogue. Dans cette revue pas vraiment gauchisante, il signe un article ironique sur « les événements » intitulé Un printemps unique. Le jeune écrivain qui vient de publier La Place de l’Étoile, premier roman plein de bruit et de fureur sur l’Occupation, a du mal à prendre au sérieux l’embrasement du Quartier latin : « Je doute, écrit-il, que les dates de notre guerre en dentelles figurent un jour dans l’histoire au même titre que la bataille de Poitiers… »

Le 22 de ce joli mois de mai, Modiano se rend rue de Rivoli pour recevoir le prix Roger Nimier. Séjournent notamment au Meurice le milliardaire américain  J. Paul Getty, persuadé que les émeutiers vont venir l’égorger et qui a rédigé son testament sur le papier à lettres de l’hôtel, Salvador Dali, qui se réjouit des « événements » et, dans la suite 250-252-254, résidente à l’année, la non moins milliardaire  Florence Gould, (surnommée « Madame Racine », car elle distribue allègrement des billets de 50 francs à l’effigie de l’écrivain) – mécène du prix Roger- Nimier, bien décidée à remettre son prix à ce grand jeune homme dont on lui a dit beaucoup de bien. Le palace, qui fut le siège de la Kommandantur et logement de fonction du général von Choltitz, accueille donc le 22 mai 1968 le très jeune lauréat pour La Place de l’Étoile, roman à charge féroce contre l’antisémitisme. Ironie de l’histoire, le jury compte d’anciens écrivains collaborationnistes comme Jacques Chardonne, Marcel Jouhandeau ou Paul Morand.

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Bon à savoir : un remarquable et réjouissant livre est paru sur cette journée très particulière : Le Déjeuner des barricades, de Pauline Dreyfus, chez Grasset.

Au 242, Nobel rédige son testament

C’est à cette adresse que le 27 novembre 1895, un an avant sa mort,,Alfred Nobel rédigea le testament à l’origine de la création des prix Nobel. Profitons-en pour un petit rafraichissement de mémoire : la France compte quinze lauréats du prix Nobel de littérature : Sully Prudhomme (préféré à Tolstoï !), Frédéric Mistral, Romain Rolland, Anatole France, Henri Bergson, Roger Martin du Gard, André Gide, François Mauriac, Albert Camus, Saint-John Perse, Jean-Paul Sartre (« non, j’en veux pas ! »),

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Claude Simon, Gao Xingjian, Le Clézio et enfin, Modiano. (Je verrais bien Echenoz pour le prochain Français …)

 

Et pour finir, en 1885, il y a vraiment du monde rue de Rivoli pour les funérailles de monsieur Hugo…

Hugo

 

Aujourd’hui, bienvenue en « Odéonie », avec Barbara, Adrienne Monnier, Sylvia Beach, Jules Verne, Tintin, Paul Léautaud, Flaubert, Cioran et Lucile Desmoulins.

 

Au 1, Barbara au café de l’Odéon

barbaraAu printemps 1954, à peine revenue de Belgique, Barbara rencontre le chanteur québécois Raymond Lévesque. « Nous fraternisons, écrit-il, et passons nos après-midis au Café de l’Odéon, au Quartier Latin, où le patron nous laisse nous éterniser devant un verre de rouge. »

L’auteur de Quand les hommes vivront d’amour aura une brève aventure avec sa compagne de galère. « Il est magnifique, écrira-t-elle. Malheureusement, il plonge déjà dans l’alcool qui va le tuer. (…) Un soir, il m’offre un large bracelet d’argent serti d’améthystes, bijou de reine que je porterai très longtemps ».

Barbara tourne la page en emportant une chanson du charmant Canadien : Les voyages… / Qui murissent nos cœurs, qui nous ouvrent au bonheur / Mais que c’est beau les voyages… / Et lorsque l’on retourne chez soi / Rien n’est comme autrefois. Elle passera pour la première fois à L’Écluse un mois plus tard, lui s’y produira l’année suivante, régulièrement programmé jusqu’en 1958.

 Au 2, le café Molière

27052016_James_Abbott_McNeill_WhistlerIl fut presque aussi couru que le café Voltaire, situé à l’autre bout de la rue. Ce café littéraire et politique, lieu de rendez-vous des étudiants en droit, (dont le jeune Clémenceau), fut notamment très fréquenté par le peintre Whistler.

 Au 5, Jules Verne à la librairie Monte Christo

Tintin

Vous aimez Jules Verne ? La libraire lui est totalement consacrée. Sur son site, un parallèle amusant et instructif entre Jules Verne et Hergé. Le père de Tintin affirmait n’avoir jamais lu Verne, sauf un titre, qui l’avait déçu. Mon œil, disent de distingués tintinologues, qui nous invitent à comparer Tournesol et Palmyrin Rosette (dans Hector Servadac), Dupont-Dupond et les agents Craig et Fry (dans Les tribulations d’un Chinois en Chine) et relatent mains autres exemples dont celui-ci sur le site http://verne.jules.free.fr/bd/Herge.htm :

Le Secret de la Licorne et Les Enfants du capitaine Grant

« Le roman de Verne commence par une pêche au requin (attrapé par la queue avec un noeud coulant). on lui ouvre le ventre et on y trouve une bouteille. Dans la bouteille 3 parchemins partiellement effacés mais qui se complètent l’un l’autre. Le déchiffrement laisse entendre qu’un naufragé appelle au secours… Il se trouve sur 73° de latitude. On ne connait pas la longitude. On décide de partir à sa recherche (au départ on suppose que le naufrage à eu lieu en Amérique de Sud). Le bateau (le Duncan) part… quand le lendemain, on voit sortir des cabines, à l’étonnement de tous, un certain Paganel, scientifique de son état et pour le moins distrait puisqu’il s’est trompé de bateau (il montrera d’ailleurs de nombreux signes de distraction’ pendant toute l’expédition). Paganel voulait partir à l’Est et le voilà parti à l’ouest ! Et Paganel changera plusieurs fois son interprétation du document ce qui fait qu’il iront toujours plus à l’ouest jusqu’à faire le tour du monde… Finalement, il s’avérera que Paganel s’est trompé du début à la fin dans l’interprétation des parchemins. On finit par trouver Grant presque par hasard alors que tout espoir semble perdu, et tout le monde rentre en Ecosse dans le chateau de Malcom…

    • Recherche du père chez Verne, de l’ancêtre chez Hergé (Chevalier de Hadoque)
    • Plusieurs cryptogrammes partiels (à superposer chez Hergé, en plusieurs langues et incomplet chez Verne)
    • Comparez Paganel et Tournesol, les deux scientifiques passagers clandestins partis à la recherche du trésor
      Remarquez que Paganel cherche son ‘trésor toujours plus à l’ouest ! Ne connaissant que la latitude du naufrage de Grant, il est obligé de faire le tour de la terre d’est en ouest…
    • Le trésor n’est finalement pas où on le cherche. »

 Au 7, la célébrissime Maison des amis des livres d’Adrienne Monnier

Monnier1Adrienne Monnier ouvre sa librairie-bibliothèque de prêt en 1915, une boutique grise comme sa robe qui l’apparente à une « servante des livres ». L’un des premiers visiteurs est Guillaume Apollinaire. Adrienne l’examine avec curiosité : « Je regardai attentivement ce gros homme en uniforme, à la tête en forme de poire, assez Père Ubu, couronnée d’une curieuse petite lanière de cuir. » Paul Fort s’inscrit en décembre 1915. Aragon suit en février 1916, Breton en avril. Fin 1920, Adrienne Monnier compte 580 abonnés. Deux ans plus tard, ils sont plus de mille. Les « clients » oublient parfois de rendre les livres qu’ils empruntent – Simone de Beauvoir par exemple, qui le reconnaitra dans La Force de l’âge.

Durant cinquante ans, de nombreux écrivains fréquentent la Maison des amis des livres : Paul Fort, Valéry, Jules Romains, James Joyce, Aragon, Ezra Pound, Charles Vildrac, Georges Duhamel, Hemingway, Fitzgerald, Léon-Paul Fargue, Gide, Walter Benjamin, Nathalie Sarraute, Breton, Prévert, René Char, qui la compare à « un doux nuage gris teinté de rose »… La librairie cessera ses activités en 1951, Adrienne Monnier se suicidera en 1955, suite à une douloureuse maladie auditive.

Au 12, la non moins célébrissime Shakespeare and Company de Sylvia Beach

beachDans la lignée des Natalie Barney, Gertrude Stein ou Edith Warthon, Sylvie Beach perpétue le délicieux cocktail américain incluant homosexualité sans complexe et amour de la littérature. Ce petit lutin (1,57 m) au menton volontaire ouvre Shakespeare et Company au 8 rue Dupuytren en 1919, avant de s’installer rue de l’Odéon en mai 1921. Le tout jeune Hemingway s’y précipite en juin pour rencontrer « miss Beach » qui le trouve charmant et le surnomme « Mr Awfuly nice ». Centre névralgique de la culture anglo-américaine à Paris, la librairie est fréquentée par la « génération perdue » : Hemingway, Ezra Pound, Scott Fitzgerald …, mais aussi par des lecteurs français, Valery Larbaud, André Gide, Paul Valéry… Les clients peuvent y acheter ou emprunter des livres interdits en Angleterre et aux États-Unis, comme L’Amant de lady Chatterley. « Ambassadrice littéraire des États-Unis en France », Sylvia Beach va se lancer dans une longue aventure : publier (en anglais) Ulysses de Joyce.

beach joyce

En 1940, Sylvia Beach se distingue en se jouant des Allemands, comme le relate Galtier-Boissière : « Ils décidèrent de saisir le stock de livres américains et français. Comme il y en avait des milliers, ils prévinrent qu’ils reviendraient le lendemain matin avec un camion. Dans la nuit, Sylvia et ses copains mirent les livres en sûreté dans une cave voisine, repeignirent le magasin, installèrent une enseigne d’antiquaire et disposèrent quelques meubles à l’intérieur de la boutique. En arrivant au petit matin, les Allemands cherchèrent en vain la libraire dans la rue ».

ShakShakespeare and Company ferme en décembre 1941 sur ordre des Allemands, Sylvia Beach ayant, dit-on, refusé de vendre le dernier exemplaire de Finnegans Wake à un officier. En 1951, une autre librairie anglophone ouvrira à Paris, sous le nom de Le Mistral, tenue rue de la Bûcherie par l’Américain George Whitman.[…] À la mort de Sylvia Beach, en 1962, Whitman reprendra le nom de Shakespeare and Company.

 Au 10, Thomas Paine invente les USA

paineCet intellectuel anglo-franco-américain proche des Girondins habita l’immeuble de 1797 à 1802. Son Rights of Man (1791) a exercé une grande influence sur les acteurs de la Révolution française. Elu député à l’assemblée nationale en 1792, emprisonné sous la Terreur puis relâché, il restera en France jusqu’en 1802 et qualifiera Bonaparte de « charlatan le plus parfait qui eût jamais existé ». Héros de l’indépendance américaine, il fut l’inventeur… du nom des U.S.A.

 Au 15, Paul Léautaud

paul-leautaud_673392Un demi-siècle avant sa fin de vie à Fontenay-aux-Roses (avec ses 300 chats, 150 chiens, une oie et un singe), Paul Léautaud habita rue de l’Odéon de 1903 à 1905. Le Petit Ami, roman autobiographique écrit en 1903, fit sensation. Léautaud y évoquait son amour pour sa mère, à peine connue. On parla même du prix Goncourt… En 1908, il entre au Mercure de France. Il y restera trente-trois ans. Ses chroniques théâtrales, sous le pseudonyme de Maurice Boissard, seront impitoyables. Son célèbre Journal tenu pendant 63 ans sera édité par le Mercure en 1954. Tenez-vous bien, confinement nécessaire : 6000 pages.

 Au 18, Adrienne et Sylvia

Monnier. BeachSylvia Beach et Adrienne Monnier y habitèrent ensemble, au 5e étage. Elles formaient un couple d’amantes et d’intellectuelles partageant les mêmes projets et vécurent 35 ans ensemble de façon discrète mais sans cacher leur liaison.

 Au 35, le jeune Flaubert

flaubert jeunePas de quoi mettre une plaque sur la façade, il n’y demeura qu’un mois, en juillet 1842, s’étant inscrit sur l’insistance de ses parents à la faculté de Droit. Précoce, le jeune Flaubert : il a reçu un prix à l’âge de quinze ans pour… un essai sur les champignons. Son logement, selon son Dictionnaire des idées reçues ? « Appartement de garçon. Toujours en désordre. — Avec des colifichets de femme traînant çà et là. — Odeur de cigarette. — On doit y trouver des choses extraordinaires. » Lesquelles, Flaubert ne le précise pas. Son Dictionnaire – puis-je me permettre ? – m’a toujours semblé un peu bâclé et pas vraiment rigolo.

Au 21, Charles Laffite

1200px-VentoseDans cet immeuble habitait depuis 1795 le peintre Louis Lafitte. En 1795, il s’installe au 17 rue du Théâtre Français (aujourd’hui 21 rue de l’Odéon), peint en compagnie de Constance-Marie Charpentier qui habite à la même adresse. On lui doit notamment douze dessins (charmants) du Calendrier républicain. (1796). En 1810, il décore la maquette grandeur nature de l’Arc-de-Triomphe sous lequel l’Empereur doit passer lors de son entrée à Paris, le 2 avril.

 

maquette

 

Au 21, également, le bout-en-train roumain Cioran

CioranL’écrivain roumain vécut à cette adresse de nombreuses années jusqu’à sa mort en 1995. Chez Cioran l’idée de la mort est omniprésente et le titre de ses ouvrages donne le ton : Sur les Cimes du désespoir, 1934), Syllogismes de l’amertume (1952), La Tentation d’exister (1956), De l’inconvénient d’être né (1973), Ecartèlement (1979)… Une petite pensée pour la route ? « À vingt ans, je n’avais en tête que l’extermination des vieux ; je persiste à la croire urgente mais j’y ajouterais maintenant celle des jeunes ; avec l’âge on a une vision plus complète des choses. »

Au 22, Camille et Lucile Desmoulins

Desmoulins

Cioran savait-il que Camille Desmoulins et sa femme, lorsqu’ils furent arrêtés rue de l’Odéon puis exécutés le 5 avril 1794, habitaient près de chez lui ? Sans doute. Triste destin, Lucile avait 24 ans. Mais, précise Cioran, « sur la vie on ne peut écrire qu’avec une plume trempée dans les larmes ». Olé.

 

 

 

Un petit tour rue du Montparnasse ?

rue

Voici ce que côtoyaient Hugo et Flaubert lorsqu’ils se rendaient chez Sainte-Beuve, rue du Montparnasse.

Au 11, Sainte-Beuve, Adèle et ses Causeries

BeuveRêvant de littérature, l’auteur de Port Royal ne parvint pas aux sommets qu’il visait, malgré les conseils d’un Victor Hugo avec lequel il se brouilla, lui ayant « piqué » son Adèle. Charles-Augustin décida alors d’endosser la tenue de critique littéraire, souvent partiale, ce qui lui vaudra par la suite une grosse colère de Marcel Proust. Le 1er octobre 1849 parait un billet dans le Constitutionnel : « M. Sainte-Beuve s’est chargé, à partir du 1er octobre, de faire tous les lundis un compte rendu d’un ouvrage sérieux qui soit à la fois agréable. » L’engagement sera tenu avec ses Causeries du Lundi et ses Nouveaux Lundis. Le 13 octobre 1869, Sainte-Beuve meurt dans sa petite maison de la rue du Montparnasse entouré de ses amis. « Avec qui causer de littérature maintenant ? » s’interroge Flaubert.

Adèle.fr

La nature avait doté Sainte-Beuve d’un sexe hermaphrodite et, dans ces conditions, pas question de rivaliser en virilité avec le fougueux Hugo. Il avait séduit la pieuse Adèle par sa douceur et un raffinement tout féminin. Adèle ne le surnommait-elle pas Charlotte ?

 

 

Au 19, Pierre Larousse n’aime pas Bonaparte

DictLe Nouveau Dictionnaire de la langue française, ancêtre du Petit Larousse, est publié en 1856, aussitôt condamné par l’Eglise, Larousse n’étant pas tendre avec l’institution. Le forçat des lettres refusera d’avoir des enfants pour ne pas perdre de temps et publiera son grand-œuvre, le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle qui paraîtra par fascicules à partir de 1863. Un monstre : plus de 20 000 pages ! « Donner enfin à la magnifique encyclopédie de Diderot un pendant plus complet et plus grandiose encore, voilà une œuvre qui, achevée, sera pour l’éditeur la fortune, et pour l’auteur la gloire » écrit Victor Hugo.

S’il n’aimait pas l’Eglise, Pierre Larousse n’aimait pas plus Bonaparte. Dans son dictionnaire, il fait mourir le général le jour du coup d’État en 1799 (et ne voulut jamais corriger cette assertion). Bonaparte : « Né à Ajaccio (île de la Corse) le 15 août 1769, mort au château de Saint-Cloud le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799).

Au 19, Jacques Lacan

AVT_Jacques-Lacan_2837« Là où ça parle, ça souffre » disait-il. Est-ce que « ça parlait » 19, rue du Montparnasse ? Je ne sais pas. (Et je ne suis pas sûr qu’il ait résidé là, c’est sur Wikipédia, mais nulle part ailleurs).

Au 32, c’est Quinet (de 1840 à 1851)

Hôtel d'Edgar Quinet Atget_Eugène
La maison d’Edgar Quinet

Qui c’est, Quinet ? Une station de métro ? Un boulevard ? Un apéritif ? Ce remarquable historien, poète, philosophe et homme politique français est connu de nombreux écoliers pour la dictée de son texte Aucune machine ne vous exemptera d’être homme où il met en garde contre une croyance trop naïve envers le progrès. Ce qui ne l’empêcha pas d’être visionnaire dans de nombreux domaines comme les dangers de l’hégémonie prussienne et la réforme de l’enseignement, jetant en 1850 les bases d’un enseignement national, obligatoire et laïque.

dictée
Vous avez remarqué la bouteille de vin sur l’étagère ?

A propos, la dictée commençait ainsi : « Vous croyez, vous espérez que ces machines vous dispenseront d’avoir vous-même une valeur propre, qu’elles vous communiqueront celle qu’elles possèdent. Détrompez-vous ! Rien au monde ne peut vous dispenser d’avoir vous-même une âme, une dignité personnelle, le respect de vous-même, un caractère, une conscience, une parole. » Oups ! Bien vu, Edgar, On devrait la diffuser en boucle sur les réseaux sociaux.

 Et encore au 32, l’historien Augustin Thierry

AugustinCiel ! Deux historiens célèbres au 32. En cherchant bien, peut-être découvrirait-on qu’habitèrent également à ce numéro Michelet, Guizot et Thiers…

Augustin Thierry fut, à 20 ans, le jeune secrétaire de Saint-Simon entre 1814 à 1817 (et même, comme il l’affirme, son « fils adoptif »), avant de devenir un historien d’un genre nouveau, intégrant la notion de couleur locale dans ses ouvrages. Coloriste précis du Moyen Age, devenu aveugle dès l’âge de trente ans, il dut compiler ses sources dans l’obscurité et composer de tête, avant de dicter . Il meurt rue du Montparnasse en 1856.

Au 47, Kiki de Montparnasse

Kiki

Quel cas, Kiki, dirait Boby Lapointe. Née Ernestine Prin, elle fit tourner bien des têtes, avec sa copine Thérèse Treize. Femme libre des années 20 et 30, elle posa nue pour Foujita, Modigliani, Soutine, Man Ray (avec lequel elle vécut pendant huit ans…) Elle chantait, peignait, dansait et animait des soirées de folie, notamment au Cabaret des fleurs, au 47, rue du Montparnasse.

Au 49, Max Leenhardt

Max
Il est libre, Max…

Ce peintre portraitiste français (1853-1941) créa au 49 un atelier célèbre et reste connu pour être le cousin de Frédéric Bazille.

Au 54, Constantin Brancusi

Brancusi1En 1907, Rodin l’invite à travailler à Meudon comme assistant (Rodin jouit alors d’une reconnaissance internationale et près de cinquante assistants travaillent pour lui). Mais son travail ne prolongera pas au-delà d’un mois. « Rien ne pousse à l’ombre des grands arbres », déclare-t-il. Il emménage au 9 rue du Montparnasse, loue un atelier au 54, et se met à pratiquer la taille directe, réalisant notamment les premiers exemplaires du Baiser.

Baiser

Une version du Baiser se trouve au cimetière Montparnasse, sur la tombe d’une certaine Tatiania Rachewskaïa, jeune Russe qui s’est mystérieusement suicidée à Paris, en 1910. Et voilà-t-y pas que les ayants-droits de la demoiselle, un siècle plus tard, attaquent l’Etat français pour récupérer la chose qui vaut dans les 40 millions. Abracadabrantesque, dirait Chirac se souvenant de Rimbaud qui s’était souvenu de Théophile Gautier pour son Coeur volé…

 

Quelque part dans la rue, Françoise Mallet-Joris

C’était en 1951. Françoise Mallet (pas encore Joris), avait tout juste 21 ans. Son premier roman, Le Rempart des Béguines, publié par Julliard trois ans avant Sagan, fit scandale en racontant une histoire d’amour lesbienne entre une jeune fille et la maîtresse de son père. Suivit une longue carrière littéraire et quelques chansons pour Marie-Paule Belle dont elle partagea la vie de 1970 à 1981.

MalletMembre du Prix Femina de 1969 à 1971, élue à l’unanimité en novembre 1971 à l’Académie Goncourt, membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, ce fut une femme d’influence dans le monde littéraire, s’attirant la haine de Jean-Edern Hallier qui revendiqua un attentat (perpétré par Jack Thieuloy) contre son domicile en 1975.

 

 

 

Avenue Hoche : de Proust à Modiano, de Claudel à Tintin

Au 2, Robert Proust

51lnjIac0YL._SX195_-192x300À la mort de Proust, en 1922, le chirurgien Robert Proust, frère cadet de Marcel, prend en charge la publication des volumes de La Recherche qui ne sont pas encore parus. Puis il publie les cinq premiers volumes de la Correspondance générale de Marcel Proust. Robert meurt en 1935. C’est dans une des cheminées de l’avenue Hoche que Marthe Proust, sa femme, brûlera lettres et documents de son beau-frère qu’elle détestait.

Quels étaient les sentiments de Marcel Proust vis-à-vis de son « petit » frère ? A-t-il trop pâti de la perte de son royaume d’enfant-roi ? Toujours est-il que Robert, témoin et acteur de son enfance, disparait totalement dans  la Recherche,  alors que l’auteur ne se prive pas d’user des correspondances familiales. Meurtre symbolique ? Ou, selon une hypothèse de Diane de Margerie, forme de protection ? « Car s’il avait été un personnage, écrit-elle, Robert Proust aurait-il subsisté au jeu de massacre qu’est la fiction de son frère ? N’était-ce pas pour préserver Robert que Marcel l’écarte de son théâtre et le fait bénéficier d’une sorte d’aura intouchable, seule relation qui est garantie de toute désillusion ? Ce n’est pas seulement un rival qu’il écarte, mais c’est une vie, toujours présente à ses côtés, qu’il protège de son regard assassin. »

Au 4, Paul Claudel

Claudel en 38Claudel y réside en 1938 et au début de l’année 1939, année dont il juge le mois de septembre « merveilleux ». Peu convaincu du danger représenté par l’Allemagne nazie,  il s’inquiète davantage de l’URSS, cette « infâme canaille communiste ».

On peut lire dans son Journal au 6 juillet 1940 : « La France est délivrée après soixante ans de joug du parti radical et anticatholique (professeurs, avocats, juifs, francs-maçons). Espérance d’être délivré du suffrage universel et du parlementarisme. »

Claudel et Proust se sont souvent rencontrés à la NRF au début des années 20.  Claudel vouait une profonde antipathie à l’homme et à son œuvre. En 1929, il écrit à la princesse Bibesco qu’il s’en sent « séparé en quelque sorte zoologiquement, comme un lézard peut l’être d’une poule ».

Il ne supportait pas non plus Stendhal (« cet idiot de Stendhal », écrit-il), je ne sais pas pourquoi. Pour Proust, c’est plus clair : il lui reprochait d’avoir déchainé « une littérature malpropre qui jadis aurait conduit la NRF en correctionnelle. »

800px-Tombe_de_Paul_Claudel_à_BranguesFranchement, vous l’avez compris, Claudel n’est pas ma tasse de thé. Si vous passez à Brangues, où il est enterré, vous pourrez lire l’épitaphe sur sa tombe : « Ici reposent les restes et la semence de Paul Claudel.[1]

Au 4 également, Gabriel Hanotaux

imagesHomme politique, ministre, diplomate, il publia de très nombreux divers ouvrages historiques dont le plus important est l’Histoire du cardinal de Richelieu. Il fut élu au fauteuil 29 de l’Académie française, fauteuil qu’occuperont André Siegfried (1944), Henry de Montherlant (1960) et Claude Lévi-Strauss (1973). Attention : ne pas confondre avec Guillaume Hanoteau, l’un des acteurs majeurs du Saint-Germain-des-Prés d’après-guerre, notamment connu pour sa Tour Eiffel qui tue et son mariage avec Alice Sapritch en 1950.

Au 12, le salon de « Madame Verdurin »

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Dans ce petit hôtel ayant appartenu à Arsène Houssaye, Léontine Cavaillet, égérie d’Anatole France (et « Madame Verdurin » dans la Recherche) tient lors de ses « mercredis » un des salons les plus fréquentés de l’époque. Elle y reçoit notamment en 1896 un jeune homme qui n’a encore rien écrit et qui est (à cette époque) fasciné par Anatole France. Le jeune homme saura se souvenir de ce salon pour les personnages de son oeuvre : Mme Verdurin, Bergotte, Saint-Loup, Gilberte, doivent beaucoup au 12 avenue Hoche.

Au 9, BB et Gainsbourg

bardotC’est au studio Barclay, avenue Hoche, qu’est enregistré en octobre 1967 le 45 T pour lequel Bardot, cuissardes et mini robe de cuir noir, chevauche la célèbre moto chromée. Ambiance garage, avec bidons rouge et blanc. Après la séance, Bardot et Gainsbourg vont diner dans un restaurant montmartrois en compagnie de Gérard Klein et sa femme. Besoin de personne en Harley-Davidson, mais besoin de quelqu’un pour remplir sa vie : l’actrice, un peu perdue sur le plan affectif, souffre de son mariage raté avec Gunter Sachs, son « mari de pacotille ». Sous la table, elle saisit la main de Gainsbourg. « J’avais un besoin viscéral d’être aimée, écrit-elle dans son autobiographie, d’être désirée, d’appartenir corps et âme à un homme que j’admire, que j’aime, que je respecte. […]. Ses yeux rejoignirent les miens et ne les quittèrent plus : nous étions seuls au monde ! Seuls au monde ! Seuls au monde ! »

Au 18, Claudius Jacquand

Cet artiste peintre « académique » resterait peu connu s’il n’avait été qualifié par Baudelaire, lors du Salon de 1845, de peintre de « vingtième qualité ».

Au 34, Anna de Noailles

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C’est dans l’ancien hôtel de Brancovan que grandit la poétesse Anna de Noailles. (Ici peinte par Forain). Au début du siècle, son salon attira des personnalités aussi diverses que Paul Claudel, Colette, Jean Cocteau, Robert de Montesquiou, André Gide, Pierre Loti, Marcel Proust ou Max Jacob.

Son premier recueil, Le Cœur innombrable, paru en 1901, connut un succès éclatant. En 1904, avec notamment Julia Daudet et Judith Gautier, elle crée le prix « Vie Heureuse » qui deviendra en 1922 le prix Femina. Pour Jean Rostand, qui préfaça un recueil de ses  poèmes, elle avait « la sagacité psychologique d’un Marcel Proust, l’âpreté d’un Mirbeau, la cruelle netteté d’un Jules Renard. » C’est lui faire beaucoup d’honneur, honneur qu’elle chérissait au pluriel : « Mme Mathieu de Noailles, écrit l’abbé Munier, aime les approbations (…) Elle voudrait la croix, l’Arc de Triomphe, être Napoléon. C’est l’hypertrophie du moi. Elle est le déchaînement. Elle aurait dû vivre à l’époque alexandrine, byzantine. »

Au 53, le père de Modiano…

ModianoLe 53 avenue Hoche abrita durant la guerre l’un des plus importants bureaux d’achat du Paris collaborationniste, le bureau Italo-Continentale. Le père de Patrick Modiano, selon Un Pedigree, aurait été en contact avec cette officine. Faisait-il partie de ses courtiers occasionnels ? Mystère dans la quête obsessionnelle du père. Dans Rue des boutiques obscures, Patrick Modiano précise l’emplacement de « l’avenue Hoche » : « […] avant la place de l’Étoile, les grandes fenêtres du premier étage de l’hôtel particulier qui avait appartenu à sir Basil Zaharoff… ».

… et le modèle d’un personnage de Tintin

basil4Comme l’indique Modiano, le 53 fut, durant l’entre-deux guerres, la demeure de Sir Basil Zaharoff (1849-1936). Hergé, comme Modiano, aimait « fictionner » le réel. Basil Zaharoff, le plus grand vendeur d’armes de tous les temps, apparait avec sa barbiche, sa gabardine, sa canne et son  chapeau sous un nom à peine déguisé dans L’oreille cassée (1937).

Basil

[1] Il s’agit en fait d’un message « chrétien » inspirée de l’épître de Saint Paul aux Corinthiens : « cette semence que l’on met en terre à l’automne, semble mourir pendant l’hiver, mais germe et revit au printemps ». OK. Mais quelle idée d’écrire ça…