Elles portent des noms aussi délicieux qu’étonnants : anacoluthe, épiphore, hyperbate, épanadiplose, oxymoron, synchise, tmèse, zeugma… Comme Monsieur Jourdain utilise la prose sans le savoir, nous les employons chaque jour sans souvent les connaître. Bienvenue parmi les figures de rhétorique de notre ami Oxymor.

 

Adage

L’adage est une formule facile à retenir, car elle contient une règle de conduite issue du droit, de la coutume ou des proverbes. Ainsi, Paris sera toujours Paris !

Adynaton

Un adynaton est une exagération extrême, voire impossible, contredisant sans vergogne les lois de la nature ou de la vraisemblance. Exemple : « Il était capable de monter quatre à quatre et en dix minutes les 1665 marches de la Tour Eiffel ».

Allitération

L’allitération est une répétition de sons identiques dans une suite de mots, en jouant sur les consonnes. Exemple : « Madelon dépassa Madelios puis entra à la Madeleine ».

Allographe

L’allographe, cousin du calembour, est un jeu de mots procédant de l’homophonie. Exemple : « Elle habite près de Notre Dame, Lorette… » C’est également un procédé pour simplifier l’écriture des SMS : « 4rine, rv rue 3yon ! »

Amphibologie

Quand il y a un doute sur le sens d’un discours, pas de doute, c’est une amphibologie. Il s’agit d’une ambiguïté provenant d’un manque de précision dans le message, d’un discours équivoque ou à double sens. Exemple : « Les vieux ne devraient pas être autorisés conduire dans Paris, c’est bien trop dangereux »

Amphigouri

L’amphigouri est un texte absurde ou un galimatias. Pour reconnaître un amphigouri, il suffit de « descendre en haut de Notre-Dame et de regarder la Loire consulter le guide rouge trouver un restaurant. » (Tout en écoutant la radio pour savoir s’il fera beau hier.)

Anacoluthe

Ce vocable très usuel dans la bouche du capitaine Haddock désigne une rupture dans la construction d’une phrase. La phrase commencée s’arrête en chemin pour faire place à une autre, sans souci d’une suite rigoureuse de la pensée ou d’une suite grammaticale dans la phrase. Exemple : « La télé, ça devient n’importe quoi, je me demande si je ne vais pas changer à Richelieu-Drouot »…Pour les fanatiques de Tintin, signalons que le capitaine Haddock emploie 220 jurons différents et que le mot anacoluthe apparaît dans « Le crabe aux pinces d’or », « On a marché sur la lune », « L’affaire Tournesol » et « Coke en Stock ».

Anacyclique

Ne confondez pas anacyclique et palindrome, vous feriez piètre figure (de rhétorique) dans les dîners en ville. Axa est un palindrome parce qu’il peut être lu indifféremment et avec le même sens de gauche à droite ou de droite à gauche. Tandis que snob est un anacyclique car la lecture de droite à gauche (bons) donne un mot différent de celui obtenu par une lecture de gauche à droite (snob).
Pour trouver un anacyclique, il suffit d’avoir un oncle qui s’appelle Léon et une tante Elisa qui travaille du chapeau. On peut dire alors : « Je me demande si Léon viendra à Noël et si tante Elisa est toujours à l’asile.

Anadiplose

L’anadiplose consiste à utiliser les mêmes mots en fin de phrase et au début de la phrase suivante. Exemple : « À Drouot, aux enchères, il acheta un buffet Henri II, deux buffets Henri III, trois buffets Henri IV et quatre Buffet de la bonne époque ».

Anagramme

L’anagramme consiste à permuter les lettres d’un mot pour un former un autre. Sous le signe du singe, l’avenir du navire; il faut aimer Marie, les exemples sont innombrables.

Une petite page culturelle ?  Paul Verlaine devient Pauvre Lélian ; Boris Vian devient Bison Ravi et Salvador Dali devient Avida Dollars, grâce au talent d’André Breton. Pour bien illustrer cette illustre figure qu’est l’anagramme, voici en exclusivité un extrait de Gérard et Les Chiens, polar parisien légèrement amphigourique interdit aux moins de 12 ans et demi.

TOUT PARIS  se PROSTITUA sous le REGARD de GÉRARD. ATTENTION à la TENTATION ? Mais non. Ce RAMEUR en ARMURE avait ENVIE DE BAISER comme d’une ENDIVE BRAISÉE. Normal. Car L’ÉTRANGÈRE ne venait d’ ANGLETERRE que pour voir le SACRE de CÉSAR. Sous les LAINAGES de l’ANGLAISE, ex CRÉANCIÈRE INCARCÉRÉE, la LIMACE n’y voyait pas MALICE. Bon. Voilà que la grosse POINTURE fait ÉRUPTION, mate la POULE à la LOUPE et pan dans les NARINES du RENNAIS  ! Puis il SIROTE un jus d’ORTIES et fouine partout. Tiens tiens… Il y a des TRACE DE PAS sur la CASE DÉPART et un revolver dans la NICHE du CHIEN… En RÉALITÉ, l’ATELIER abritait un ÉTRANGE RENÉGAT, ex-GÉRANT à TANGER, ex-SCÉNARISTE entré en RÉSISTANCE et ancien PARISIEN shooté à l’ASPIRINE, un mec à La DÉFONCE plutôt FÉCONDE….

Anantapodoton

Si vous avez commandé une alternative sur Internet, attention, méfiance : ouvrez le paquet et soyez vigilant. S’il en manque la moitié, vous êtes victime d’un anantapodoton. Et ça, c’est pas marrant. A quoi peut bien servir une moitié d’alternative ? C’est idiot ! Il manque quelque chose ! Exemple d’anantapodoton : « Quelle est la différence entre le Jardin des plantes ? »

Anaphore

Répétition d’un mot ou d’un groupe de mots au début de plusieurs phrases successives, pour insister sur une idée en produisant un effet de symétrie. Exemple (historique) : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! »

Antiphrase

Cette figure de style consiste à dire le contraire de ce qu’on pense, tout en faisant sentir qu’on pense le contraire. Exemple chez le titi parisien : « Ça va être ta fête« , « Surtout te gêne pas ! »

Antithèse

L’antithèse est une opposition de deux vérités dans laquelle on met en scène la vérité adverse pour mieux souligner sa propre vérité. Exemple chez Prévert : « Paris est tout petit, c’est là sa vraie grandeur ».

Antonomase

Dans cette variété de métonymie, un être humain ou un fait sont remplacés par le nom propre d’une autre personne. Au lieu de parler du ministère de l’Intérieur, vous parlerez de la place Beauvau. (Et si votre directeur général n’est qu’un gros Bibendum, si votre directeur financier est un Harpagon, si votre voisin est un Apollon, l’antonomase est faite pour vous).

Aphérèse

L’aphérèse est la suppression d’un début de mot : l’autobus devient bus, qu’il s’agisse du 27 ou du 84. (Savez-vous que les numéros commençant par 2 partent tous de la gare Saint-Lazare et que le 84 allait autrefois jusqu’à la place de la Contrescarpe ?)

Apocope

L’apocope, c’est la même chose que l’aphérèse sauf que c’est le contraire. Il s’agit de la coupure de la fin d’un mot. Exemple : Il a bu son kil de rouge sur le Sébasto, au lieu kilo de rouge sur le boulevard Sébastopol.

Apophtegme

Pensée d’autant plus percutante et profonde qu’elle provient d’un personnage célèbre. Exemple, à prononcer sur le Pont-Neuf en se caressant la barbe : « Paris vaut bien une messe ! »

Archaïsme

Mot ou tournure de phrase quelque peu vieillotte : « Il y a moult choses à voir au Louvre ».

Asyndète

Il s’agit de la suppression des particules de coordination ou des conjonctions, et par extension de toute liaison attendue ou logique, dans l’ordre grammatical ou sémantique. Exemple au milieu de la circulation boulevard Raspail : « Ça n’avance pas. Le temps, si ! »

Auxèse

L’auxèse est un enchaînement de louanges exagérées. Exemple : «  Paris est la plus belle, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus brillante, la plus extraordinaire des capitales… »

Boustrophédon

Il ne s’agit pas d’un instrument de musique mais d’une transcription graphique de droite à gauche. Exemple : J’habite à sirap !

Catachrèse

La catachrèse est une métaphore passée dans le langage courant. Exemple : « Il habitait dans une cage à lapins près d’un bras de la Seine ».

Chiasme

Figure disposant en ordre inverse les mots de deux propositions qui s’opposent, qui unit deux réalités différentes : « La place d’Aligre était à demi réveillée et moi à demi endormi. Lorsqu’un chiasme répète les mêmes mots en les inversant, cela devient une antimétabole : « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger ».

Cliché

Comme la catachrèse, le cliché est une métaphore passée dans le langage courant : « Paris, la ville lumière ! » ou « Les Champs-Elysées, la plus belle avenue du monde ».

Crase

Il s’agit de la contraction d’un mot. « M’enfin ! » s’exclame Gaston en découvrant qu’il n’y a pas de vaches à Saint-Germain-des-Prés.

Diaphore

Proche de l’antanaclase, la diaphore consiste à utiliser le même mot avec deux sens différents. « Gare à vous gare du Nord, il y a des pickpockets ».

Ellipse

Ah ! L’ellipse ! Merveilleuse invention qui fait gagner du temps ! Elle consiste à omettre des termes qui cependant peuvent se deviner. Exemple : « Le Sacré-Cœur ? C’est trop ! »

Epanadiplose

L’épanadiplose consiste reprendre dans une phrase un mot ou une locution situé(e) au début. Exemple : « Concorde, c’est décidé, je descendrai à Concorde ».

Epanalepse

Figure qui consiste à reprendre un mot par un pronom dans la même proposition. Exemple : « Le Boul’mich, il a bien changé ! ».

Epanorthose

Figure qui consiste à revenir sur ce qu’on a dit pour corriger le propos. Exemple : Le Luxembourg ? « C’est un havre de pays, que dis-je, c’est une oasis ! ».

Epenthèse

Consiste à ajouter une lettre dans un mot, pour le rendre plus étonnant ou en souligner la force. Comment, vous ne connaissez pas la rue Alfred Jarry ? Merdre, alors…

Hiatus

Le hiatus ressemble un peu au bruit de la craie sur le tableau noir. Ça fait mal. Exemple : « Les Champs-Élysées ? Vous y irez avec plaisir ».

Homéotéleute

Il s’agit d’une succession de mots qui finissent de la même façon. Exemple : « Buveur, râleur, bateleur, déconneur, c’est bien un Parisien ! »

Hyperbole

Tout simplement une extrême exagération. Exemple : Le Louvre, c’est le musée absolu, rien n’est plus beau dans l’univers ».

Hypotytose

L’hypotytose est une description d’atmosphère particulièrement frappante. Exemple : « Tout était noir. La rue Watt, la voie ferrée, l’avenir, son âme ».

Hystéron-protéron

Il y a hystéron-protéron lorsque quand la circonstance ou le détail qui devrait être situé en seconde position est situé chronologiquement avant. Exemple : « Mets tes chaussures et tes chaussettes. » La station de métro Barbès-Rochechouart est-elle un hystéron-protéron ? Non, puisque l’abbesse Marguerite de Rochechouart (de Montpipeau) est née un siècle avant le député Armand Barbès.

Kakemphaton

Le kakemphaton est la rencontre de sons disgracieux, déplaisant ou ridicules. Bobby Lapointe, qui fit les beaux jours du Cheval d’Or à la Contrescarpe, en est un fervent utilisateur. Exemple (s) dans Je suis né au Chili : « Votre sein doux pour le corps c’est / Ce que mes vers pour l’âme sont / Combien fus-je épaté de fois / Combien à vous qui m’épatâtes / Mon bon petit cœur confit doit. »

Lipogramme

Si vous avez perdu une lettre, vous avez gagné. Le lipogramme consiste en effet à omettre volontairement une ou plusieurs lettres de l’alphabet dans un texte. Le plus célèbre lipogramme est bien sûr La Disparition, de Georges Perec, où la lettre E est absente pendant des centaines de pages. Si vous devez rédiger un slogan lipogrammique pour la Prévention Routière, vous proposerez donc d’inscrire sur les murs du métro : « Punch, whisky, vin blanc, pastis : buvons, mais mollo ! »

Si vous souhaitez écrire un polar sans la lettre e, commencez ainsi :

« La disparition de Gaspard à la mi-août fit grand bruit. Disparu sans un mot. Tchao, salut les cocos ! Voyou, va ! Avait-t-il pris le train pour voir du pays ? Avait-t-il pris l’avion pour San Francisco ? Jusqu’à là, il travaillait pour un avocat plutôt ringard, sans ambition, au nom inconnu du gratin mondain. Putain, Gaspard ! Disparu dans un trou noir… »

Métanalyse

Proche du calembour, cette figure consiste à utiliser un syntagme ou plusieurs à la place d’un ou plusieurs autres. Exemple, chez Cocteau : « Le chasseur alpin, le boulanger aussi. » Exemple chez les lycéens qui défilent à la Toussaint (pas contents) devant la Sorbonne : « C’est les vacances-colère ! »

Métaphore

La métaphore, c’est comme la comparaison, sauf qu’on ne compare rien du tout, cela gagne du temps et de la force. La métaphore consiste donc à donner à un mot un sens que l’on ne lui attribut que par une analogie implicite. « Le poumon de la capitale » est une métaphore pour désigner les Buttes-Chaumont. Ou le Père Lachaise. Et pourquoi pas le Luxembourg ?

Métonymie

La métonymie désigne une chose par le nom d’une autre qui lui est habituellement associée. Comme prendre le contenant pour le contenu, en allant  « boire un verre » au café de Flore.

Oxymoron

L’oxymoron (ou oxymore) n’a pas peur des paradoxes et aime faire court. « Un silence éloquent« , « une obscure clarté » (qui tombe des étoiles, of course) sont des oxymorons. Quant à Paul Éluard, merci, il va « terriblement mieux ».

Palindrome

Si un copain s’approche de votre fils devant les résultats du bac du lycée Henri IV et dit « Salut, tu l’as ? », ce dernier pourra le féliciter chaudement pour son superbe palindrome. Le palindrome est un mot ou un groupe de mots dont le sens est identique, qu’il(s) soi(en)t lus de droite à gauche ou de gauche à droite. Exemple sculpto-culinaire :

« Tu l’as trop écrasé, César, ce Port-Salut » ou, plus littéraire : « Ce repu dromadaire de Riad a mordu Perec ». Si quelqu’un vous propose une bataille de palindromes, répliquez aussitôt : « Engage le jeu que je le gagne ! »

Pangramme

Le pangramme consiste à utiliser toutes les lettres de l’alphabet dans le format le plus court possible. Les connaisseurs se délectent toujours de la phrase de 37 lettres imposée aux dactylos d’antan : « Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume. » Autre version plus longue : « Portons dix bons whiskys à l’avocat goujat qui fumait au zoo ». Les Britanniques, toujours plus rapides que nous, n’ont besoin que de 32 lettres pour expédier l’affaire : « The quick brown fox jumps over lazy dog ».

Paronomase

La paronomase est un rapprochement de mots paronymes, c’est à dire très proches par le son mais de sens différents. Ou, dit autrement, l’association de deux expressions par leur proximité sonore. « Exemple après un vol à la tire du côté de l’Opéra : « Le voleur ? À l’orchidée, il doit être loin ! »

Pataquès

Hé, non ! ce n’est pas un pastis ou un embrouillamini, mais une faute de liaison mal-t-à-propos. Exemple rue de Rivoli : « Emmener tes touristes à la Sainte-Chapelle ? Occupe-toi z’en toi-même ! »

Périphrase

La périphrase est l’expression d’une idée ou d’un objet – qu’un seul mot suffit habituellement à désigner- par un groupe de mots qui les définissent. Exemple : « L’astre du jour se couchait sur le Mont Valérien ».

Polysyndète

Multiplication de mots de liaison, conjonctions ou adverbes. Exemple : « Hélas, à Paris, la pub est partout, et dans le métro, et sur les flancs de bus, et sur les murs… »

Syllabation

Dissociation des éléments d’une diphtongue, figure chère à Raymond Queneau. Exemple : « T’as ka changer à Barbès-Rochechouaaar ! »

Syllepse

Consiste à employer un même mot au sens propre dans une première figure, puis dans un sens figuré dans une seconde figure. La syllepse est à la base de certains jeux de mots. Exemple emprunté à Prévert : « Cette église Saint-Sulpice, il y a quelque chose qui cloche… »

Synalèphe

Comme la syncope, il s’agit de la réunion de deux syllabes en une seule dans la prononciation. Permet d’imiter la prononciation relâchée de la vie quotidienne. Exemple (chez le boulangère de la rue de Monceau) : « Une baguette, sviouplait« 

Synchise

La synchise consiste à bousculer la syntaxe habituelle. Exemple, à la Molière : « De plaisir Paris frissonner tes joyaux architecturaux me font ».

Syncope

La syncope est la suppression d’une partie intérieure du mot. Exemple : « une p’tite promenade sur les boul’vards »

Synecdoque

La synecdoque est une figure proche de la métonymie, permettant de simplifier le discours. Le procédé consiste à désigner un tout par l’une de ses parties, le contenant pour le contenu, la matière pour l’objet, et inversement. Si Paris gagne la Coupe d’Europe (alors que ce sont les joueurs du Paris Saint-Germain qui la gagnent), c’est une synecdoque. Et c’est super.

Tapinose

La tapinose, figure plutôt péjorative, fait un peu le tapin du côté de l’hyperbole, mais en négatif. Exemple pour la fontaine Saint-Michel : « Il faudrait la démolir, cette infâme fontaine, cette architecture à pleurer, ce marbre rouge ridicule, cette offense au bon goût… »

Tautogramme

Il s’agit d’une phrase ou œuvre dans laquelle (presque) tous les mots commencent par la même lettre. Exemple : « Paul, prudent, paria peu pour Paris ».

Tautologie

Il s’agit de ne rien dire de plus que ce qu’on a déjà dit : « Paris sera toujours Paris ! »

Truisme

Le truisme est une lapalissade, une vérité si évidente qu’elle ne mériterait pas d’être énoncée. Exemple : « Quand il était dans le métro, il n’était pas dans le bus… »

Zeugma

Le zeugma, cher à Desproges et cousin du syllepse vous saute au visage quand un terme concret et un terme abstrait sont compléments d’un même mot.

Exemple : « Il s’enfonça dans la rue Saint-Séverin et un coton-tige dans l’oreille. »