Un petit tour autour du jardin (du Palais-Royal) ?

 9 rue de Beaujolais, Colette

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Après deux mariages, la naissance de sa fille et quinze déménagements parisiens, Colette quitte le boulevard Suchet et loue à son amie Alba Crosbie l’entresol du 9, rue de Beaujolais. Il s’agit d’un « tunnel » qu’elle décrit ainsi : « Il était noir ! Il fallait de la lumière toute la journée. Il était si étroit qu’on n’y pouvait manger que de l’anguille. » C’était en fait comme elle le dit joliment un « poste de guet pour demoiselles de plaisir », bref, un tunnel de passe, un bordel de poche. Départ en 1930 puis, huit ans plus tard, Colette retrouvera le 9, rue de Beaujolais, mais au premier étage, « l’étage ensoleillé », dans lequel elle rédigera la plus grande partie de son œuvre. Très contente, la Colette : « Le Palais-Royal, écrit-elle, est une petite ville de province dans Paris. Tout le monde s’y connait et s’y parle. Le soir, on ferme les grilles à pointes d’or et nous sommes chez nous. »

Milord l’Arsouille, 5 rue de Beaujolais

affiche Milord.jpgSi vous ne connaissez pas Francis Claude, sachez qu’il créa l’un des premiers cabarets « rive gauche d’après-guerre », le Quod libet. Qu’il était très copain avec Jacques Jordan, patron du célèbre restaurant Les Assassins, rue Jacob (disparu il y a quelques années). Qu’il était encore plus copain avec Léo Ferré, avec lequel il écrira notamment L’Ile Saint-Louis. Le Quod Libet devant fermer, Claude et Jordan rachètent le fond de l’ancien caveau Thermidor rue de Beaujolais. 600 000 F, à la Banque de France, propriétaire des lieux. (C’est pas cher). Francis Claude s’occupera de la direction artistique et Jacques Jordan de la « limonade ».

michelle arnaud.jpgSous l’impulsion du premier, Milord l’Arsouille va devenir le plus « rive gauche » des cabarets de la rive droite, sorte de carrefour entre l’intellectualisation de l’une et le goût du rire de l’autre. Pour attirer les clients de l’autre rive, Monique Claude loue une diligence qui effectue une navette gratuite entre la place Saint-Germain-des-Prés et le Palais Royal. Le premier pianiste maison est Fred Raoux. Suivra Jacques Lasry, qui, quelques années plus tard, quittera le Milord et proposera à Francis Claude de le remplacer par un peintre sachant jouer de la guitare et du piano. (Mais oui, vous avez deviné : Lucien Ginzburg, le futur Gainsbourg !) Michèle Arnaud, Grand prix de la chanson française avec Si tu voulais, est la vedette maison. Elle chante notamment L’Étang Chimérique de Ferré, tandis que Francis Claude fait le bonheur de ses clients avec numéro burlesque où se mêlent La Fontaine, Bossuet, Homère, Gide, Racine et les ridicules de la Radio nationale. Grâce au talent de son propriétaire, qui cumule les fonctions de directeur artistique et de réalisateur radio, chacune des deux fonctions enrichissant l’autre, le cabaret affiche complet.Ferré

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Ferré est bien sûr de la fête, mais pas longtemps. Voilà t’y pas qu’il se fâche avec son pote, car il estime que Michèle Arnaud lui vole la vedette. Et lui vole son ami par la même occasion. Dans le Journal du Dimanche de novembre 1961, Léo râle sévère : « Je me suis brouillé aussi avec une chanteuse dont je ne dirai pas le nom parce qu’elle est mariée. Elle m’a fait renvoyer d’un cabaret dont le patron était son amant pour chanter à ma place ». De cette rupture naîtra une chanson, Judas : « J’ten veux pas mon vieil Iscariote / Tu m’as donné pour quelques ronds / Sans doute que t’avais tes raisons / … / mais c’qui m’chagrine, ô pas des tas / C’est qu’tu te disais mon vrai p’tit pote… »

gainsbourgDurant une décennie, essentiellement grâce à la verve de son animateur, Milord L’Arsouille ne désemplit pas. Se produiront notamment rue de Beaujolais François Billetdoux, Jacques Brel, Boris Vian, Mouloudji, Jacques Dufilho, Georges Moustaki, Hélène Martin, Guy Béart, Giani Esposito, Christine Sèvres, Jean Ferrat, Guy Bedos… Suite à des différents avec la Banque de France, propriétaire du bail, fatigué par près de quinze ans de spectacle, Francis Claude cessera son activité en 1963, malgré un succès jamais démenti. En septembre 1964, Milord l’Arsouille sera repris pour neuf mois par Michel Valette, patron de la Colombe, puis fermera définitivement en 1965.

Anecdote : c’est – dit-on – dans les locaux du caveau de Milord l’Arsouille que fut chantée pour la première fois La Marseillaise en 1795. C’est au Milord que Lucien Ginzburg deviendra Gainsbourg en 1957, sans imaginer, bien sûr, qu’il achèterait en 1981 l’un des deux originaux de l’hymne national. (Environ 20 000 euros d’aujourd’hui, des clopinettes pour lui.)

36, rue de Montpensier, Jean Cocteau

Cocteau Modigliani.jpgColette et Cocteau, même combat ? Fin 1940, Jean Cocteau s’installe avec Jean Marais dans un appartement assez semblable à celui de Colette, une « cave minuscule », un « tunnel bizarre », un « demi-castor » comme on appelait ce genre d’endroit sous le second Empire : deux chambres, une cuisine, une salle de bains et une pièce quasi-secrète, dans laquelle on n’entre que par la chambre à coucher. Très peu de lumière, des murs tapissés de velours rouge. Cocteau a cinquante ans, il se sent usé, se résigne à arrêter l’opium. Dans La Difficulté d’être (1947), il évoque son entresol : « J’ai loué cette cave minuscule, prise entre le Théâtre du Palais-Royal et le pâté de maisons qui se termine par la Comédie-Française, en 1940, lorsque l’armée allemande marchait sur Paris. J’habitais alors l’hôtel du Beaujolais, à côté de Colette, et ne devais m’installer au 36, rue de Montpensier, qu’en 1941, après l’exode. J’y ai vécu quatre années sous les insultes, frappé dans mon œuvre et dans ma personne. Je m’y soigne à présent par fatigue, à cause de l’impossibilité de trouver un logement convenable, à cause aussi d’un charme (dans le sens exact du terme) que le Palais-Royal opère sur certaines âmes. »

Vous avez bien sûr reconnu le portrait peint par Modigliani, 1917.

36, rue de Montpensier, Emmanuel Berl et Mireille

Berl.jpgDans les années d’après-guerre, les jardins du Palais-Royal sont un havre littéraire : Colette, Jean Cocteau, Emmanuel Berl… Berl, vous connaissez ? Non ? C’est dommage. Historien, journaliste, essayiste, neveu de Bergson, il fut l’ami de Proust, de Drieu la Rochelle, de Malraux. En 1968, Patrick Modiano se rend chez lui. Le « Montaigne de la rue Montpensier » a été très touché de voir citer dans La Place de l’Étoile le nom de son cousin, Henri Franck, jeune poète, mort à vingt-trois ans. Séduit par ce témoin capital de l’entre-deux guerres, Modiano se lance dans un livre d’entretiens, qui sortira fin 1976 alors que Berl vient de mourir. Modiano sera l’exécuteur testamentaire de l’auteur de Il fait beau, allons au cimetière.

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Hardy Modiano.jpgC’est rue de Montpensier que Patrick Modiano rencontre Françoise Hardy. La chanteuse rend souvent visite à la femme de Berl, Mireille, l’animatrice du célèbre Petit conservatoire de la chanson. Pour la jolie Françoise, Modiano écrira quelques chansons et notamment Étonnez-moi Benoit.

Emmanuel Bel vivait dans le même immeuble que Cocteau et s’agaçait du snobisme de l’homosexualité dans le monde littéraire : « Je voudrais, écrit-il, que les invertis pratiquent sans être inquiétés la sodomie [mais] renoncent à un sodomisme qui devient une sorte de nationalisme avec cérémonie et fanfares, haine de l’étranger, culte des grands hommes, panthéon des invertis célèbres et, sous l’arc de triomphe, la tombe du pédéraste inconnu. » Olé.

Ce polisson de Fragonard à la galerie de Beaujolais

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Avant le Grand Véfour (avec lequel il fusionnera), un restaurant célèbre nommé « le Véry » s’y établit en 1808. Fort prisé par Balzac. C’est dans cet établissement qu’un officier prussien exigea un jour une tasse dans laquelle jamais un Français n’aurait bu. Sur ce, un garçon lui apporta un pot de chambre. C’est à cette adresse que mourut, en 1806, à l’âge de 74 ans, le peintre Jean-Honoré Fragonard (1732-1806). Un vrai fripon, celui-là…

Les petites échoppes de la station Palais-Royal

images.jpgUn véritable inventaire à la Prévert : la station de métro Palais-Royal possédait, en 1963, divers magasins : un bistrot, un coiffeur, un fleuriste, un marchand de tapis, un marchand de fourrures, une voyante, une boutique de lingerie féminine « avec des gaines d’un autre temps » et une petite brocante de quelques mètres carrés tenue par un acteur en quête de reconversion. Il s’appelait Robert Capia et deviendra célèbre, en ouvrant une boutique d’antiquités dans la galerie Véro-Dodat. Spécialiste des jouets, des automates et surtout ses poupées anciennes, il obtiendra en 1994 le Prix de l’Académie française pour son livre Poupées.

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5, rue Molière, Agnès Capri

agnès capriChanteuse et comédienne, Agnès Capri débute son tour de chant en 1936 au Bœuf sur le Toit, en compagnie de Charles (Trenet) et Johnny. Son répertoire, atypique pour l’époque, comprend des poèmes chantés d’Erik Satie (Je te veux), de Jacques Prévert (La Pêche à la Baleine), des textes d’Henri Michaux, de Max Jacob, de Guillaume Apollinaire. Avec Marianne Oswald, Agnès Capri préfigure la chanson rive gauche des années 50-60. En marge du Bœuf, elle se produit à l’A.B.C., music-hall où elle fait scandale le jour de Pâques pour avoir récité le poème de Jacques Prévert « Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y ». En 1938, elle ouvre son propre lieu, rue Molière, cabaret révolutionnaire mêlant chanson et théâtre d’avant-garde où se retrouveront surréalistes et sympathisants du groupe Octobre. Après une fermeture due à la guerre, le Petit Théâtre de Nuit rouvre en 1949 à l’enseigne de Chez Agnès Capri, avec Zig Zag 49, un spectacle mis en scène par Michel de Ré et Yves Robert. On peut lire dans Combat : « Le charme et le bienfait du théâtre d’Agnès Capri, c’est ce glissement aisé, toujours spirituel – vraiment poétique – d’un genre à l’autre, d’un art à un autre. Je suis sûr que c’est cela, l’Art du cabaret ». Chez Agnès Capri fermera fin décembre 1958. Le lieu deviendra en 1959 Le Capricorne, présentant Beauties Show, un spectacle de strip-tease, puis en 1960, un spectacle « Seins et Lumière ». Triste. Le cabaret de la rue Molière ferme la même année que La Fontaine des Quatre Saisons et que Chez Gilles. La Rose Rouge, elle, est fermée depuis trois ans. Cette simultanéité montre que la formule du cabaret-théâtre, mariage d’absurde, de poésie et parfois de franche rigolade, née dans l’ivresse et le dénuement en 1946, ne fait plus recette. Place au strip-tease, les gars.

Et André Malraux, hein  ?

Malraux.jpgEn 1969, Louise de Vilmorin propose à Malraux de s’installer dans un appartement de son château de Verrières. Ils ont eu une liaison dans les années 30 et, pour le reconquérir, elle lui a écrit chaque jour pendant deux ans. Bref, elle le veut. Banco, il s’installe. Mais pour notre chère Louise, ce n’est pas très rigolo. Les déjeuners et diners qui l’étaient avant (rigolos) deviennent rasoir : le ministre de la Culture l’étale abondamment (sa culture) et pérore à qui mieux mieux. On sait qu’il acheta quelques temps après son installation un duplex rue de Montpensier, non loin du ministère de rue de Valois. Louise lui aurait-elle demandé de lui laisser un peu d’air ? L’appartement-duplex de la rue Montpensier ne sera jamais habité, Louise de Vilmorin décédant en décembre alors qu’elle avait entrepris de le décorer. A quel numéro de la rue Montpensier ? Grande énigme historique.
12 rue Saint-Anne, Suzy Solidor

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1933, Tamara de Lempicka

En 1932, la chanteuse Suzy Solidor, parrainée par Jean Cocteau, ouvre La Vie parisienne, un des premiers cabarets lesbiens de la capitale. (Resté ouvert pendant la guerre, le cabaret a accueilli trafiquants et officiers allemands. Pas bon, ça. Mise à mal par les comités d’épuration à la libération, la naïade doit s’exiler pour une longue tournée à l’étranger, confiant son cabaret (et ses superbes toiles) à la chanteuse Colette Mars. De retour en France en 1947, elle échappe aux sanctions et le cabaret de la rue Sainte-Anne recommence à accueillir une clientèle huppée, à dominante féminine. De très haute taille, cheveux courts, la maîtresse de maison porte de gros bijoux dont une broche en forme de cœur, constellé de rubis et de saphirs. Ses mœurs d’avant-guerre lui confèrent une aura teintée de scandale : « Suzy Solidor, écrit Odette Laure, possédait ce don de l’extravagance et du scandale qui étonne toujours les petits-bourgeois et les jeunes filles rangées dans mon genre. Lorsqu’elle se promenait sur les planches, à Deauville, nue sous un filet de pêcheur, cette sirène au corps sublime soulevait sur son passage admiration et réprobation. Son scandaleux comportement imposait le silence ». Le style de La Vie parisienne est un curieux mélange de toc et d’authenticité. Solidor chante d’une voix grave et douloureuse et récite des poèmes érotiques. En 1947, on peut y entendre Agnès Capri et découvrir un curieux quartet qui rôde son numéro : Les Frères Jacques.

suzy-solidor-ausstellung.jpgA la fin de l’année 1947, Suzy Solidor quittera la rue Sainte-Anne, emportant les 200 tableaux à son effigie (Marie Laurencin, Foujita, Cocteau, Bérard, Von Dongen, Jean-Gabriel Domergue…) pour s’installer rue Balzac, dans les locaux de La Boite à sardines. Chez Suzy Solidor fermera en 1960 et la chanteuse s’installera dans Les Hauts de Cagnes, ce charmant village immortalisé (et martyrisé) par Soutine.

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Chez Gilles, 5 avenue de l’Opéra

chez gille.jpgSitué au coin de l’avenue de l’Opéra et de la rue de l’Echelle, ce cabaret-restaurant de luxe ouvre en mai 1949, dans les locaux de l’ex-Monarque. Chez Gilles va devenir rapidement l’une des adresses les plus recherchées du Tout-Paris. L’établissement est dirigé par Henri de la Palmira et animé par Jean Villard, le « Gilles » de Gilles et Julien, les fameux duettistes d’avant-garde et d’avant-guerre, au répertoire poétique et contestataire. Henri de la Palmira est un septuagénaire élégant, ancien résistant, conciliateur à Pigalle (réglant les litiges entre truands). Grande figure du Paris nocturne, il apparait dans l’œuvre de Modiano comme ancien directeur du théâtre Fontaine, où joue la mère du jeune Patrick, Louisa Colpeyn.

Louisa Colpeyn 2« Ma mère est entrée en scène et, du bureau de Henri de la Palmira, je l’ai entendue qui hurlait sa réplique : – « Bonjour, famille unie dans la douleur ! » (Vestiaire de l’enfance). Avec La Rose Rouge et La Fontaine des Quatre Saisons, Chez Gilles se positionne comme cabaret-théâtre et les trois établissements font de la surenchère pour retenir les compagnies en vogue. En 1951, à la suite du départ des Grenier-Hussenot pour la Fontaine des Quatre Saisons, Michel de Ré crée chez Gilles À chacun son serpent, un sketch musical de Boris Vian, puis Le Coup de l’ascenseur de Guillaume Hanoteau (avec sa compagne Alice Sapritch) et une fantaisie de Jean Marsan : Incertitude. À partir d’octobre 51, Odette Laure devient l’enfant chéri de la maison avec son charmant « Moi, j’tricote dans mon coin, j’suis idiote et je n’vois rien ». On peut l’entendre en compagnie de Mouloudji, qui chante pour la première fois Comme un p’tit coquelicot. En 1952, de la Palmira et Gilles réussissent un coup de maître : ils engagent deux quasi inconnus rencontrés au Tabou, Jean Poiret et Michel Serrault, dont la notoriété bondit en quelques semaines. Pendant huit ans, Chez Gilles va accueillir de grands talents rive gauche : Cora Vaucaire, Mouloudji, Brel, Germaine Montéro, Caussimon, Pia Colombo, Pierre Louki, Béatrice Moulin, Christine Sèvres, Colette Renard, Suc et Serre… (Vous pouvez retrouver Suc et Serre dans mon article sur le Cheval d’Or.)

A partir de 1955, le vent va tourner avec les feuilles mortes. Comédiens et metteurs en scène, sollicités par le théâtre et le cinéma, désertent peu à peu les cabarets. Prisonnier du concept de cabaret-théâtre, à mi-chemin entre les deux rives, Chez Gilles – comme la Fontaine des Quatre Saisons – va sombrer en 1958. Coulé. Gilles retournera en Suisse romande pour s’occuper de son cabaret Au Coup de Soleil. Un an plus tard, Chez Gilles sera repris par Jean Méjean qui créera la Tête de l’Art. Pour ceux que ça intéresse, sachez que je me prénomme Gilles en hommage au Gilles de Gilles et Julien. (Mon père l’avait à la bonne).

La Tête de l’Art, 5 avenue de l’Opéra

barbara tête de l'art.jpgAcheté en 1959 par Jean Méjean, la Tête de l’Art prend la suite de Chez Gilles, et ouvre en 1961. Comme son prédécesseur, le luxueux cabaret de l’avenue de l’Opéra propose aux classes fortunées une cuisine sophistiquée, un programme de qualité et des prix très élevés. Industrie, politique, show-biz et diplomatie se pressent pour réserver. « Avenue de l’Opéra, écrit Bernard Dicale, on dîne à 20 h 30, uniquement sur réservation, avec un quart d’heure de retard toléré au maximum. Le dîner est animé par le répertoire fantaisiste du trio de Monique Perrey, laquelle assurera ensuite les rideaux, les éclairages et la sonorisation du spectacle. À minuit, lever de rideau : cinq artistes par programme dont deux co-vedettes (Les Frères Jacques et Raymond Devos, Barbara et Fernand Raynaud, Poiret-Serrault et Charles Dumont, etc.). Les plus grandes vedettes passeront sur la petite scène de la Tête de l’Art, pour soixante à cent spectateurs par soir, et deux cents au maximum pour les réveillons en ouvrant l’arrière-salle ! « Jean Méjean, très généreux dans les cachets, va contribuer à ouvrir la rive droite à de nombreux artistes, écornant ainsi « l’exclusivité rive gauche ». Jacques Delord se souvient : « On l’aimait tous beaucoup, car il aimait beaucoup les artistes. Je me suis souviens qu’un jour, il m’a appelé au secours à la Tête de l’Art pour sauver le spectacle et, après mon numéro, m’a couvert de billets de banque. » C’est ainsi que l’on verra à la Tête de l’Art les Frères Jacques, Brel, Mouloudji, Catherine Sauvage, Léo Ferré… En 1963, à la suite de quelques embarras en marge de la légalité, Jean Méjean part « pour le Canada » et cède la place à Pierre Guérin, qui lui rachète par ailleurs la plupart des établissements qu’il contrôle. Sous sa direction, la Tête de l’Art va poursuivre sa politique de vedettes confirmées, puisant en rive gauche des talents comme Raymond Devos, Michèle Arnaud, Richard et Lanoux, Alex Métayer, les Garçons de la Rue, les Frères Ennemis, Jacques Dufilho, Dupont et Pondu, Paul Louka, Pierre Perret, Pia Colombo, France Gabriel, Anne Sylvestre, Francine Claudel, Henri Gougaud, Juliette Gréco et notamment Barbara en 1963, 1964, 1965, 1967, 1970, 1971, 1972).

danielle darieux.jpgOn y verra également Charles Trenet (1965) et Danielle Darrieux s’essayant au tour de chant, en 1967. Malgré ses tarifs prohibitifs, La Tête de l’Art n’est pas rentable et Pierre Guérin finance les déficits avec les bénéfices de son usine, de ce qui génère quelques frictions avec le fisc. Le cabaret de l’avenue de l’Opéra fermera en septembre 1973, un an avant l’Écluse, la chanson cédant la place au nu dans un cabaret pour touristes : Le Curieux, dont le C, sur le logo, évoque une paire de fesses.